SOUTHCLIFFE1

« Southcliffe », l’incroyable série anglaise choc / sortie DVD

sortie DVD sortie DVD 3 février 2015

Pitch

Dans la petite ville anglaise de Southcliffe, une tuerie en série est commise le jour des morts par un homme instable plus ou moins connu de tous. Un journaliste TV, enfant du pays, est dépêché enquêter sur place.

Notes

Ce qui est terrible dans cette série, c’est son réalisme et son accent de vérité, le drame étant traité un peu de manière documentaire s’agissant de l’intense crédibilité dans la description des sentiments des personnages : la colère, la douleur, la peur, le deuil, l’insupportable quotidien. Néanmoins, le réalisateur joue avec la chronologie mais jamais gratuitement, ce sont essentiellement les souvenirs qui hantent les personnages en flash-back et donnent des éléments d’explication. Car comment expliquer un massacre apparemment « gratuit »? A Southcliffe, ville paisible de l’Angleterre profonde, le jour des morts, le 2 novembre 2011, un homme sort de chez lui, il vient de tuer sa mère, alitée, abat sa voisine et va tirer sur tous les gens qu’il rencontre, 18 personnes en tout. Mais Stephen Morton, le tueur, n’avait pas la vie drôle, c’est le moins qu’on puisse dire : vivant avec sa mère infirme, refusant l’aide des services sociaux hormis une visite par jour de Claire (dont il tuera plus tard la fille, par hasard), cet homme n’a qu’une satisfaction dans la vie : faire semblant de jouer à la guerre dont il est revenu traumatisé. Rencontrant une jeune recrue d’Afghanistan en permission, Chris Cooper, il l’emmène s’entraîner très brutalement, se fait appeler « commandant », l’autre s’en sort avec un genou cassé, va s’en plaindre à son oncle. C’est alors que le facteur déclenchant de la tuerie se met en place : l’oncle, odieux personnage, ancien militaire sadique, a cherché dans les archives de l’armée et vient révéler devant Chris à Stephen qu’il sait qu’il jamais été un vrai SAS, qu’il a raté son examen, qu’il a menti. S’en suit un tabassage en règle de Chris et son oncle sur Stephen Morton. En ôtant ce qui reste de dignité à Morton, en le « démasquant », ce dernier perd définitivement la tête.

Un second personnage, traumatisé par cette ville si tranquille de Southcliffe, est le journaliste TV David Whitehead, ancien copain d’enfance de Stephen Morton avec qui il n’avait gardé aucun lien et pour cause : à l’âge de 10 ans, son père fut accusé à tort d’être responsable d’une explosion dans une usine dans laquelle il avait trouvé la mort, un coupable idéal ; alors, sous les huées, David , persécuté par ses camarades, et sa mère avaient quitté Southcliffe pour toujours afin de s’installer à Londres. 30 ans ont passé. Pas ravi de cette mission, David, forcé par sa rédaction TV, revient dans sa ville d’enfance avec ses souvenirs en filigrane. Quelque chose lui dit qu’un facteur déclenchant fort a poussé Morton à passer à l’acte mais la ville se tait. David finira par perdre les pédales et hurler en direct qu’ils l’ont bien mérité, mélangeant passé et présent, scandale, le journaliste perd tout, son travail, sa femme.

Mais, un an plus tard, David reçoit un courrier menaçant pour « fêter » l’anniversaire du 2 novembre 2011.

 

Et aussi

On nous montre la vie épouvantablement triste de Stephen Morton, sa mère invalide qu’il porte de son lit à son fauteuil, la visite de Claire, l’assistante sociale, à qui il tente maladroitement de téléphoner avant le drame. Chaque famille a son lot de problèmes dans cette région sombre et pluvieuse où le travail est dur, les distractions rares, l’effort quotidien. Claire craint le départ de sa fille unique, rechigne à recommencer les démarches d’une FIV, Paul trompe sa femme, le jour du drame, c’est lui qui devait apporter la voiture au garage, sa femme et sa fille seront tuées à sa place, il finira par se suicider.

Le film décrit comme personne le désespoir et le deuil, la peur et la colère des habitants, leur silence rancunier, leur dénégation qu’ils n’ont aucune responsabilité dans le drame, la douleur enfouie du journaliste de retour au pays qui pensait avoir réglé son traumatisme d’enfance. A la haine de Stephen Morton, adulte, correspond celle réactivée, intacte, de David, enfant harcelé par ses camarades de Southcliffe, la mémoire de son père salie injustement, et, d’une certaine façon, il comprend le tueur sauf que l’un est passé à l’acte et l’autre pas… D’où cette déclaration insensée de David « qu’ils l’ont bien mérité » (son passage à l’acte à lui), passée en boucle sur YouTube.

Pourtant, un an plus tard, David revient pour empêcher un second drame identique au premier, la douleur du mari de Claire, digne et bon, par exemple, le touche, qui trouve les mots pour lui parler de son drame à lui, son père, qui a autrefois porté le chapeau pour l’explosion de l’usine. Quelque chose a changé et David aspire au pardon, à l’oubli, à la rédemption, davantage pour lui que pour les autres.

Cette série en quatre épisodes d’une heure chacun est un choc, les images gris-verdâtre sombres comme un jour des morts en novembre collent à la douleur livide des sentiments, on en sort bouleversé, sans jugement sur le tueur, lui-même une victime à l’esprit malade dont la ville se moquait parce que c’était facile…

Au commandes, Tony Grisoni, le scénariste de « The Red riding trilogy » (magnifique), Sean Durkin, le réalisateur de « Martha Marcy May Marlene », du lourd…

BAFTA du meilleur acteur pour Sean Harris. Prix du public au festival Séries Mania 2014

 

 

 

Annexe

Diffusion

photos BBC/éditions Montparnasse

photos BBC/éditions Montparnasse

 

sortie DVD 3 février 2015 éditions Montparnasse

cette série a été diffusée sur Canal+Séries en automne 2014

 

 

 

Notre note

3.5 Stars (3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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