Le retour en salles des dinosaures, Woody Allen « You will meet… » et Oliver Stone « Wall St, money… », l’un s’allège, l’autre s’alourdit

sorties 29 septembre et 6 octobre 2010
     

 

C’est drôle mais s’il y a deux films qui ne m’inspirent pas, c’est bien les derniers Woody Allen et Oliver Stone, deux films aux titres interminables présentés hors compétition au dernier festival de Cannes, une impression de déjà vu et entendu, légèrement asphyxiante dans les deux cas, de fossilisation du cinéma des années 80, une impression, évidemment… Un petit plus : la présence de Josh Brolin dans les deux films. Bref!

 

« You will meet a tall dark stranger » (« Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ») de Woody AllenPitch.
Deux couples, les parents, Helena et Alfie, leur fille Sally et son mari Roy, se défont dans la quête illusoire d’une nouvelle vie plus excitante avec d’autres compagnons.

En fait, « You will meet a dark tall stranger » n’est pas désagréable à regarder, en premier lieu, à cause de la présence de Naomi Watts, d’un casting excellent avec notamment Anthony Hopkins. C’est léché, léger, faussement léger, drôle, pas trop. Depuis quelques temps chez WA, la figure du psy a été remplacée par d’autres thérapeutes bidon que le réalisateur dénigre pareillement : ici, on a affaire à une fausse voyante qui embobine la mère de Naomi Watts avec des prédictions qui deviendront parfois réalisantes.

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photo Warner

 

Et encore la mère, centre du monde dans le cinéma de Woody Allen, empoisonnant ingénument son entourage : son gendre (Josh Brolin), ex-médecin, écrivain en proie à l’angoisse de la page blanche, s’entend dire régulièrement qu’il va réussir en dehors de la littérature… La mère quittée par son mari qui s’imagine rajeunir, bronzé aux UV, les dents blanchies, s’épuisant à faire de la gym, une poule à son bras qu’il épouse et qui le ruine. La mère à qui la fausse voyante prédit un nouvel amour qu’elle va se croire obligée de vivre…


photo Warner

 

Pessimisme joyeux (le « sombre inconnu » est aussi figure de la mort), le gendre, Roy, s’entiche de sa voisine d’en face, sa femme, Sally, de son patron galleriste à qui elle se décide trop tard d’avouer sa flamme après lui avoir présenté sa meilleure amie artiste. Si Roy, de chez lui, matait la voisine d’en face en train de se déshabiller, installé chez elle, il voit (enfin) son ancienne femme Sally en lingerie noire de l’autre côté de la rue. Rien de neuf chez Allen mais la copie 2010, nième variation non énigmatique sur le même thème, est plutôt cool et vaut qu’on y fasse un détour.
 

 

« Wall Street, money never sleeps » (« Wall Street, l’argent ne dort jamais ») d’Oliver StonePitch.
Un jeune trader s’allie à son futur beau-père, ancien escroc de la haute finance qui sort de prison, afin de venger le suicide de son mentor après la faillite de sa banque.

En revanche, chez Oliver Stone, c’est de plus en plus lourd… « Wall Street, money never sleeps » est un mix de cinéma bonne conscience, ayant pour objectif de dénoncer les responsables de la crise des subprimes lors du krach financier de 2008, et de fascination pour ceux qu’on dénonce, les milieux de la haute finance, ce cercle fermé qui demeure à jamais pour Oliver Stone apparenté à l’Olympe (où l’on achète une bague de fiançailles chez Bulgari en réclamant le secteur clientèle privée). Un conte moral bis, 22 ans plus tard, assorti de l’éloge un peu niais de la réconciliation familiale : dans le jeune couple formé par

Carrey Mulligan et Shia LaBeouf, il y a la figure récurrente du père, le père à qui on pardonne (pour elle), la figure du père qu’on veut venger (pour lui). Quand on sait que le père d’Oliver Stone était agent de change à New York, on comprend mieux l’ambiguité.



photo Fox 

Gordon Gekko, héros amoral de « Wall Street » (1987), conte moral sur la haute finance ayant paradoxalement engendré plus de vocations que de rejets… et son interprète Michaël Douglas, qui avait obtenu l’Oscar pour ce rôle, revient en piteux état, hirsute, seul au monde, sans le sou. Car Gordon Gekko (show Michael Douglas super-bronzé, dentier blanc neige) sort de prison après avoir purgé 8 ans pour délit d’initié et personne ne l’attendait à sa sortie, sa fille Winnie refusant de le revoir à cause de son absence lors de l’overdose fatale de son frère. Pourtant, Winnie (la compliquée Carrey Mulligan avec ses mimiques pour pleurer à sec) partage la vie d’un trader, Jake Moore (le très sage Shia LaBeouf), sosie de son père jeune, golden boy aux dents qui rayent le parquet de leur loft, formé par le patron de la banque Keller-Zabel (équivalent romancé de la banque Lehman Brothers), Lou Zabel, qui va se suicider après avoir été lâché par ses pairs et le gouvernement. Remarqué par le féroce banquier Bretton James (Josh Brolin, enfin un séducteur!), qui avait profité de la faillite de Louis Zabel pour racheter ses actions à bas prix, Jake accepte de travailler pour lui afin de venger la mort de son père spirituel. 


photo Fox

Pendant ce temps, Gekko parcourt le pays pour vendre son livre « La cupidité est-elle une bonne chose? » (« Greed is good ») et noue des relations compliquées avec son futur gendre dans le dos de sa fille dans le but de se réconcilier avec elle. Là, on en rajoute encore, Gekko est-il capable de renoncer à refaire fortune pour se rapprocher de sa fille? Non, parce qu’il la roule, oui, parce que l’échographie de sa fille enceinte lui rappelle qu’il va avoir un héritier de seconde génération. Donc, on mélange tout dans ce film, la cupidité mortelle de la haute finance, qui tue aussi sûrement que la mafia, et les bons sentiments familiaux qui donneraient le la de ce que serait la « vraie vie » si on renonçait à l’ivresse du pouvoir.

Plus le film avance, plus on oublie les crimes financiers au profit des violons de la famille, que c’est lourd dans le fond et la forme (le fantôme de Lou Zabel quand Jake prend le métro, par exemple…) Le couple formé par Jake et Winnie est angélisé au possible : ambitieux, il voudrait rafler tout l’argent de Wall St MAIS avec des intentions louables, la caution du professeur Masters, savant qui fait des recherches sur l’énergie verte renouvelable, Jake voudrait donc faire fortune pour le bien de la planète (un idéaliste hyper-pragmatique…) Allergique à l’argent, Winnie, elle, a monté un site web d’info à but non lucratif, qui trouvera son utilité pour venger cette crapule de Lou Zabel que son suicide a transformé en martyr. On a trouvé mieux quand la mère de Jake (Susan Sarandon), reconvertie dans l’immobilier spéculatif, ce qui contrarie son fils question image positive de la mère, va retourner travailler à l’hôpital comme infirmière à la fin du film… (bon, elle a quand même sous le coude quelques maisons à vendre…)

PS. Les formules subtiles d’Oliver Stone  : l »argent ne dort jamais comme les putes… la seule chose verte, c’est le dollar… La cupidité, c’est bien… etc…

 

Notre note

(4 / 5) (2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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