« Revanche » : la vengeance est-elle une revanche?

Götz Spielmann, sortie 11 mars 2009


A l’invitation de MK2 Diffusion, je suis allée hier soir voir une avant-première du film « Revanche » au MK2 Hautefeuille à Paris en présence du réalisateur autrichien Götz Spielmann. Ce qu’il a dit en introduction du film donne un éclairage en sortant de la projection : le réalisateur se qualifie d’optimiste en décrivant la réalité aussi laide soit-elle dont pourra émerger un nouveau départ,
son film a une dimension  cathartique, les gens qui n’aiment que le fun étant pour lui des pessimistes. La clé du film, passer du bruit au silence, le silence n’est pas à la portée de tout le monde, la plupart des gens le fuient. 

Le film est divisé en deux parties qui correspondent, l’une au bruit, la ville, l’argent, la prostitution, le noir, le rouge, l’autre au silence, la campagne, l’entraide, la lumière, avec un pont douloureux entre les deux passant par le deuil. Dans la ville, l’agitation, la quête non stop du profit, à la campagne, le silence, source d’énergie, c’est toute la différence…
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photo MK2 distribution

Dans un premier temps, après un rapide plan de la forêt et d’un lac dans lequel tombe un objet, on arrive dans une chambre sinistre, un couple amoureux, elle est prostituée, il est employé dans le bordel minable du quartier rouge de Vienne où elle travaille : un bordel moderne, mal tenu, sombre, avec des chambres rougies, des casiers au vestiaire pour se déshabiller et passer des vêtements de travail, bas noir, blouson de cuir rouge, un coin cuisine pour prendre un café entre deux passes. Un jour, le patron du bordel, un gros porc machine à fric, propose à Tamara comme un cadeau d’aller se prostituer pour des notables seule dans un appartement plus confortable que cette chambre d’hôtel sordide qu’il lui loue à prix d’or mais la jeune femme refuse, préférant rester près d’Alex, ce que l’autre ignore. Pour lui forcer la main, le patron du claque la fait tabasser par un homme de main qui se fait passer pour un client…. Alex et Tamara décident alors de s’enfuir et de faire un hold-up sur la route. Le casse tourne mal, Tamara est interrogée par un flic qu’Alex neutralise au sol, quand la voiture démarre, le policier, paniqué, tire dans les roues et rate sa cible, Tamara meurt. Démoli, Alex va trouver refuge chez son grand-père que sa mère menace de mettre à l’hospice. Petit à petit, l’ours se laisse apprivoiser par son petit-fils, c’est le début de la seconde partie. Par hasard, Suzanne, une voisine, rend régulièrement visite au grand-père et se trouve être l’épouse du policier qui a tiré sur Tamara. La tentation de se venger ronge alors Alex que personne ne soupçonne car il portait une cagoule au moment du hold-up.
 


photo MK2 distribution

Démoli, le policier l’est aussi, dévoré par la culpabilité, comme Alex, il vit avec une photo de Tamara, sauf que la sienne est celle de l’identification, la photo de la jeune femme morte dans la voiture. Pour couronner le tout, la police porte plainte contre lui, il finira par être mis à pied. Dans l’intervalle, Suzanne, l’épouse du policier, en visite chez le grand-père, se fait chasser durement par Alex. Subjuguée par sa brutalité, Suzanne l’invite à venir coucher avec elle quand son mari est absent. La réalisateur ne fait pas impasse sur la violence de la sexualité et la différence entre une relation amoureuse et purement sexuelle, entre la femme du policier et Alex, pas une trace de sentiment mais une sexualité animale, rageuse, sauvage. Pourtant, cet intermède va calmer Alex qui comprend, petit à petit, que le policier n’est pas le monstre qui a tiré sur sa fiancée sans état d’âme mais un être humain flippé, faible, au bord de la dépression nerveuse. Une réflexion qu’il ne peut mener qu’au calme en s’occupant aux travaux de la ferme du grand-père dont la santé décline. Pourtant, à la vengeance, va se substituer la revanche (même si elle n’est pas préméditée), la seconde manche, par l’intermédiaire de cette femme qu’Alex et le policier partagent même si ce dernier n’en sait rien. Tout comme la balle du policier s’est logée dans le coeur de Tamara, Alex va laisser sa marque dans le ventre de Suzanne… Après le deuil, la réparation du traumatisme, la consolation, chacun pourra alors commencer à oublier, espérer une seconde vie, une seconde chance…
 


photo MK2 distribution

 

C’est un film sur la résilience, voire la rédemption, sur le travail de deuil qui passe par le renoncement, notamment l’abandon de la vengeance qui enferme les gens dans leur passé, les lie aux fantômes d’un passé vampirisant leur cerveau et les empêche de vivre au présent, encore moins d’envisager un futur. Sur les 5 films de Götz Spielmann, un seul est sorti en France « Antares » que je n’ai pas vu mais qui avait choqué par la crudité des scènes de sexe. Ici aussi, les scènes de sexe sont brutales, violentes, flirtant avec la mort (je viens de regarder les derniers films d’Oshima dont le thème majeur est sexualité et mort…) mais nulle complaisance, pas plus que dans la description du bordel ou de la vie du grand-père. On est à deux doigts du misérabilisme mais on demeure pourtant dans un réalisme sans concession, un anti-glamour très allemand bien que le film, autrichien, ne rappelle pas l’école de Berlin, c’est un autre style plus dur vu de l’extérieur mais plus optimiste avec un message d’espoir, sur le fumier, peuvent pousser des fleurs, peut-être… Présenté à la 58° Berlinale dans la section Panorama, « Revanche » faisait partie de la sélection des Oscar cette année. 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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