"Split second" ("Même les assassins tremblent") : otages atomiques

Dick Powel, 1953, sortie DVD 16 septembre 2008

Pitch

Deux évadés de prison prennent un groupe en otage dans une ville fantôme destiné à être rasée le lendemain par une explosion nucléaire programmée par l'armée.

 
Pour ceux qui l’ignoraient (dont moi), l’acteur Dick Powel était aussi un réalisateur : ayant joué dans un grand nombre de comédies avant d’endosser en 1944 limperméable du détective privé Philip Marlowe (créé par Raymond Chandler) dans « Adieu ma jolie » dEward Dmytryk, c’est après avoir tourné dans « Les Ensorcelés » de Vincente Minelli qu’il réalise plusieurs films pour la RKO dont le premier « Split second » (« Même les assassins tremblent ») étonne par son audace et le traitement original du film noir. Tandis qu’un staff militaire se prépare à faire sauter très officiellement une fusée nucléaire dans une région déserte du Nevada après avoir évacué la population, un dangereux criminel s’évade. Rien à voir? Habilement, le réalisateur passe de l’un à l’autre, Larry, le journaliste, chargé de couvrir l’évènement, est expédié illico faire un reportage sur l’évasion de l’ennemi public numéro 1, Sam Hurley…Chemin faisant, Larry croise Dottie dans un bar, une chanteuse de cabaret qui cherche un plan gratuit pour regagner Reno, Larry propose de l’y emmèner dans sa voiture, c’est son chemin. Pendant ce temps, deux évadés courent la campagne, Sam Hurley et Bart Moore, on passe de la photo du journal de Sam Hurley à la course effrénée des deux hommes en uniforme pénitentiaire, procédé moderne pour l’époque. Les deux prisonniers, dont l’un est blessé, récupérés par Dummy, un gangster élégant coiffé d’un Borsalino, décident de braquer une station service. Après avoir tué le pompiste qui « jouait les héros », Sam avise un couple de notables qui s’arrête prendre de l’essence. La femme adultère et son amant sont aussitôt pris en otage, les trois criminels s’installent dans leur voiture car elle n’est pas signalée à la police. Malheureusement, n’ayant pas eu le temps de prende de l’essence, une panne va obliger les évadés à prendre deux autre personnages en otage, le couple Larry et Dottie qui roulait vers Reno… Tout ce beau monde va alors se retrouver dans une ville nommée Last chance city, déserte puisque vidée en vue de l’explosion nucléaire du lendemain matin.
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photo éditions Montparnasse

Dans cette maison fantôme à quelques heures d’être rasée, le groupe est à la fois à l’abris de la police, qui n’aurait pas l’idée d’aller les chercher dans cette zone sinistrée, et sous la menace de l’explosion programmée pour 6h du matin le lendemain. Partis pour aller récupérer un magot, Sam et Bart sont stoppés par la grave blessure de ce dernier, il faut trouver un médecin d’urgence, ce sera la mari trompé de Kay, la bourgeoise infidèle, qui acceptera de venir dans la nuit de Californie pour opérer Bart et délivrer sa femme… La vie du groupe est le second sujet du film avec les alliances, les comportements, la lâcheté ou le courage des uns et des autres face à un Sam Hurley survolté, à cran, prêt à tuer celui qui se révolte. Contrairement aux clichés, ce n’est pas Dottie, la chanteuse de cabaret, qui va jouer les garces mais Kay, la bourgeoise, prête à tout pour s’en sortir mais également fascinée par le tueur… A la fois odieux et humain, le personnage de Sam Hurley est ambigu, ancien militaire cassé par la guerre, détestant les héros…, il est aussi dévoué à Bart, son ami blessé que brutal et sanguinaire avec les otages, voire séducteur avec les deux femmes, tour à tour.
 


photo éditions Montparnasse

Dans ce film assez novateur pour l’époque, les personnages ne sont ni diabolisés ni angélisés, pris entre le bien et le mal, c’est leur comportement plus que leur opportunisme qui va définir leur salut, la fin du film est donc moralement correcte. Mais dans l’intervalle, cette étrange prise d’otages n’est pas toujours aussi angoissante que les circonstances pourraient l’impliquer, des gens que rien n’aurait rapproché dans la vie réelle apprennent à se connaître, les masques étant tombés, c’est un peu jeu de la vérité par la force des choses. C’est un film intéreressant, pas un polar noir classique, le rythme assez lent pourtant ponctué de rebondissement insérés à point nommé, la psychologie du groupe apportant autant d’éléments de suspense que le récit en lui-même et son issue. A voir…
DVD collection RKO éditions Montparnasse.

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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