« Picnic at Hanging Rock » : corps de jeunes filles disparues

Peter Weir, 1975, reprise en salles 12 aout 2009
Encore une échappée au cinéma Grand Action, racheté et rénové par une courageuse passionnée de cinéma, souvent tentant par sa programmation (l’autre jour « La Rumeur » de Wyler) mais assez excentré au bout du bout de la rue des Ecoles derrière Jussieu… (métro Cardinal Lemoine ou bus 89). Après « La Rumeur » de Wyler, reprise cette semaine de « Pinic at Hanging Rock », un des premiers films de l’australien Peter Weir, un film culte magnifique comme il n’osera plus en faire par la suite. Sofia Coppola s’en serait inspiré pour « Virgin suicides », aucun doute dès les premières images… La version présentée en salle fut reprise récemment par Peter Weir qui supprima 7 minutes de son film durant au départ 1h55. 


En 1900 dans l’état de Victoria en Australie, un pensionnat de jeunes filles trop jolies s’apprête à partir en pique-nique le jour de la Saint Valentin. Dans les chambres, on se prépare à l’excursion à Hanging Rock, des anges vêtus de robes blanches lacent leurs corsets et rêvassent en lisant des mots doux… Dans la chambre de Melinda, la blonde solaire, et de sa colocataire Sara, la brune  polaire, on donne quelques vagues clés qui serviront ensuite pour le récit qui s’achemine rapidement vers le fantastique. Melinda dit à Sara qu’il lui faudrait trouver une autre amie à aimer, qu’elle ne restera pas ici pour très longtemps. Ensuite, Sara, punie de pique-nique, reste avec la directrice qui la brime parce qu’orpheline, elle ne paye pas sa pension. Pendant ce temps, le convoi s’ébranle, le bras droit de la directrice, une vieille fille revêche, fait remarquer en voiture qu’on va à Hanging rock pour se faire plaisir et qu’on y rencontrera surtout des serpents, des fourmis…
Dans une ambiance brumeuse, cotonneuse, blanchie, la photo souvent surexposée, les paysages passés, jaunis, comme une photo trop ancienne, évoluent sur une musique de flute de paon ou classique, des jeunes filles qu’on dirait tirées d’un album de David Hamilton. En réalité,

Peter Weir aurait demandé au directeur de la photographie de s’inspirer des premières photos couleurs de Lartigue. Malgré (ou à cause de) l’excès de somptuosité des lieux et des personnes, l’ambiance est oppressante, on se plaint de la chaleur, cette débauche de beauté tricotant une menace latente…


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photo Splendor films

 

Fête de la Saint Valentin, serpents, massifs rochers érigés de Hanging rock, couteau de boucher s’abattant sur le gâteau en forme de coeur, les symboles phalliques ne manquent pas sur le site du pique-nique. Soudain, quatre élèves demandent la permission à Mademoiselle, leur professeur préféré, d’aller mesurer les rochers, alors, Melinda, la plus belle, que Mademoiselle compare à un Boticelli, se retourne vers cette dernière pour lui faire un gracieux au revoir de la main, dernier indice… Une des filles, Julia, boulotte, physique ingrat, se plaint qu’elle ressent de la fatigue, à la traîne… Pendant ce temps, les trois autres jeunes vierges ont ôté leur bas noirs et font la sieste, puis, réveillées, disparaissent en file indienne dans le rocher… Julia, la rétive, la seule à avoir gardé ses bas noirs, à ne pas être belle, s’échappera en hurlant, regagnant le pique-nique, ses vêtements déchirés par les ronces, ayant été saisie par une vision dont on parlera plus tard… Plus tard, on retrouvera une des trois jeunes filles, Irma, la française, dont on saura seulement au détour d’une phrase qu’on n’a pas retrouvé son corset sur elle… Mais les deux autres jeunes filles et la vieille fille revêche ont disparu…


photo Splendor films

Conte fantastique sur l’initiation à la sexualité de jeunes filles attirées irrésistiblement par les pitons rocheux de Hanging Rock, dont on les a prévenues du danger, des serpent, du vide, qui se laissent guider, emporter par leurs sens, alanguies sur les roches plates, jusqu’à ce qu’il devienne impossible de résister à l’appel de pénétrer dans l’antre du rocher, chez l’ogre du conte. Le film est envoûtant, captivant, surtout la première partie exagérément angélique, grappes de jeunes filles trop parfaites au pique-nique avec, saupoudrées perversement à dose homéopathique dans ce tableau idyllique (dont on reprendra les images du « bonheur » vers la fin), quelques gestes et phrases ébauchés, annonciateurs de la suite.


photo Splendor films

L’ambiance ensorcelante, la musique planante, le mélange entre le sensuel et le poétique des lettres d’amour qu’on lit et récite, ces mots qui échauffent les corps des jeunes vierges. La violence de la beauté comme une arme et une menace contre les autres et envers celles qui la possèdent. On est dans le fantastique onirique à enveloppe romantique, avec ce que l’amour passionné, transcendé, rêvé, peut recéler de charge sexuelle latente, dans la démonstration de l’insondable mystère des corps de jeunes filles, osé, parfait, un chef d’oeuvre!

 


photo Splendor films

 

Note. Ce film n’existe qu’en DVD 1 ou DVD 2 (UK) avec des sous-titres anglais!  

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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