« Mother and child » : préparez vos mouchoirs!

Grand Prix du festival US de Deauville 2010, Rodrigo Garcia, sortie 17 novembre 2010

Pitch

Une quinquagénaire inconsolable d'avoir abandonné sa fille il y a 37 ans, une avocate brillante et instable, fille de la précédente, un couple cherchant à adopter un enfant par tous les moyens, ont tous quelque chose en commun : l'adoption.


Karen, thérapeute dans un centre de gériatrie, quinquagénaire amère, vit avec sa mère agonisante. Mais Karen a un secret, enceinte à quatorze ans, elle a été obligée d’abandonner sa fille qui aurait 37 ans aujourd’hui. Elisabeth, avocate brillante mais instable, obsédée par l’idée d’être autonome, fille de Karen, ce qu’elle ignore, est engagée dans un cabinet d’affaires où elle ne tarde pas à avoir une liaison avec son patron. Enceinte, elle va se résoudre à retrouver sa mère. Mais les lois de l’époque ne permettent pas de donner les noms et les contacts, il faut à Elisabeth écrire une lettre que l’orphelinat mettra au dossier si par hasard Karen vient consulter ce dossier. Pendant ce temps, Lucy s’acharne, malgré les réticences de sa belle-famille, à adopter un enfant, une jeune femme enceinte lui fait passer des tests éprouvants pour l’évaluer comme mère adoptive possible. Toutes trois ont affaire à la mère religieuse de l’orphelinat jouée par la présidente des USA de « 24h Chrono »!!!
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photo Haut et Court

Construction sophistiquée que ces trois histoires de trois femmes qui vont s’imbriquer consciencieusement tandis que le récit progresse. Le temps de faire des portraits de femmes dont le seul intéressant est celui d’Elisabeth interprété par Naomi Watts. Une héroïne un peu Hitchockienne qui aurait suffi en soi à faire un film : une avocate de 37 ans, dure comme du métal, brisée à l’intérieure, obnubilée par son indépendance, instable professionnellement, changeant de poste, de ville, instable affectivement, choquée que son patron l’invite à dîner mais l’invitant ensuite chez elle  pour le séduire. Piquée que le voisin, dont la femme est enceinte, la mate, elle l’aguiche, couche avec lui et le piège… Enceinte de son boss, Elisabeth quitte la ville. On pense à Marnie de « Pas de Printemps pour Marnie », la blonde glacée, manipulatrice, froide, victime d’une traumatisme d’enfance. Naomi Watts, une fois encore, est sublime dans ce rôle d’autant que son patron pour lui donner la réplique est Samuel L. Jackson…


photo Haut et Court

En revanche, l’histoire de Karen, qu’on découvre vieille fille solitaire et revêche, odieuse avec ses collègues de l’hôpital, dévouée avec sa mère très malade, suspicieuse avec la femme de ménage dont elle ne supporte pas la petite fille, est ratée. Car Karen rencontre un collègue à l’hôpital qu’elle épouse et se décolore immédiatement, n’ayant plus aucune personnalité que de sourire niaisement et Annette Bening avec ses cheveux longs et raides, ses dents chevalines, ses pleurs qu’elle loupe invariablement, n’est pas géniale. Ce changement de caractère chez le personnage censé devenir la bonté même du jour où elle rencontre son futur mari ne passe pas du tout. Le personnage de Lucy (Kerry Washington) n’est pas mieux loti, semblant être ajouté par commodité pour justifier la fin du film : flanquée d’un mari qui supporte l’idée d’adopter un enfant plus qu’il ne le désire, d’une belle-famille hostile, d’une mère dubitative, la pauvre Lucy s’échine seule à trouver une jeune mère au seuil d’accoucher qui veuille bien lui donner son accord pour adopter son futur enfant.

photo Haut et Court
Le film cumule les raisons de sortir son mouchoir, la mère de Karen va mourir, hantée par le souvenir qu’elle a gâché la vie de sa fille, Karen, elle-même inconsolable d’avoir été obligée d’abandonner son enfant. Elisabeth, enceinte, incapable d’accepter l’idée d’un père pour son enfant, va rechercher sa mère 37 ans après sa naissance… Lucy, plaquée par son mari, se voit refuser l’agrément pour adopter l’enfant dont accouche la jeune femme qui lui a fait passer tant de tests… Et ce n’est pas tout… Ce mélo tire-larmes qui se veut moderne, et l’est pas certains côtés (le portrait d’Elisabeth sexuellement libérée, Lucy se plaignant que l’enfant lui prend tout son temps…), tombe vite dans le pathos à pieds joints, enlisé dans le sirop des bons sentiments et du malheur. La seconde partie du film est assez insupportable, les allers et retours entre les trois histoires lassants, la fin très collection Harlequin. Et le film, de facture académique par sa mise en scène, lambin et poussif, dure plus de deux heures… Quelle mouche a piqué le jury du 36° festival du cinéma américain de Deauville, présidé par Emmanuelle Béart, pour lui attribuer le Grand prix?Lire aussi l’article de la présentation du film par Annette Bening et Rodrigo Garcia à Deauville…

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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