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« L’Insoumis de Capri » + notes sur « Tombeau pour Rubirosa » : dandys à tout prix

focus culture / livres mi-janvier et 1er mars 2018

Pitch

La figure du dandy à des époques différentes : l’écrivain aristocrate maudit du début du siècle dernier et le séducteur pathologique des années 40/60.

Notes

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«L’Insoumis de Capri»

Ce livre est la biographie de Jacques d’Adelswärd-Fersen, mi-suédois mi-français, poète et écrivain dans les années 1900, dandy trop beau, trop riche, féru d’esthétique extrême, ayant fréquenté la plupart des protagonistes de «La Recherche» de Proust comme Robert de Montesquiou qui servit de modèle au baron de Charlus et bien d’autres, ce qui assez passionnant.

Après une affaire de mœurs retentissante à Paris dans son appartement de l’avenue de Friedland  (Jacques y réunissait avec un acolyte des jeunes gens de son école pour des lectures de poésie en groupe, en petite tenue… Mais dans la presse, on a parlé de messes noires, il s’agissait peut-être de ballets bleus, on ne s’attarde pas ici sur le sujet mais plutôt sur les conséquences du drame sur la vie du futur exilé…), de Fersen est arrêté, ses fiançailles rompues et sa famille lui fait quitter précipitamment la France. Il s’exile à Capri où il finira ses jours, entrecoupés d’interminables voyages, souvent en Asie. Il y construit d’abord sur un rocher isolé surplombant la mer une somptueuse demeure, la villa Lysis, partageant sa vie durant 20 ans avec un jeune et bel italien, Nino Cesarini, qu’il a relooké à son image et ce sont pas les statues de Nino dévêtu qui manquent dans son immense jardin.

Plus tard dans sa vie, le scandale de sa jeunesse oublié, il peut s’installer quelques temps à Paris où durant un an, il fait paraître une revue artistique, Akademos, où il est le premier à aborder ouvertement l’homosexualité. Des plumes comme Colette y participent. Mais cette publication le ruine et stoppe au bout de un an.

Peu à peu, Jacques de Fersen, en vieillissant, devient morose et extrêmement dépendant de l’opium, une pratique courante à cette époque, il a même aménagé une fumerie d’opium privée dans le sous-sol de sa villa. S’est-il suicidé dans sa villa à 41 ans ou a-t-il succombé à une overdose?

Les deux auteurs étant tous les deux des parents suédois de Jacques de Fersen, écrivant dans un style très classique proche du sien, il y a une forte volonté de réhabilitation de l’écrivain, en édulcorant pas mal les scandales (sans les nier) au profit de quantité d’extraits de poésies et romans insérées dans cette biographie, ce qui ouvre des portes pour lire cet écrivain oublié dont on a retenu que sa beauté insensée, son train de vie dispendieux et son existence ostensiblement libre et provocante pour l’époque. Pourtant, Jacques de Fersen a écrit toute sa vie, même aux périodes les plus critiques, et se préoccupait beaucoup de son œuvre.

Le titre du livre est inspiré d’un roman de Roger Peyrefitte «L’Exilé de Capri» paru en 1959 qui avait tenté de faire renaître Jacques de Fersen.

Et aussi

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«Tombeau pour Rubirosa»

Je termine, déçue, cette biographie de Porfirio Rubirosa que je me faisais pourtant une joie de lire…

Rubirosa, dénommé «le plus grand play-boy du XXº siècle», diplomate dominicain aux affinités louches avec les dictatures d’Amérique du sud (et même, un temps, proche du nazisme). Marié 5 fois, d’abord gendre d’un dictateur, puis second époux de Danielle Darrieux (sa cinquième et dernière épouse sera aussi une actrice française, Odile Rodin), puis, marié aux milliardaires Doris Duke et Barbara Hutton. Surnommé «l’homme aux 10 000 femmes» (dont beaucoup de stars du Grand Hollywood comme Marilyn, Ava Gardner, Kim Novak, Zsa Zsa Gabor, etc… ) ; si Rubi (son surnom),  n’est pas d’une beauté extraordinaire, sans être laid pour autant (pas très grand, compact, presque trapu, la mine olivâtre de l’alcoolique mondain), en revanche, c’est un oisif professionnel, érotomane, irrésistible, polyglotte, noctambule, excellent joueur de Polo, pilote de course à ses heures, qui doit sa célébrité immense (à sa mort, tous les journaux du monde firent la une de sa disparition) au chaos organisé de son oisiveté (qui masquait sans doute des activités politiques souterraines), à un mode vie luxe, séduction et volupté XXL, soit le prototype parfait de la Café Society (née après la première guerre mondiale, sorte d’ancêtre de la Jet Set) dont on parle ici presque davantage que du héros de ce livre. Mort mystérieusement et subitement au volant de sa Ferrari sur mesure au Bois de Boulogne à Paris en 1965.

On regrette que l’auteur asphyxie une histoire intéressante, qui pourrait être assez mystérieuse, sous mille figures de styles, complications, digressions et trouvailles narratives personnelles qui nuisent fortement à la compréhension du récit. Un livre, par ailleurs, englouti sous un name-dropping de personnages aujourd’hui inconnus, ce qui a, paradoxalement, pour qualité d’immerger le lecteur dans la société interlope et mondaine de l’époque (pourquoi pas?), un monde englouti qui semble davantage intéresser l’auteur que le diplomate trouble play-boy Rubirosa.

Diffusion

Les 2 livres sont édités par les éditions Séguier

Les parutions : mi-janvier 2018 et début mars 2018

Notre note

4.0 Stars (4,0 / 5) 2.5 Stars (2,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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