"Le Mariage de Tuya" : trop d'époux pour une femme seule

focus film Wang Quan'an, Ouverture du festival du film asiatique de Deauville 2007, Ours d'or au festival de Berlin 2007, sortie le 19 septembre 2007, sortie DVD 23 avril 2008

 

 

Ouverture du festival du film asiatique de Deauville mercredi soir*** sous un épais brouillard blanc cotonneux enveloppant la ville depuis le début de l’après-midi. Le mercredi à Deauville, cest dimanche ailleurs : bon nombre de boutiques sont fermées, même Mamy crêpes, le sos restauration qui ne désemplit jamais, cest dire ! A 11 heures du soir, le restaurant le Drakkar a déjà verrouillé ses portes, la minuscule salle de Miocque nest pas pleine, et, au retour, le bar de lhôtel est fermé. Exit les bains de soleil de la veille et l’avant-veille sur les Planches, les marches iodées sur la plage, à se demander si on n’a pas rêvé… Destination la rude Mongolie pour le film présenté en ouverture, « Le Mariage de Tuya », Ours d’or au festival de Berlin cette année. Auparavant, une brève présentation des deux jurys, Mazarine Pingeot excusée pour la soirée, et pour seules fantaisies lultra-minirobe de Miss Asie, la robe dorée de la fille de Daniel Auteuil et lécharpe blanche du président Benoit Jacquot, allure si chic flegmatique en descendant lescalier pour rejoindre la scène. Malgré le désert des rues embrumées, labsence de dernière minute de léquipe du film, la grande salle du CID est quasiment pleine, top départ pour le voyage


« Le Mariage de Tuya » de Wang Quan’an (Chine) : Ours d’or au festival de Berlin


photo Wild side video

Dans le nord ouest de la Mongolie, les fermiers mènent une existence rude et misérable, exhortés par le gouvernement chinois à quitter leurs pâturages pour gagner les villes. Dans ce contexte, Tuya, fière et courageuse, ne veut pas quitter ses moutons et sa steppe. Flanquée dun mari infirme, tombé en creusant un puits, et de deux enfants en bas âge, elle soccupe entièrement de tout, le troupeau quelle garde à dos de chameau, la cuisine, la maison. Bater, son mari, lui enjoint de divorcer pour se remarier avec un homme qui pourrait laider mais Tuya refuse. Jusquau jour où tombée dépuisement sur le sol, les examens radios révèlent des graves problèmes osseux lui interdisant tout effort physique. Poussée par sa belle-sur qui propose de prendre son frère Bater avec elle malgré ses six enfants, Tuya accepte alors le divorce. Les prétendants au mariage se présentent avec des cadeaux, des hommages mais Tuya, têtue, veut garder Bater avec elle dans son futur foyer, ce qui décourage les meilleures volontés. Finalement, Baolier, un ancien camarade décole, devenu très triste en étant plaqué par sa femme et très riche en découvrant du pétrole, propose de les prendre tous en charge. Tuya accepte de lépouser mais Baolier se rétracte par peur du quand dira-t-on et préfère installer Bater dans un confortable foyer pour personnes âgées. Déprimé, ce dernier tente de souvrir les veines, Tuya court à son secours et la recherche dun autre mari est à recommencer…
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photo Wild side video


Daprès ce que jai pu lire au festival de Berlin, la mère du réalisateur étant originaire de Mongolie, il a voulu décrire le mode de vie de ces populations appelées à disparaître. On est dentrée immergé dans un univers dune pauvreté extrême vivant au cur dune nature aride et froide, quasi désertique, couleur ocre à perte de vue. Tuya, la tête enveloppée dun fichu de couleur, le corps disparaissant sous des couches de vêtements superposés, parcours la steppe sur un chameau pour garder son troupeau de cent moutons tout en surveillant la maison, autoritaire, épuisée mais joyeuse. Il y a beaucoup dhumour dans ce film où on est en permanence sur le fil du drame quon évite in extremis : la douleur de Bater, impuissant à aider Tuya, poids quon traîne dun futur mari à un autre, pourrait être loccasion dun mélodrame accompli mais ce nest pas le cas, le réalisateur sarrête pudiquement à temps. Les malheurs de Senge, le voisin amoureux de Tuya, plaqué par sa femme, obligé de vendre ses moutons pour acheter un camion, quon découvre tombé de sa moto, ivre, au début du film, sont tempérés par le comique de certaines situations. Même quand Senge va se saouler dans la maison de retraite de Bater pour lui tenir compagnie dans une déprime partagée davoir perdu Tuya, le spectacle de la débâcle des deux hommes oscille entre le comique et le tragique. La belle-sur qui avoue boire quand elle a mal au dos et aussi quand elle na pas mal au dos fait passer la pilule de cette femme exténuée et seule en charge de six enfants.

 


photo Wild side video


Dans cet univers couleur terre avec des maisonnettes en toile mastic et des tapis de moutons beiges, les seules notes de couleurs sont les tissus : étoffes dans les intérieurs, tchadors multicolores, tâches colorées des têtes des femmes sans un cheveu qui dépasse des foulards. Ce nest pas un film facile d’accès, les relations entre les personnages sont rudes comme les climats et les paysages, on peine à entrer dans le film pendant environ une demi-heure, ensuite, on sattache au personnage de Tuya, on découvre sa beauté, sa vitalité, son charme. Choqués par la pauvreté de ces populations, on a du mal à comprendre leur bonne humeur malgré tous ces malheurs. Lhumour du film, tout le temps au bord du drame, ne simpose quau bout dun bon moment quand on a intégré que drame et humour ne sont pas incompatibles. On sarrêterait par ailleurs volontiers au premier mariage raté de Tuya car la fin du film est un peu longue. Un film original et attachant, très dépaysant aux antipodes de nos modes de vie de surconsommation.



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Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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