« Splice » : la chimère de l’horreur sentimentale

Vincenzo Natali, sortie 30 juin 2010

Pitch

Deux chercheurs généticiens vont créer en cachette, à partir d'ADN humain et animal, un monstre auquel ils vont s'attacher comme à un enfant... Son apprentissage va réaliser leurs rêves scientifiques qui vont bientôt tourner au cauchemar.

Hier soir, Gaumont, par l’intermédiaire d’un blogueur, lui-même community manager, avait organisé sur les Champs Elysées une projection de « Splice » à destination des blogs avec un grand buffet ensuite dans le sous-sol de L’Elysée Biarritz. « Splice » : un OCNI qu’on pourrait résumer en disant qu’on vient d’assister à la création d’un genre hybride, un peu comme le monstre dont il est question dans le film : l’horrifique sentimental…

 

Un couple de chercheurs, Clive et Elsa, vient de réussir à créer deux monstres de synthèse à partir de l’ADN de différentes espèces animales qu’ils ont appelé Ginger et Fred. Tentés de passer à l’étape suivante du clonage humain, la firme pharmaceutique qui les emploie le leur interdit. Mais Elsa tente l’expérience de son côté et met Clive devant le fait accompli. Ils ont créé un monstre féminin mi-humain mi-animal qu’ils vont appeler Dren. Très vite, Elsa s’attache à Dren qu’elle traite comme son enfant, Clive est plus réticent. Pendant une heure, le film se passe dans un laboratoire de recherche, l’heure suivante, ce sera la campagne… dans les deux cas, il faut cacher l’existence de Dren, dans les sous-sols du labo ou dans la grange. Dren devient rapidement adulte mais ne possède aucune notion du bien et du mal et surtout aucun tabou.
——

photo Gaumont 


Le film est assez peu crédible en voulant se placer sur tous les registres, brodant, au delà du thème de Frankenstein, sur la saga Alien à l’endroit et à l’envers : le monstre qui dévore les humains, les humains qui dévorent le monstre, une fois attaquant, une fois victime, un coup, on le craint, un coup, on le plaint… La démonstration du genre « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » va dans le sens d’épingler la monstruosité chez les humains et non pas chez le monstre, comme on en a l’habitude (pour ne pas dire la monstruosité inhérente à la nature humaine) ; d’abord en transgressant les lois de la nature, en créant un monstre avec la caution de la recherche scientifique pour valider leur délire d’être eux aussi les créateurs : ensuite, en maltraitant plus ou moins volontairement le monstre créé avec leur référentiel humain, leurs craintes, leurs remords, leurs fantasmes. Clive dira à Elsa, ancienne enfant maltraitée, qui ne voulait pas d’enfant, pas de grossesse, qu’elle a préféré un enfant qu’elle peut contrôler comme Dren.
 


photo Gaumont

On alterne donc les scènes horrifiques et les scènes sentimentales avec les rapports entre Dren et ce couple de parents malgré eux, Elsa lui donnant ses jouets, sa poupée Barbie, etc… Jusqu’au moment où Dren adulte va être débordée par son imprégnation hormonale… Ca fait beaucoup… Le film va passer en revue à peu près toutes les grandes questions philosophiques, le clonage, la filiation, la trangression des tabous, l »instinct maternel, l’instinct sauvage, les tabous de sociétés civilisées, la psychanalyse, la tentation de se substituer au créateur de l’univers (de se prendre pour Dieu), etc…
 


photo Gaumont

Il a échu à l’actrice française Delphine Chanéac, révélée par « Laura » sur M6, d’endosser le rôle du monstre, Dren, pour cela, elle s’est rasé la tête, a prix 6 kg de muscles avec un régime sportif drastique, a passé ses journées à jouer les genoux pliés pour porter des drôles de jambes prothèses fabriquées à partir des photos de ses bras. Le résultat vire souvent au comique, née avec une forme phallique, Dren devient une chimère avec une tête mi-foetus mi-jeune fille et un corps d’animal avec des pattes tordues et une longue queue, des branchies pour vivre sous l’eau, des ailes pour s’envoler à l’occasion.
Tout est trop dans ce film, sur le fond, sur la forme… Son incapacité à choisir son camp, ayant l’ambition de décliner toutes les émotions et leur contraire, il sera sans doute trop gore pour les uns et pas assez horrifique pour les autres, pose la question du public auquel est destiné ce film franco-canadien produit notamment aussi par Guillermo del Toro… On a connu Adrien Brody et Sarah Polley, ici étrangement mornes, plus performants, quant à Delphine Chanéac, actrice jolie et sympathique dans la vie (à l’occasion également écrivain et chanteuse), faut-il qu’elle ait eu envie de tourner en Amérique pour accepter ce rôle…

site officiel du film…

 

Notre note

(2 / 5)

Mots clés: , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top