Philomena2

« Philomena » : une foi inébranlable

focus film Stephen Frears, sortie 8 janvier 2014

Pitch

Irlande, 1952. Philomena, adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. À l’âge de trois ans, son fils lui est arraché pour être adopté. 50 ans plus tard, retraitée, elle part à sa recherche aux USA avec un journaliste désabusé...

Notes

« Philomena », tiré d’une histoire vraie, est un mélo sympa, si je puis dire, un drame intime poignant, avec rebondissements, mais traité avec pudeur et humour, l’interprétation de Judi Dench aidant beaucoup dans ce sens.

Infirmière à la retraite, Philomena Lee (Judi Dench) est hantée par un évènement tragique survenu il y a plus de 50 ans : jeune fille, elle a « fauté » avec un beau mec rencontré dans une fête foraine, ce qui a entraîné des drames en cascade : enceinte, sa famille la rejette, elle est hébergée dans le couvent de Roscrea en Irlande : là, les « filles-mères », comme on les appelait à l’époque, y accouchent en secret et sont redevables à la communauté religieuse de quatre ans de travaux sur place, Philomena y travaillera à la blanchisserie. Mais quand les enfants sont en âge d’être adoptés à l’extérieur, ils disparaissent du couvent, et Philomena, qui a signé dans l’affolement un document renonçant à ses droits, cherchera en vain, ensuite, toute sa vie à retrouver les traces de son fils.

Parallèlement, Martin Sixmith (Steve Coogan), conseiller du Premier ministre, vient d’être viré pour une gaffe dans les médias. Abattu, il songe à rempiler dans le journalisme quand la responsable d’un magazine grand public lui propose de publier un sujet choc mais lequel? Ce sera l’histoire de Philomena. Ce couple improbable, l’homme cultivé très snob et la retraitée provinciale qui lit des romans à l’eau de rose, va partir ensemble pour Washington sur les traces de la famille d’adoption du fils de Philomena dont ils ont vaguement retrouvé la trace, les orphelins irlandais des années 50 étant à l’époque souvent adoptés par des riches familles américaines.

photos Pathé

Et aussi

On ne dit rien de la vie de Philomena après le drame, on la découvre à la retraite, ayant une fille d’une trentaine d’années qui l’aide dans ses recherches : sa vie active est finie, elle revient en arrière et les flash-backs sur les années 50 sont nombreux (peut-être un peu trop). C’est le défaut du film, d’une part, les retours (parfois redondants) au passé dans le couvent, d’autre part, une certaine lenteur du récit, imputable, sans doute, aux années d’attente du personnage principal (50 ans à se ronger, c’est long…) Car le réalisateur a choisi deux époques précises, l’adolescence, avant la vie active de Philomena, et l’après, elle, retraitée ; rien sur son enfance, rien sur 50 ans de vie adulte, comme si tout ça n’était que du « remplissage » sans importance, Philomena obsédée par un seul évènement, la mise au monde et la perte de son enfant, et, aujourd’hui, les recherches pour savoir ce qu’il est devenu… Humour du scénario, car il y en a beaucoup pour contrebalancer l’émotion et le tragique de la situation, Philomena va retrouver la trace de son fils, conseiller du gouvernement américain, comme l’était Martin à Londres, et le perdra à nouveau…

Seconde histoire dans l’histoire, la relation de Philomena et Martin, que tout sépare intellectuellement et socialement, mais que la thématique universelle d’un drame de la vie va rapprocher. Peu à peu, la morgue de Martin vis à vis de cette femme simple et obstinée, qui ne cherche pas à se venger (pire que tout, elle garde la foi) mais simplement à être informée du film de la vie de son fils perdu (et l’expression prend tout son sens dans une scène avec un film amateur), va s’estomper, les barrières sociales et culturelles se brouiller.

Stephen Frears, qu’on a connu plus excentrique, réalise un film simple sur une histoire extraordinaire, cédant la place à la force du récit avec la parti pris d’y intégrer de l’humour envers et malgré tout. Le film est d’autant plus délicat, presque léger, dans son traitement que l’histoire est cruelle, excepté quelques scènes dans le couvent, plus franchement mélodramatiques.

 

« Philomena » est l’adaptation du roman « Philomena: The True Story of a Mother and the Son She Had to Give Away » écrit par Martin Sixsmith. L’adaptation a été co-écrite par Steve Coogan qui joue également le rôle de Martin Sixsmith dans le film. Le jury de la dernière Mostra de Venise (2013) a décerné deux prix à ce film : le Prix Osella du meilleur scénario et le Queer Lion.

 

Notre note

4 Stars (4 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top