« The Box » : espace à meubler!

Richard Kelly, sortie 4 novembre 2009
 


Dans les années 70, Arthur et Norma vivent une existence paisible avec quelques ambitions qu’ils contiennent, blessures qu’ils pansent, mais Arthur rêve d’aller sur Mars et Norma, infirme depuis un accident qui l’a laissée claudicante, voudrait pouvoir financer l’opération de son handicap du pied. Coup sur coup, deux mauvaises nouvelles, le dossier d’Arthur à La NASA pour l’opération Mars est refusé à cause de ses tests psychologiques, le proviseur de l’école informe Norma qu’il ne pourra plus lui octroyer une bourse pour financer les études onéreuses de leur fils. C’est alors qu’on dépose un paquet devant la porte de la maison du couple.
Un paquet qui contient une boite dont Arthur, le scientifique, va vite constater qu’elle est vide… Une boite accompagnée d’une lettre d’un messager de Satan ou équivalent (Airlington Steward, mort dans un hôpital de grands brûlés, puis, ressuscité tout en conservant le visage à moitié détruit). Le choix du couple : appuyer sur le bouton et provoquer deux choses : faire mourir  un inconnu quelque part dans le monde et gagner alors un million de dollars ou refuser d’appuyer sur le bouton et renoncer à l’argent. Soudain, Norma appuie brusquement sur le bouton… Ensuite, vient un des sujets les plus intéressants du récit : qu’est-ce que quelqu’un qu’on ne connaît pas? Qui connaît-on vraiment? Norma et Arthur tentent de rendre l’argent au messager mais l’action est irréversible, ils avaient eu 24 h pour réfléchir.
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photo Wild Bunch

Le film habillé comme un thriller SF est un conte philosophique sur l’individu boite vide qui se remplirait de ce qu’il choisirait d’y mettre, de ce qu’il résisterait à ne pas y mettre, chambre d’écho des influences de la nature et la culture, réceptacle des croyances (magie) et de la science, éponge à absorber le bien et le mal. En cela, le message est optimiste car il suppose que l’être humain ait encore son libre-arbitre, le pouvoir de choisir. Dans le couple, l’homme représente la science, la femme la croyance dans le magique en même temps que la tentatrice (Eve, elle appuie sur le bouton). La rencontre du messager Arlington Steward et de Norma Kelly est celle deux deux « monstres », deux brûlés par les flammes de l’enfer, il a eu le visage brûlé autrefois en étant foudroyé, elle a eu le pied brûlé jeune par des rayons, le radiologue l’ayant oubliée lors d’un examen médical… On peut ajouter aussi la référence « Tristana » de Bunuel du personnage de Norma, le regard émoustillé de son mari quand il lui apporte dans leur chambre la prothèse du pied qu’il a lui-même fabriquée.
 


photo Wild Bunch

A l’heure où disparaît Levi-Strauss, où l’on peut lire ici et là dans la presse des fragments d’une oeuvre qui a révolutionné la pensée du XX° siècle, si j’y fais allusion (tout en précisant que je suis vraiment une profane…), c’est à propos de cette notion de pensée « sauvage »/pensée civilisée où il semble que Levi-Strauss se soit attaché à démontrer les similitudes et continuités entre la pensée dite mythique des populations sans culture et la pensée scientifique de populations imprégnées de culture et de savoir. Bien que le film parle de Sartre (« L’Enfer, c’est les autres), c’est plutôt à Levi-Strauss que se rattacherait  plus logiquement  le sujet du film « The Box » où se mêlent étroitement croyances et science, magie et technologie… Avec ce symbole de la boite vie « à remplir » dont les destinataires sont des  scientifiques travaillant à la NASA (Arthur, le mari de Norma) qui vont être ébranlés dans leurs certitudes par des événements non rationnels,  du moins illogiques dans leur logique scientifique et qu’ils sont donc incapables d’expliquer.

 


photo Wild Bunch

La reconstitution des années 70 est discrète et efficace s’appuyant surtout sur l’utilisation du marron et du beige dans la déco, voire le manteau long couleur rouille de Norma et ses foulards indiens. Au passage, je n’aime pas tellement dire ce genre de choses car qui peut résister au jeunisme et surtout les actrices à Hollywood dont le physique est l’outil de travail? Mais j’ai été gênée pendant tout le film par les excès de la dermo-esthétique sur le visage  figé, gonflé d’implants et d’injections, de Cameron Diaz, sur lequel coulent des larmes comme sur un masque de cire. Comme, par ailleurs, ce n’est pas non plus une actrice hors pair, on peut se demander benoitement ce que lui trouve Hollywood de tellement « vendeur »…

Là où le film est déroutant, c’est avec ce parti pris louable mais quasiment impossible à tenir de mélanger réalité et fantastique, un quotidien truffé de symboles et de manifestations irrationnelles, effrayantes. On démarrait bien en montrant au début une famille middle classe normale dont la vie allait basculer dans le fantastique et l’horreur. Mais on ne s’y tiendra pas. Mine de rien, l’auteur rationnalise et moralise cette spirale du malheur, la rédemption finale (celle de l’enfant) passera par un sacrifice tout comme le malheur a commencé avec le péché de cupidité. A la fois trop encombré de signes et de personnages Lynchiens  « atténués » pour le style, de déontologie, de philosophie et de le religiosité pour le fond, cela conduit à un film trop intello pour les uns et pas assez horrifique pour les autres, entre le film d’auteur et le film commercial, un équilibre instable avec néanmoins un message intéressant.
 


Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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