« Samson & Delilah » : la vraie vie ne serait pas ailleurs!

Caméra d'or Cannes 2009, Warwick Thornton, sortie 25 novembre 2009


Caméro d’or à Cannes en mai de cette année, prix du public en février 2009 au festival d’Adélaïde, ce film a suscité l’enthousiasme en Australie, soutenu notamment par Baz Luhrmann, à la fois pour le film et pour son sujet identitaire, premier film réalisé par un aborigène sur les aborigènes. Il vient également de recevoir fin octobre le prix du festival des antipodes de Saint-Tropez. Histoire d’amour à deux niveaux, celle de deux jeunes gens rêvant d’évasion et celle d’un réalisateur pour les siens.Samson et Delilah vivent dans un paysage désertique du centre de l’Australie avec quelques maisons de fortune délabrées réunies pour former un petite communauté aborigène, un lieu où la précarité est telle que tous se sont cotisé pour acheter une voiture commune au village, de la même façon, ils possèdent un seul téléphone, un poste extérieur sur pied résonnant dans le désert. Samson vit souvent couché en sniffant de l’essence, des solvants, squattant une chambre de la maison de son frère qui a formé un orchestre de fortune, le groupe joue tous les jours sur le pas de la porte avec indolence, ils joueront sans doute sans public toute leur vie… La guitare du frère, l’essence, déjà deux moyens d’évasion. Delilah, en revanche, est active, veillant de manière touchante sur sa grand-mère très âgée qu’elle réveille tous les matins (les deux femmes dorment dehors) avec une barquette de comprimés fournie par le dispensaire ambulant. On revient à une scène récurrente de la caravane du dispensaire avec les chaises posées devant dans la poussière du désert.
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photo Why Not productions

Chaque matin, on craint comme Delilah que la grand-mère ne se réveille plus, artiste sans le savoir, elle peint des tapis, des tissus, y initie sa petite fille (on voit le marchand qui l’exploite et va vendre ensuite les toiles en ville à prix prohibitif). Le seul moyen d »évasion de Delilah, jeune fille sage, c’est la nuit dans la voiture, seule, écouter des chansons d’amour en espagnol… Ce qui amènera la plus belle scène du film où la musique qu’écoute Delilah enfermée dans la voiture va envelopper le corps de Samson dans la nuit.
 

  
photo Why Not productions

C’est finalement la grand-mère qui adoubera Samson quand il vient installer son matelas dans leur cour, ayant compris avant Delilah que c’est l’homme de sa vie… Une vie aride, d’une pauvreté extrême, une communauté d’exclus de la société. Mais ce n’est rien en comparaison de la ville, on va le voir dans la seconde partie du film… Violence d’abord des femmes qui frappent Delilah avec un bâton pour la punir de la mort de sa grand-mère qu’elle aurait dû amener à l’hôpital… Violence absolue en ville ou Samson&Delilah s’échappent en volant la voiture de la communauté… Campant dans une sorte de décharge municipale, le couple va sombrer dans la crasse, la faim et les vapeurs d’essence, n’ayant trouvé pour interlocuteur qu’un clochard plus organisé qu’eux qui leur donne parfois de quoi manger (interprété dans son propre rôle ou à peu près par le frère du réalisateur, les autres acteurs aussi sont non professionnels).
 

 
photo Why Not productions

Images d’une beauté sidérante proportionnelle à la dureté du film, la première partie est relativement légère, des sensations, des sourires, des bons moments. Mais la seconde partie en ville, décrite comme un véritable calvaire pour le couple, est sans espoir et on ne croit qu’à moitié au retour à la communauté, seul refuge, à l’amour salvateur d’une jeune femme qui passera sa vie à tenir l’autre qu’elle aime en vie, après avoir poussé le fauteuil roulant de sa grand-mère, celui de Samson… On comprend le message d’espoir, l’opposition de l’utopie de l’évasion en ville avec l’histoire d’amour, seul voyage qui en vaille la peine, la colonne vertébrale identitaire d’inspiration familiale que représente la communauté, si dure soit-elle. Ce film n’a certainement pas le même impact pour le spectateur européen ignorant de la question des monorités arborigènes en Australie, beaucoup de choses nous échappent. Restent la poétique des lieux, l’immersion dans le silence du désert, la naissance de l’amour, sentiment universel, qui en font une expérience unique, un film qui ne ressemble à aucun autre.
 

 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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