« Short term 12 » : coup de coeur des festivaliers, « All is lost », super-exercice de style avec Redford, seul!

Deauville, mardi 3 et mercredi 4 septembre 2013
   
Le festival se poursuit avec son rythme « de semaine », plus lent, ses avant-premières pas toujours convaicantes comme ce « Very good girls » avec deux actrices « qui montent » à Hollywood, Dakota Fanning et Elisabeth Olsen, dans une comédie nunuchette (registre une histoire d’amitié) où deux jeunes femmes se disputent un grand blond rencontré sur la plage. « Sunlight Jr » avec Naomi Watts en caissière de supermarché d’autoroute fiancée à Matt Dillon en fauteuil roulant. « Suspect (« The Frozen ground »), banal thriller d’après l’histoire vraie d’un serial killer en Alaska avec deux grands acteurs qui ne peuvent rien pour le film : Nicolas Cage (le flic), John Cusack (le tueur). « Parkland », variations autour de l’assassinat du président Kennedy à Dallas en 1963. La bonne nouvelle : John Travolta est arrivé hier soir en famille en vue de son hommage de vendredi soir.Deux films en compétition qui pourraient bien obtenir un prix : « Short term 12 » et « All is lost » :

  
« Short term 12 » : « All is lost » (photo Universal, sortie décembre 2013)

 

« Short term 12 » de Destin Cretton

 

Pitch.
Surveillante dans un foyer d’accueil pour adolescents en difficulté, Grace va revivre son passé traumatique à l’arrivée d’une adolescente qui lui ressemble.
Grace, 20 ans, surveillante dans un foyer d’accueil pour ados en difficulté, le « Short term 12 », est passionnée par son travail où elle exerce une vraie autorité, secondée par Mason, son fiancé dans la vie. Nate, un nouveau, débarque pour épauler l’équipe. Mais quand arrive Jayden, une adolescente violente et introvertie, Grace va revivre les traumatismes de son propre passé.
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Le film a touché Deauville qui lui a fait une ovation, pourquoi? C’est un « petit film » sincère, plein d’émotion, aux images simples, dont le réalisateur a dit avant la projection qu’il racontait ici une expérience personnelle de bénévole dans un centre d’accueil (le personnage de Nate). Un film bien interprété par des acteurs très naturels. Mais, au delà, le sujet traité en écho, de manière avisée, est « parlant » pour le spectateur outré par les faits divers de même nature dans les médias. La juxtaposition des abus sexuels qu’a enduré Jayden renvoyant à ceux qui ont conduit Grace à envoyer son père en prison, dix ans auparavant, provoque l’empathie immédiate du spectateur. Pour finir, le réalisateur offre un happy-end pas très convaincant mais ça fait toujours plaisir.Le film aura sans doute le Prix du public, exhumé des archives du festival de Deauville (on l’avait supprimé depuis belle lurette), ce qui est une excellente idée, compte tenu que la majorité des festivaliers ne sont pas des professionnels comme au festival de Cannes, par exemple.« All is lost » de J.C. Chandor

Pitch.
Au cours d’un voyage en mer en solitaire dans l’océan Indien, un marin découvre que la coque de son voilier a été percée.

Lors d’un voyage en solitaire au large de Sumatra , un homme découvre que la coque de son voilier a été percutée par un container flottant à la dérive. Privé de tout instrument de radio, l’homme va tenter l’impossible pour réparer son bateau, puis, survivre avec les « moyens du bord », jusqu’à mettre le feu à son canot de sauvetage pour lancer un SOS à un paquebot, obligé, au final, d’envisager une mort prochaine « en face à face ». Le film démarre par ces mots en voix off d’un homme qu’on ne montre pas « tout est perdu, j’ai lutté jusqu’à la fin… » Ensuite, retour huit jours avant.

Ce film a été présenté en sélection officielle, hors compétition, au dernier festival de Cannes. Un film avec Robert Redford, unique interprète de ce drame solitaire et mutique. D’ailleurs, on peut se poser la question, quand le film a été projeté hier à Deauville au CID, on s’attendait à ce que les spectateurs sortent de la salle rapidement, hors, il n’en a rien été : justement à cause de Robert Redford? Durant 1h46 (!), Redford se débat avec les éléments, muet (il hurle « fuck! » au bout d’une heure), car le film, factuel, montre sans démontrer avec le parti pris de zéro émotion. Ce n’est rien de dire que le spectateur souffre autant sur son fauteuil que Redford sur son voilier… Mais il y a un grand plus, la mise en scène est magnifique, presque trop belle s’agissant du drame d’un homme en train de lutter pour ne pas sombrer. Un homme seul qu’on montre sans quasiment d’état d’âme avec des nerfs d’acier et une force colossale. Le film n’est pas très crédible, s’agissant d’un homme se comportant comme une machine de survie de compétition, mais c’est un magistral exercice de style.

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Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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