« Looking for Eric » : Cantona thérapeutique

Sélection officielle Cannes 2009, Ken Loach, sortie 27 mai 2009

Pitch

Un postier quinquagénaire, déprimé par deux mariages ratés et une vie de chien, doit son salut au fantôme de son joueur star, Eric Cantona, qui descend du poster de sa chambre les soirs de fumette pour le coacher et lui ré-apprendre la vie.


Ce film produit par Eric Cantona semble destiné à démontrer que les stars du foot et le foot en général agissent sur le public comme une thérapie : démonstration d’autant plus convaincante en s’appuyant sur le mythe Cantona,
un joueur d’exception  généreux qui conserve comme meilleur souvenir de sa carrière, non pas un but marqué mais une passe décisive. Un géant au grand coeur qui s’exprime pudiquement par aphorismes moitié français moitié anglais (ne pas louper le document d’archives de Cantona balançant un aphorisme sur les sardines dans un anglais de Pagnol à une conférence de presse pendant le générique de fin). Avec Ken Loach derrière la caméra, on dépasse largement cette mission avec une comédie réaliste sociale. 

Nul besoin d’être Freud pour noter que le postier, vrai héros du film, s’appelle Eric comme Eric Cantona. Et si Eric, au bord du gouffre, rencontre Eric mythique, c’est parce que c’est une projection d’un lui-même idéal, grand, fort et courageux, comme le Cantona descendu du poster de sa chambre les soirs de fumette, un Eric tel qu’il aurait aimé être et non pas le Eric qu’il est devenu, employé à la poste, mal rasé, mauvaise mine, déprimé par deux mariages ratés et des beaux-enfants qui ne ne le respectent pas.—–


photo Diaphana 

Deux événements vont déclencher cette rencontre virtuelle : d’abord, Eric Bishop craque, tournant frénétiquement à contre-sens autour d’un rond-point, il a un accident de voiture. Ensuite, les collègues, copains, de la poste, se creusant les méninges pour lui remonter le moral, l’un d’eux, théoricien d’un peu tout, va organiser une séance de relaxation qui se termine par quel héros aurait aimé être chacun d’eux : l’un répond Fidel Castro, l’autre Gandhi, le meneur se voit en Franck Sinatra et Eric répond Eric Cantona. Un souvenir heureux : un match avec Cantona… En cherchant bien, Eric se souviendra plus tard du concours de rock où il a rencontré Lily, sa première épouse.Les conseils du fantôme Cantona à Eric le postier sont en deux mots de regarder les choses en face et prendre des risques : ouvrir la malle aux souvenirs, renouer avec sa première épouse dont il a une fille et désormais une petite fille, mettre de l’ordre au propre et au figuré dans sa maison squattée par les copains de ses deux beau-fils, fruit d’un second mariage avec une femme qu’on évoque comme sortie de prison il y a déjà sept ans mais ayant abandonné à Eric sa progéniture : Ryan, un petit voyou maqué avec des voyous, sortant avec un gilet pare-balles, Jess, un gentil glandeur qui rechigne à se lever pour aller en classe et héberge n’importe qui dans sa chambre. Dans cette maison mal tenue, sale et bordélique, des TV design à tous les étages qu’on imagine volées.


photo Diaphana

Pour les amateurs de foot, des images avec les buts les plus célèbres du King Cantona du temps de Manchester United. S’agissant de Cantona acteur, même s’il joue volontiers l’autoparodie, il faut vraiment l’aimer d’amour pour services exceptionnels rendus à la planète football pour lui trouver la fibre de comédien, le physique, la présence indéniable, le capital sympathie, ne résistent pas au parlant, quand Cantona récite son texte, ça sonne aussi juste que Fabien Barthez dans une pub Mac Do… En revanche, Eric le postier (Steve Evets, comédien de Manchester comme la plupart des seconds rôles) est une vraie découverte, ni trop ni pas assez, il assure dans cette comédie réaliste anglaise où tout est aussi drôle que tragique, où l’arrière-plan social n’est jamais loin, où les postiers n’ont plus les moyens d’aller au stade devenu tendance avec ses bagnoles de riches au parking.
 

Sélectionné à Cannes cette année, ce film ne va pas révolutionner le cinéma. On attendrait autre chose que ce qu’on attend  s’agissant d’un film en sélection officielle mais on n’a rien non plus à reprocher à ce film parfaitement bien ficelé. Ni palpitant ni désagréable à regarder, la qualité Ken Loach au service d’un sujet mixte qui vaut ce qu’il vaut, une part de réalisme dur, une part de rêve qu’on voudrait antidote à la réalité. Le sujet nettement plus captivant qui aurait pu être traité, la relation d’amour fou inexplicable fan/supporter (de l’équipe aussi bien que d’un attaquant star), n’est finalement qu’effleuré (c’était le  projet initial de Cantona, sa relation spéciale avec un supporter qui avait tout abandonné pour le suivre à Manchester). Bien qu’on l’ait jugé sévèrement, j’avais personnellement préféré le « Maradona » documentaire de Kusturica (présenté hors compétition à Cannes l’année dernière) même si ce dernier était beaucoup trop présent à l’écran. Bienvenue chez les fans, ce sera pour une autre fois… 


photo Diaphana 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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