Roman Polanski : Wanted and desired : le diable probablement…

 

 

5 années de travail ont été nécessaires à Marina Zenovich pour réaliser ce documentaire sélectionné à Cannes cette année sur l’affaire Roman Polanski qui agita les USA pendant des mois, voire des années, et provoqua son retour définitif en France. En 1977, Roman Polanski est accusé de viol sur une mineure de 13 ans. Mandaté par le journal Vogue hommes pour faire des photos de jeunes filles, Polanski a emmené l’adolescente dans la villa inoccupée de Jack Nicholson. Les dépositions de Polanski et de l’adolescente sont habilement montrées et dites à l’écran en alternance sur le même sujet, chacun répondant de son côté à la police aux mêmes questions : Polanski ne nie pas qu’il connaissait l’âge de l’adolescente, là où il est en désaccord avec la partie adverse, c’est qu’il pense qu’elle était déjà émancipée, délurée, consentante malgré le comprimé de Qaalude et le champagne qu’elle a acceptés, donc pas droguée à son insu mais violée dans un état second… Le grand reproche de Polanski, qui semblait ignorer la loi américaine où le détournement de mineurs est passible de lourdes peines de prison, c’est le harcèlement du juge à son égard, voire les irrégularités dans la procédure. L’acharnement ce de cet homme de loi, féru de publicité et de people, le fera fuir définitivement les USA où il n’est jamais retourné et pour cause, il y risque encore la prison au jour d’aujourd’hui.

 

 

La réalisatrice fait tout son possible pour exposer tous les faits connus jusqu’au moindre détail, montrer tous les documents et témoignages (y compris celui de l’ex mineure devenue une femme d’environ 45 ans) de manière à laisser le spectateur juge bien qu’on sente qu’elle penche pour la défense de Polanski. En Europe, la réalisateur est considéré comme un génie, aux USA, depuis « Rosemary’sbaby » comme un être retors aux pratiques occultes. Mais c’est surtout huit années auparavant que se joue le drame quand en 1969 Sharon Tate, la jeune épouse enceinte de Polanski, se fait massacrer dans leur villa de LA ,avec tout un groupe d’amis, par la tribu Manson en l’absence de son mari qui se trouvait à Londres. Ce drame ignoble marque la fin de l’insouciance des hippies de LA où on vivait sans clé ni porte fermée, la présence de Polanski dans un quartier porterait malheur, il aurait reproduit le scénario de ses films,etc…
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Polanski et son avocat américain fin des années 70, photo Metropolitan
 

 

D’artiste charismatique admiré et adulé, Polanski devient paria à éliminer. Les minces extraits de film sur Sharon Tate et Polanski jeunes mariés sont très touchants quand on en connaît la fin tragique. On voit Polanski lui donner des indications sur le tournage du « Bal de vampires », comme on verra ensuite un extrait des coulisse et du tournage de « Répulsion » et du film avec une Deneuve d’une beauté à couper le souffle. Ces extraits de films placés en miroir du sujet traité, le coup de téléphone de Mia Farrow harcelée dans « Rosemary’s baby », plusieurs extraits du « Locataire », film emblématique du harcèlement vu par Polanski qui y tient le role principal, ou encore, vers la fin, l’homme pantin du « Couteau dans l’eau », sont une vraie trouvaille, des insertions d’une cinéphile qui a compris l’oeuvre du cinéaste.Avant le viol de l’adolescente, avant le massacre de Sharon Tate, l’enfant Roman Polanski a vu tuer sa mère par les allemands en Pologne et son père déporté dans les camps, un de ses amis témoigne qu’il n’a jamais connu un homme aussi dévasté que Polanski après la mort de sa femme… Pourtant, l’homme est un survivant, un résilient, comment dans ces conditions juger la logique souterraine de son comportement de survie même si il passe par la reproduction des schémas de souffrance …Ce n’est pas la faute de Polanski que le film réfute, c’est le fonctionnement pervers du système judiciaire et médiatique américain qu’il dénonce, éclairant le procès à la lumière du harcèlement dont est victime Polanski à cause de ses antécédents, de son statut d’étranger et d’artiste signant des films « sataniques ».

PS. Malheureusement, le sujet du prochain film de la réalisatrice Marina Zenovich est nettement plus pervers : elle s’attaque dès cette année à réunir de la doc sur le Monarque du Rocher de l’Elysée et sa cour.. Allergiques, s’abstenir…   

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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