« Never let me go » : vies parallèles

Mark Romanek, sortie 2 mars 2011

Pitch

Trois amis inséparables grandissent ensemble dans un pensionnat idéal coupé du monde. Devenus adultes, on les informe qu'ils ont une vie prédestinée, chacun va alors puiser dans ses ressources pour réagir...

Quel film étrange et mélancolique qui aurait pu frapper plus fort s’il ne s’était perdu dans une seconde partie erratique, passant du fantastique subtil à un récit dramatique lourd, allégorique in extremis (un peu tard) sur la condition de l’être humain, son désir de vivre de plus en plus longtemps par tous les moyens mais pour quelle vie? Cependant, ce film à « effet retard » fait réfléchir bien après le film, met mal à l’aise pendant toute la projection sans doute à cause de l’absence de suspense, de la résignation des victimes, nées pour cela. A mi-chemin, en même temps qu’on explique aux enfants leur destin, le spectateur, qui le pressentait grâce à des accrocs dans le quotidien habilement disséminés, est informé du secret des enfants de cette école mixte à l’ancienne si particulière, un lieu clos dont on ne franchit jamais les limites .
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photo Fox

Il y a trois parties dans le film, trois tranches de vie, dans trois lieux clos (l’école, la ferme, l’hôpital),
de trois amis, Kathy, Tommy, Ruth qui vont grandir ensemble, être séparés à temps partiel, puis, définitivement. Les années au pensionnant d’Halsham débutent en 1978, c’est la partie du film la plus aboutie avec une atmosphère insidieusement inquiétante, une ambiance trop lisse et enjouée pour ne pas cacher quelque chose, des adolescents qu’on éduque d’une manière régressive dans un décor rétro avec une discipline stricte. Les signes extérieurs de Halsham sont ceux d’un pensionnat à l’anglaise du siècle dernier, pourtant certaines choses détonnent, la mixité, peu courante dans ce type d’établissement, l’absence des parents, de questions que pourraient se poser ces enfants. Les ados de Halsham sont quasiment asexués, animés de sentiments timides comme Kathy et Tommy. Tommy, asocial, seul élève violent, est la risée des autres camarades, observé, protégé par Kathy et Ruth. Plus tard, en grandissant, contrairement à toute attente, un couple se forme, Ruth et Tommy, Kathy reste sur la touche. 

photo Fox

Vers 18 ans, tous les élèves sont répartis par groupes dans des fermes, les trois amis vont aller ensemble aux Cottages, 1985, c’est la seconde partie du film, Ruth et Tommy forment toujours un couple, Kathy, solitaire, postule pour un poste d’accompagnante à l’hôpital, d’autres ados sont là venus d’autres écoles. La troisième partie du film, presque dix ans plus tard, se passe dans un hôpital, Kathy, devenue accompagnante de patients lourds, raconte sa vie, disant que pour éviter de penser à l’avenir, elle pense au passé, au jour où Tommy lui avait offert une cassette audio durant les ventes de l’école : « Never let me go ».
Le projet de ce film, tiré d’un roman à succès de Kazuo Ishiguro, « Auprès de moi toujours »,  également auteur des « Vestiges du jours » (adapté par James Ivory), est d’utiliser un univers fantastique, parallèle, une réalité alternative (c’est la mode de nos jours…), pour développer un thème universel : la condition de mortel de l’être humain dont on ne prend pas conscience tout de suite, voire qu’on nie, surtout dans nos sociétés contemporaines en quête de risque zéro et d’éternelle jeunesse. Savoir, accepter qu’il y a une fin à la vie modifie le comportement des gens, connaître la date approximative de sa mort encore davantage ; si on observe dans la réalité une prise de conscience pour des gens très âgés que leur fin est proche, ici, en transposant le thème existentiel sur des personnages jeunes qui ont une durée de vie très courte, le savent et l’acceptent, la démonstration de l’éphémère de la condition humaine, du « passage » sur cette terre, de la limite  d’une vie, est nettement plus aigue, frappant le spectateur de plein fouet, de surcroît, l’acceptation de leur destin par les protagonistes jeunes qui ne se révoltent pas, est presque pire à admettre.


photo Fox

Les actrices Carey Mulligan et Keira Knightley ont des rôles bien différents de ceux qu’on leur connaît en général au cinéma, sobres, douloureuses, justes, interprétant ces personnages viscéralement tristes, de cette tristesse chronique diffuse qui n’empêche pas quelques moments de joie pure, de plus en plus rares avec le temps. Dans le rôle de la directrice de l’école, Charlotte Rampling, anglaise austère, dans celui de « Madame », étrange femme de pique chargée d’une galerie extérieure à l’école pour qui les élèves dessinaient jeunes et espéraient y être exposés, la française Nathalie Richard.
Le réalisateur Mark Romanek avait déjà

réalisé en 2002 « Photo Obsession » qui avait été primé au festival du cinéma américain de Deauville.

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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