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« Phoenix » : l’impossible réparation

focus film Christian Petzold, sortie 28 janvier 2015

Pitch

Défigurée au retour d'Auschwitz, le visage refait, Nelly Lenz, revient à Berlin sous les décombres à la recherche de Johnny, son mari, qui ne le reconnaît pas.

Notes

PHOENIEX2photos Diaphana

 

C’est une histoire d’amour fou, unilatéral, d’une femme qu’a dénoncé son mari, à qui elle doit d’avoir été déportée dans les camps d’extermination, mais qui est prête à pardonner, lui donner des excuses, qui, en fait, voudrait entendre que tout cela est faux, qu’il ne l’a pas vraiment trahie. De retour à Berlin, ville dévastée, Nelly Lenz, ancienne chanteuse populaire, est obligée d’avoir recours à la chirurgie réparatrice, on lui refait son visage. Les premières scènes sont à tendance horrifique, une femme dans une voiture, le visage bandé, des soldats américains insistant pour qu’elle montre ce visage démoli… Nelly est prise en main par Lene, son amie, employée à un haut poste de l’Agence juive de réinsertion, ensemble, elles rêvent d’Haïfa ou de Tel-Aviv où on va leur donner un terrain… Mais seule Lene en rêve, Nelly obsédée par Johnny qu’elle veut retrouver, rodant la nuit dans les bars, il était pianiste, elle le retrouve, devenu homme à tout faire dans un club minable. Mais la ressemblance de Nelly avec son ancienne épouse n’a pas échappé à Johnny qui échafaude un plan machiavélique : la faire passer pour sa femme (qu’il imagine miraculeusement revenue des camps) et mettre ainsi la main sur l’héritage puisque Nelly est la seule rescapée de sa famille, tous sont morts. Pour cela, il a imaginé une robe rouge, le maquillage de Nelly du temps de sa splendeur, il lui fait répéter son rôle ; « crois-tu que c’est ainsi qu’on revient des camps? » lui fait-elle remarquer mais il ne veut pas l’entendre… Car elle a accepté le rôle, abandonnant Lene, désespérée…

C’est, plus en profondeur, l’histoire d’un amour impossible, lui refuse de reconnaître sa femme, bien qu’inconsciemment, il reproduise la trahison, elle, refuse que leur amour soit anéanti. Nelly voudrait revenir en arrière, et lui aussi, d’une certaine manière, en niant l’évidence, en l’habillant comme autrefois, en refusant de l’évidence qu’elle ne peut pas revenir en train des camps en robe de satin rouge et maquillage et brushing, que ce n’est pas crédible, mais les ignominies d’Auschwitz, irracontables par les rescapés, ont annihilé la possibilité de s’aimer à nouveau.

 

Et aussi

On a un peu plus de mal à adhérer à la seconde partie du film mettant en scène ce couple en tête à tête, habitant dans un sous-sol, lui, dans le déni, elle dans l’attente, on a quitté le crédible réaliste de la première partie pour un huis-clos (une partie du temps), une relation psychologique très complexe entre un homme et son épouse qui ne peuvent pas revenir en arrière bien qu’ils s’y acharnent. Mais l’histoire est très belle, très forte, Auschwitz a massacré toute possibilité de s’aimer, tuant les survivants de l’intérieur et même aussi ceux qui n’y sont pas allés, comme le mari de Nelly.

PS. Bien entendu, le Phoenix (oiseau renaissant de ses cendres) est un symbole et aussi le nom du bar où Nelly retrouve son mari la nuit.

Notre note

4 Stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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