« The Canyons » : le piment BEE est-il soluble dans l’univers trouble de Schrader?

focus film Paul Schrader, sortie 19 mars 2014

Pitch

Obsédé par sa petite amie, un riche et jeune producteur parano et sadique, la fait suivre. Mais sa jalousie est récompensée, elle le trompe un acteur débutant...

Notes

Je fais partie de la génération qui a vu une bonne demi-douzaine de fois « American gigolo » de Paul Schrader, Richard Gere, prostitué de grand luxe pour dames d’un certain âge, accusé à tort du meurtre sordide d’une de ses clientes, enfin, pas tout à fait la sienne, un « service » qu’il rendait à son ex mac en allant faire une passe chez un couple tordu, un soit-disant ami qui l’a utilisé… Soudain, tout le monde l’abandonne… Le film décrit bien le dessous des cartes du LA riche et chic, un monde oisif où tout le monde vit dans la duplicité entre ventes aux enchères caritatives et adultères.

Ici, une copine de Tara, personnage principal, va résumer l’état d’esprit des jeunes gens des beaux quartiers de LA « shopping and fucking ». Ce qui a changé de nos jours par rapport aux années 80 d' »American gigolo » : tous ces gens ne font même plus semblant de donner le change et aussi personne ne s’amuse, un seul objectif : l’hyper-consommation : les fringues, le sexe, la drogue. Pour ceux qui ont connu les restrictions matérielles, comme Tara, tout plutôt que de redevenir pauvre, de Christian avec qui elle vit, elle dit qu’il « prend soin d’elle », traduction, il l’entretient richement. Autre différence de taille en années 80 et 2010, la fin assumée, plus ou moins, de la vie privée grâce ou à cause des téléphones portables, de la scénarisation de la vie de tout le monde, des selfies sur les réseaux sociaux aux vidéos intimes sur YouTube, etc…

C’est cet univers que le film décrit, une ville livide où les salles de cinéma sont vides, désaffectées, les centres commerciaux des buildings en béton, les rues désertes où  personne ne marche, on roule en voiture (déjà dans « American gigolo », ce même portrait de LA).

Le film démarre par une scène avec deux couples : Christian et Tara face à Ryan et Gina, l’assistante de de Christian, qui s’apprête à réaliser son premier film. Christian provoque Ryan en insistant qu’il a obtenu le premier rôle grâce à Tara et humilie cette dernière en montrant des vidéos sur son Smartphone de leurs partouzes chez eux. Pourtant, Christian, producteur avec l’argent d’un père qui le force à consulter à psy (Gus Van Sant) en échange, ne sait pas que Tara et Ryan se connaissent… Cependant, sa parano et sa perversité conduisent Christian, obsédé par Tara, à démolir Ryan « au cas où », à suivre Tara, et, finalement, justement après ce dîner, Tara va revoir Ryan qu’elle aime toujours et vice-versa. Un autre personnage entre en scène qui fait le lien avec Christian et Ryan : Cynthia, prof de yoga, ex de Christian avec qui il trompe Tara, et aussi camarade de théâtre de Ryan autrefois…

Et aussi

photos Recidive distribution

photos Recidive distribution

 

Ici, Bret Easton Ellis (c’est son premier vrai scénario) a mis sa » dosette de piment « American psycho » dans l’univers « American gigolo » (1980) de Paul Schrader, un monde beaucoup plus trouble dont l’oeuvre est empreinte d’une culpabilité omniprésente mixée à un voyeurisme pseudo-moraliste, on se souvient de « Hardcore » (1979), film où un père part à la recherche de sa fille dans les bas-fonds des tournages de snuff-movies. « The Canyons » donne un film bancal avec un Christian, petit cousin du Christian Bale d' »American psycho »  : visage d’ange et comportement sadique. Sauf qu’en engageant, contre l’avis de Schrader, l’acteur porno James Deen, aux mille films X, certes au physique de gendre idéal, il n’y aucune ambiguité, d’entrée, Christian a l’air complètement cinglé, aucune nuance dans son interprétation mono-expressive. En revanche, Lindsay Lohan, dont on se demande si elle joue où si elle est tant il y a des correspondances entre ce qu’on lit de sa vie et son portrait à l’écran, est bouleversante. Paumée, névrosée, bouffie par la chirurgie esthétique (sur un visage de 27 ans), auto-destructrice mais, bravache, seule du récit à ne pas avoir peur de Christian… De la vie antérieure de Tara, il reste quelque chose de pur : Ryan qu’elle a plaqué parce qu’il était fauché…

Si vous n’avez jamais vu « American gigolo », garanti BEE free (que son absence de complexes prive des méandres d’un esprit torturé par le bien et le mal, comme est Schrader), foncez (sur le DVD)! Ici, le film vaut par la performance de Lindsay Lohan et l’univers vide, dépressif, qu’a su créer le réalisateur à l’image.

A noter que Paul Schrader est accessoirement le scénariste de « Taxi driver (1976) et qu’il a tenté d’une variante d' »American gigolo » « The Walker » (2007) avec Woody Harrelson en escort-boy, film que je n’ai pas vu.

 

la bombe Richard Gere explose en 1980 dans "American Gigolo

la bombe Richard Gere explose en 1980 dans « American Gigolo

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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