« Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) » : un film méditatif sur la réincarnation

Palme d'or 2010, Apichatpong Weerasethakul, sortie 1er septembre 2010

Pitch

Un vieil homme très malade est sujet à des apparitions : son épouse morte il y a presque 20 ans, son fils, il comprend alors que la fin est proche. Sa famille l'accompagne dans une grotte au sommet d'une colline...

Boonmee accueille sa belle-soeur Jen dans sa maison au coeur de la jungle où il rêve d’une ferme apicole. Très malade, le vieil homme est sous dialyse une partie de son temps. Bientôt, les apparitions commencent : son épouse Huay, morte il y presque 20 ans, soeur aînée de Jen, son fils disparu devenu un homme-singe aux yeux rouges phosphorescents. Boonmee vit sa maladie comme un châtiment et fait le bilan de ses fautes : aurait-il par le passé tué trop de communistes, trop d’insectes… Comprenant que ces apparitions sont le signe d’une fin proche, Boonmee rassemble ses effets et prépare son départ pour une destination qui lui est inconnue.
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Boonmee va alors traverser la jungle avec ses proches et pénétrer dans une grotte au sommet d’une colline, symbole du lieu originel où il aurait vécu sa première vie, équivalent d’un utérus pour la naissance, la mort et la renaissance. De cette première existence, Boonmee ne se souvient de rien, pas même s’il était un végétal ou un animal… Pourtant ce retour dans la grotte apaise Boonmee qui se sent prêt à affronter le voyage qu’est la mort.


photo Pyramide

Après la mort de son beau-frère, Jen va retourner dans son minuscule appartement en ville qu’elle préfère à la beauté de la jungle, renouant avec les occupations matérielles comme trier des lettres de condoléances avec sa fille. Tong, l’ouvrier agricole de Boonmee est devenu moine boudhiste quelques jours pour honorer la mort de son maître. Le film est un peu un conte boudhiste. Le fantôme de Huay, l’épouse morte de Boonmee, ne peut exister que parce qu’elle est liée à la mémoire de son mari et non pas à un lieu, quand Boonmee sera mort, elle n’existera plus. On dit toujours que les gens meurent vraiment quand plus personne ne pense à eux, la dernière personne ne pas oublier Huay, c’est Boonmee qui lui dit combien elle lui a manqué. Le réalisateur fait un parallèle avec le cinéma, ces films où les acteurs à l’écran sont éternellement jeunes bien que morts.
 


photo Pyramide

Les passages oniriques sont les plus beaux, on se dit qu’on aurait nettement préféré que le film soit entièrement onirique car le récit de la maladie et des visions de Boonmee est souvent fastidieux, lacunaire, inintelligible. A défaut de comprendre tout ce qui se passe, autant regarder la féérie de la cascade où une princesse se mire dans l’eau qui lui renvoie une beauté qu’elle ne possède pas dans la réalité. La cascade se mêle aux larmes de la jeune femme formant des larmes géantes. Un jeune homme lui déclare sa flamme, auquel elle répond que c’est l’image embellie d’elle qu’il aime, se transforme en poisson-chat. L’étreinte aquatique entre la princesse et le poisson-chat a marqué les esprits au festival de Cannes, on le comprend, la scène est magique.
 


photo Pyramide

Mais d’une manière générale, ce film semble inaccessible au grand public même avec la meilleure volonté, ultra-contemplatif, lent, dépouillé, bien que pavé de belles scènes.
Car c’est un film très faiblement narratif, médidatif, poétique, une expérience cinéma hypnotique, fonction du cinéma aussi, et une tentative de connection du spectateur avec la nature par l’intermédiaire du cinéma et de la beauté exceptionnelle des images… Comme il m’avait semblé avoir raté la dernière image, j’ai demandé de l’aide à une spectatrice  en sortant de la projection : elle m’a répondu avoir dormi pendant la plus grande partie du film… Ne pas s’assoupir avec Oncle Boonmee relève du défi, deux cafés très serrés ne seront pas de trop avant la séance! 

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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