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« Mother! » : Vandalisme!/#Deauville2017

focus film Darren Aronofsky, 13 septembre 2017

Pitch

Un couple voit sa maison envahie par des inconnus, ce qui remet en question l'essence de leur relation.

Notes

Le réal Darren Aronofsky a déversé sa colère sur le papier dans un scénario écrit en 5 jours. Colère de l’intrusion 24h/24h d’inconnus qui piétinent votre intimité, dans la vie réelle ou virtuelle, et finissent pas vous dévorer. Colère qu’on détruise la planète, notre mère nourricière (« Mother! »), parce qu’on ne la respecte pas, qu’aucune alerte, fut-elle catastrophique, n’alerte l’humain qui ne veut rien entendre.

Sur cette toile de fonds où baigne le récit, le réal traite d’une manière métaphorique outrée d’un sujet pour lequel on a en général, à tort, une certaine tolérance : la cannibalisation de son entourage proche par un « créateur », ici, un écrivain.

La maison d’un écrivain de renom a brûlé autrefois, de cette catastrophe, son propriétaire conserve une énigmatique et énorme pierre demi-précieuse. Générique. Désormais marié, son nouveau couple habite cette maison et tente de s’aimer, c’est ce que crois la jeune épouse (Jennifer Lawrence) qui dépense toute son énergie à reconstruire les lieux après cet incendie qu’elle croit accidentel. Une jeune femme énamourée qui croit qu’en se sacrifiant pour son mari (Javier Bardem) à qui elle donnera tout, il pourra écrire un chef d’oeuvre. Pourtant, elle ne lui suffit pas et elle s’en rend compte. En revanche, l’intrusion d’un couple de pique-assiettes flagorneurs semble redonner le sourire à l’écrivain et même de l’énergie neuve pour écrire.

Peu à peu, on se rend compte que le mari encourage l’envahissement de sa maison et de son intimité, galvanisé par cette foule odieuse qui le flatte et dont il a besoin comme stimulus pour gonfler son ego de génie et écrire. Pire, ce qu’il refuse à sa femme, il le donne à la foule, s’imaginant dans son délire, pas immédiatement repérable, partager avec eux, leur devoir une part de lui, donc, de son œuvre, quand la vérité est plus trouble.

Les intrus monstrueux de la Société du spectacle (dénoncée au passage) violent alors l’intimité du couple, dévorent et démolissent tout (comme le vandalisme irresponsable des hommes détruit la planète en toute impunité) avec la complicité du « créateur » (vrai monstre de l’histoire) insatiable qui leur sacrifiera sa femme et même davantage… Désirant un enfant, enfin enceinte d’un mari qui ne la désire plus, ayant accouché d’un petit garçon, la jeune femme ne se révoltera qu’une fois, trop tard… Le parallèle entre la gestation humaine, la mystique de création de la vie sur terre et la « création » artistique (ici, littéraire) nécessitant une inspiration quasi-divine, du point de vue du « créateur », est ambitieux.

Longtemps, la jeune épouse songe naïvement que son amour et ses sacrifices suffiront à satisfaire l’ogre de la création (qui habite son « créateur » de mari) alors que rien ne suffira jamais, excepté le sacrifice final qui l’apaisera pour un temps. D’ailleurs, l’amour guérit-il la folie?

"Mother!" (Photo Paramount)

« Mother! » (Photo Paramount)

Un récit allégorique et esthétique vécu sur un mode névrotique onirique par une femme amoureuse qui a la prémonition dans son sommeil cauchemardesque des dangers réels du fonctionnement de son couple.

Malgré sa violence formelle et ostentatoire, cette colère revendiquée qui rappelle un peu certains films de Zulawski, le film peut paraître moins pessimiste que le précédent « Black Swan » en s’offrant un faux happy end qui console le spectateur.

PS. Je n’ai vu aucune parenté avec « Rosemary’s baby » malgré ce que j’en ai lu… Il ne s’agit pas non plus d’un thriller (bien que cela soit affiché) au sens usuel du genre excepté le double jeu pervers de Javier Bardem qui en viendra au final à se démasquer. En cela, le rôle de Javier Bardem est le plus intéressant, tout en nuances et amenant subtilement le crescendo de la psychose de son personnage.

Unité de lieu claustrophobique, absence de musique, image sublime très sombre, le spectateur, sans le confort de ses repères usuels, ne doit pas chercher de rationalité immédiate dans cette brillante démonstration construite pour le déranger et le réveiller de son confort irresponsable.

 


 

Et aussi

Le 43° festival de Deauville a rendu hommage à Darren Aronofsky ce vendredi 8 septembre pour l’ensemble de son œuvre. À Deauville, il avait déjà présenté « Pi », son premier film et « The fountain », un récit ésotérique qui avait dérouté pas mal de gens. Avec la symbolique multiple du conte allégorique qu’est « Mother! », il a déjà divisé les festivaliers lors de la présentation du film à Venise. Les spectateurs d’aujourd’hui, nourris aux blockbusters et aux séries US, accepteront-ont ils encore une œuvre qui leur demande un effort intellectuel et surtout l’expérience de se laisser immerger dans l’univers philosophique d’un auteur?

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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