"My father, my lord" : la vie ici ou ailleurs?

David Volach 2007, sortie le 23 avril 2008

Pitch

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Cest un film dérangeant dont je tarde à écrire la critique tant je suis sortie déprimée de la projection. En deux mots, il sagit dune version contemporaine du sacrifice dIsaac par son père Abraham. Le réalisateur a été élevé lui-même à Jerusalem dans le milieu ultra-orthodoxe doù il sest extrait douloureusement pour aller se réaliser dans lart et le cinéma.Notes du réalisateur (extrait dune interview) : «mon film décrit un univers où le sacrifice dIsaac est quasi-permanent, car la religion sacrifie la vie ici-bas au profit dun au delà hypothètique un paradis qui se révélerait peut-être après la mort» Le film fait le procès de cette manière de vivre et de penser, une vie à sinterdire de la vivre dans la perspective dun après la vie paradisiaque, peut-être… Au moyen de lhistoire de ce petit garçon condamné par un système, le réalisateur extrapole sa révolte à ce système religieux tout entier qui dévore la vie.
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photo Sophie Dulac distribution
 

Installé dans une communauté ultra-orthodoxe de Jerusalem, Rabbi Abraham consacre sa vie à létude de la Torah. Sa femme et son fils Menahem sont entièrement gommés du foyer où tout tourne respectueusement et silencieusement autour du père et de ses études quil ne faut pas déranger. Mais le petit Menahem est distrait, plein dune joie de vivre latente quil a du mal à réprimer. A chaque événement de la journée, à chaque mini-incident, le père oppose une loi religieuse. Ainsi, Menahem sattache aux animaux, dans une des premières scènes, on voit une vieille dame malade emmenée en ambulance et un chien qui ne veut pas quitter sa maîtresse, qui sinstalle à ses pieds dans lambulance mais le père dit à son fils que les animaux nont pas dâme, que ce nest pas écrit On verra plus tard ce quon appelle la mitzva du «renvoi du nid», où Menahem sétant attaché à une petite couvée qui a fait son nid sur une fenêtre, le père va appliquer la loi divine en chassant la mère du nid ( la loi divine veut quon chasse la mère quand on veut manger les oisillons afin de préserver une partie de la famille) Mais ce que veut dire le réalisateur bien au delà, cest que le Talmud interdit lhumanisme quand il sagit dun devoir divin et que lhomme religieux passe sa vie à accomplir la loi divine en passant au dessus de ses sentiments humanistes, dautant plus quil sagit dun animal sans âme Pourtant, le réalisateur ne diabolise pas le père dans le film, et c’est la sa force, qu’il montre comme un homme luttant en permanence pour appliquer la loi divine aux dépends de ses sentiments qu’il réprime (scène du début avec les larmes et le pupitre vide), malgré tout, on sent que cet homme aime sa femme et son fils, comme il peut…


photo Sophie Dulac distribution 


Un jour que Menahem propose à ses parents de partir en vacances sur une plage de la mer morte, le père accepte et la famille prend un bus dont ils sont quasiment les seuls occupants, lambiance est lourde et limage grise exagérément jaunie comme une vieille carte postale malgré la joie de partir en vacances en famille. En cela, le film bascule physiquement par lentremise de limage, enfin sortis de la maison où se passe la plupart du récit, cest en plein air que létau se resserre. Le film devient alors claustrophobique et la dernière partie glaçante est très réussie de ce point de vue là, plus de lumière, la nuit est tombée, plus de son ou seulement celui assourdissant de lhélicoptère de sauvetage qui couvre les dialogues quand le drame surviendra.


photo Sophie Dulac distribution 


Un film très dur à voir pour tout le monde, le sacrifice de lenfant, la condition féminine au sein de ces communautés, la répression de la joie et des sentiments, de toute pulsion de vie, par les lois religieuses est une épreuve que le réalisateur fait partager au spectateur. Au moyen de cette habile chronique dune famille filmée de façon très physique et réelle, de ses gestes quotidiens réprimés et des rituels religieux asphyxiants, omniprésents à chaque heure de la journée, le réalisateur David Volach nous touche de manière viscérale, on ne sort pas indemne dun tel film.


photo Sophie Dulac distribution

Grand prix au festival de Tribeca 2007, Meilleur réalisateur au festival d’Haïfa 2006 et de Taormina 2007, ce film vient d’être présenté le 30 mars 2008 au 8° festival du cinéma israëlien à Paris. 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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