"Searching for Debra Winger" ("A La Recherche de Debra Winger") : la date de péremption

focus film Cannes 2002, Rosanna Arquette, sortie DVD 3 juin 2008
Ce documentaire original de Rosanna Arquette, actrice apparemment désinvolte des années 80 (« Recherche Susan désespérément », « New York stories », « After hours »), est un peu plus complexe qu’il n’y paraît sur le fond du sujet qu’il affiche : la date de péremption des actrices à Hollywood au delà de quarante ans. Comme le lui dit un producteur qu’elle rencontre à Cannes, vous être très séduisante mais le cinéma est destiné au teenagers et ils n’aiment que les « balèzes exterminatrices » (genre Lara Croft)… Ca, c’est la sujet affiché du film : existe-t-il une vie professionnelle d’actrice aux USA après 40 ans? Cependant, dès le départ, Rosanna Arquette passe un extrait d’un film clé qui a pesé sur sa vie entière « Les Chaussons rouges ». Dans ce film, une femme est sommée par son amoureux de quitter sa carrière au cirque, et, incapable de choisir entre son métier et sa vie privée, se jette sous un train… Détail essentiel, c’est donc la mère de Rosanna qui l’initie à ce film quand elle a quatre ans. Une mère morte à 57 ans d’un cancer, dont Rosanna Arquette confesse vers la fin du film que, soutien de son père acteur et mère de 5 enfants, elle n’a pas pu réaliser ses rêves d’artiste, cela l’aurait tuée en vérité. Dès lors, le ton est donné et va prendre le pas sur le sujet théorique du film du vieillissement des actrices : peut-on avoir « les deux »? La réalisatrice va le répéter tout le long du film : peut-on avoir une vie professionnelle et une vie de mère réussie? Ce n’est pas non plus du couple et d’une vie privée dont parle Rosanna Arquette, ni les autres copines actrices qu’elle va interviewer, comme si l’échec du couple à Hollywood était de toute façon inévitable, les hommes sont zappés du film,  mais de la dualité actrice et mère. 


photo éditions Montparnasse
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Allant interviewer en premier lieu Robin Wright-Penn, qui forme alors un couple uni avec Sean Penn avec des compromis (le film étant de 2002, on est décalé, on le verra avec Sharon Stone qui est à l’époque mariée à Phil Bronstein, un brillant journaliste) : Robin Wright-Penn ne tourne qu’un film par an, et, selon ses dires, elle est « mère à temps complet » les dix autres mois de l’année, mais elle affiche des regrets sur ces rôles qu’elle a loupés, refusés, une certaine tristesse, même si elle affirme ne pas regretter son choix. Ensuite, la réalisatrice essaye de recentrer son projet sur les rôles offerts à une actrice américaine après 40 ans, l’occasion de tablées, de repas, les scènes les plus vivantes, avec quantités d’actrices blondes et sexy, anciennes poupées parfaites, qui le sont d’ailleurs encore plus ou moins, la lucidité en plus qu’elles n’avaient pas plus jeunes ; comme Daryl Hannah, heureuse de jouer la mère d’un ado de seize ans, se voyant affublée d’une tenue de mamie et d’une horrible perruque. Comme Teresa Russel revenant après des années d’interruption volontaire de métier et qui se voit refuser même les castings. Les deux portents de longs cheveux blonds brushés comme des jeunes premières, accentuant qu’elles ne le sont plus vraiment. Pour le naturel, il faudra aller chercher du côté d’une Whoopi Golberg qui explique simplement que n’ayant jamais été un sex-symbol, ça lui a évité de ne plus l’être… Que sa paire de fesses enfle comme une corps étranger et ses seins tombent, elle est furieuse mais qu’elle n’aura pas recours à la chirurgie esthétique pour autant. Même écho chez Holly Hunter qui avoue trouver plus de rôles à 40 ans qu’à 30 ans, elle n’était pas non plus classée dans les sex-symbols.  Très vite, le casting se resserre : ce sont les trop belles qui vont payer le prix de la beauté en étant mises sur la touche, celles dont ont regardait plus le décolleté que les prestations. D’ailleurs, les modèles de toutes ces anciennes jeunes premières sont des actrices haut de gamme qui n’ont pas réussi à cause de leur physique : Meryl Streep, Julianne Moore, Jane Fonda étant un cas particulier de longévité, ayant su reconvertir tôt sa notoriété en passant par l’engagement politique, ayant ensuite choisi de stopper en 1990 sans regrets à la demande de son Ted Turner de mari. En fait, c’est du côté de la France, l’Europe, que les actrices US louchent, vers une Charlotte Rampling redemarrant sa carrière avec « Sous le sable » que toutes plebiscitent ou encore Vanessa Redgrave. Emmanuelle Béart, interviewée à Cannes, parle de l’infantilisation des actrices par un public qui les voudrait inchangées avec le temps, lucide, elle dit qu’elle ignore si elle est capable de se confronter à la réalité.


photo éditions Montparnasse

Il y a donc trois niveaux dans ce film : l’impossible vieillissement des actrices, surtout celles cantonnées aux emplois de séductrices, le sujet qu’on aurait aimé voir traiter en profondeur, la difficulté d’être à la fois actrice et mère, le sujet réel du film tel qu’il est tourné, a tourné, et le sujet douloureux, sans doute à l’origine du film : les problèmes de famille de Rosanna Arquette : non seulement, elle essaye de ne pas finir comme sa mère qu’elle considère morte prématurément de n’avoir pas pu réaliser ses rêves en même temps que sa vie de femme au foyer mais elle est à l’époque confrontée à la rivalité, orchestrée par les médias, avec sa soeur cadette Patricia Arquette qui mène, par dessus le marché, une carrière plus star qu’elle n’a jamais eue. A Cannes, elle dit à une journaliste à mi-voix, qui l’interroge sur sa soeur Patricia, que non seulement elle aime sa soeur mais que sa mère morte si tôt, la mère, c’est elle aujourd’hui pour ses frères et soeurs… Ce qui complique encore les choses. 



photo éditions Montparnasse

 

Un sujet prometteur, une réalisatrice pleine de bonnes intentions dont le défaut est de vouloir avec ce documentaire en profiter pour régler ses problèmes perso aussi, se mettant trop en scène, à la fois elle physiquement et influençant les interviews sur ce qui la préoccupe (très beaux plans sur le visage de Rosanna Arquette, les plus belles images du film…). On peut dire qu’il y a au moins trois films en un et pas un seul n’est terminé : la vie de Rosanna Arquette, le vieillissement des actrices sex-symbols à Hollywood et la compatibilité vie professionnelle/vie de mère qui dépasse largement le métier d’actrice. Un film pas désagréable à regarder, très surcôté à sa présentation à Cannes mais, hormis le plaisir de voir les actrices qu’on aime hors champ, dont on a malheureusement l’impression (pour pas mal d’entre elles) qu’elle jouent encore un rôle ici aussi (Sharon Stone, starissime, coiffure platine Marilyn, maquillage de photos de mode, robe du soir en satin dénudant une épaule, professant le deuil de la beauté), on n’apprend pas grand chose qu’on ne sait déjà. Seule révélation : les actrices américaines savent aussi être solidaires et pas rivales, plus lucides qu’elles ne le laissent croirent. Le titre? Debra Winger, célèbre dans les années 80 (« Officiers et gentlemen », « La Veuve noire ») a quitté le métier avant quarante ans, quand on la retrouve au bout d’une heure de film, le brushing parfait pour habiter la campagne… elle semble le regretter, quelquefois…
DVD éditions Montparnasse. Collection des femmes. Sortie 3 juin 2008.
 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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