« Tamara Drewe » : le miroir à deux nez

Cannes sélection officielle, hors compétition, Stephen Frears, sortie 14 juillet 2010

Pitch

Dans un village trop calme du New Hampshire, un couple a créé une résidence pour écrivains. Mais la réalité des relations entre les uns et les autres dépasse la fiction avec le retour au pays d'une jeune femme trop séduisante.

Le sujet du film est le retour

au pays sur quatre saisons (de l’été au printemps) d’une jeune femme, Tamara Drewe, dont le village se rappelait comme d’un vilain petit canard au nez de Cyrano, qui, après avoir subi une rhinoplastie salutaire l’ayant transformée en bombe sexuelle, va séduire tous les hommes. Officiellement, Tamara revient afin de vendre la maison de famille achetée par ses parents à la famille ruinée d’Andy Cobb, l’homme à tout faire de  la résidence d’écrivains, un beau mec un peu las avec qui elle avait eu une liaison autrefois. Sa présence au village va sauvagement réveiller les pulsions des uns et des autres et engendrer une série d’événements absurdes qui vont in fine tourner au drame…
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photo Diaphana

Comédie sociale vaudevillesque, on ne va nulle part (sinon de la comédie au drame) mais on observe les couples qui se font et se défont avec en filigrane un regard acide sur les relations humaines en général et amoureuses en particulier. Tamara, journaliste people au physique de top model, va craquer pour une rock star en allant l’interviewer. Ben, le charismatique batteur du groupe Swipe, qui n’aime que son chien, va demander Tamara en mariage pour remplacer son ancienne fiancée infidèle, la chanteuse du groupe. Tamara va accepter de l’épouser faute d’assumer son attirance conservée pour Andy à qui elle en veut de l’avoir plaquée jadis. Mais deux gamines qui se mêlent de tout vont changer le cours des événements, l’une d’elles, fan de Ben, ne supportant pas leur déménagement pour Londres va parasiter sa boite e.mail et semer la zizanie pour qu’il revienne au village. En fait, le film évolue de la comédie loufoque au drame présenté sous des dehors comiques… Stephen Frears est un original qui ose mais tout le monde n’est pas apte à rire de tout… (exemple : un critique du « Figaro » assis devant moi pendant la projection se tordait de rire quand la rock star pleure la mort de son chien… chacun son humour…)
 


photo Diaphana

En parallèle, la vie à la résidence d’écrivains « Stonefield » est rythmée par les conflits consécutifs aux infidélités de Nicholas Hardiment, le mari écrivain de polars à succès, qui trompe Beth, son épouse, devenue son assistante, avec des femmes plus jeunes que lui. Glen, un pensionnaire écrivain américain sans inspiration pour rédiger sa biographie de Thomas Hardy, lui, en profite pour se faire booster par Beth Hardiment, l’épouse délaissée.
Dans ce film, presque tout le monde écrit, du mari infidèle au batteur qui écrit les textes des chansons du groupe, en passant par Tamara qui a démarré un roman autobiographique. Ceux qui n’ont pas la tâche noble d’écrire sont cantonnés aux corvées, comme  Beth, l’épouse trompée, qui fait le ménage, les gâteaux, les travaux de la ferme, le rewriting, ou Andy, le jardinier factotum, qui retape aussi la maison de Tamara en son absence. Ces deux-là, dévalorisés aux yeux des autres, leur sont en fait indispensables, les seuls altruistes et généreux du récit, comme si le tempérament d’écrivain isolait les auteurs dans une solitude égocentrique incurable. Le thème des signes extérieurs de beauté qui font de Tamara Drewe, l’ancienne laide, une séductrice irrésistible simplement en modifiant la longueur de son nez, n’est pas neuf et on essore le sujet… un peu lourd ces variations autour du nez et du potentiel de séduction indexé sur les critères de beauté des magazines…

Dans « Le Miroir à deux faces » (1958) d’André Cayatte, la psychologie des relations humaines était autrement plus intéressante, non seulement Michèle Morgan en se faisant refaire le nez par hasard et devenait ravissante mais son mari la préférait laide, ayant choisi à dessein une épouse au physique ingrat.


photo Diaphana

Le film est une adaptation d’un roman graphique (BD) de Posy Simmonds, lui-même librement inspiré d’un livre de Thomas Hardy « Loin de la foule déchaînée ». Même si ça se regarde, comme on dit, on est bien loin d’un chef d’oeuvre et on comprend mal sa sélection officielle au dernier festival de Cannes, même hors compétition.
 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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