« The Harder they come » : naissance du Reggae

Perry Henzell, sortie DVD 6 octobre 2009

« The harder they come, the harder they fall »***, c’est le refrain d’un morceau culte précurseur de la vague reggae que va chanter Ivan, le héros du film éponyme, pour sa première audition à Kingston auprès d’un producteur véreux… La BO du film « The Harder the come » du réalisateur jamaïcain Perry Henzell s’est vendue à l’époque à des millions d’exemplaires… Ce film un peu oublié de 1972 demeure encore aujourd’hui un film culte pour les fans de reggae, interprété par Jimmy Cliff qu’on retrouve dans un entretien plus tard à LA sur les bonus du DVD. Perry Henzell, artiste atypique qui prenait son temps, avait envisagé une trilogie, le second volet « No Place like home » sortit seulement en 2006 quelques temps après sa mort. Si dans le premier film, le récit raconte l’arrivée en ville d’un jeune homme de la campagne, dans le second, il s’agissait d’une jeune fille faisant la démarche inverse.
 

* (textuellement : « Plus dur ils seront, plus dure sera la chute »)Ivan arrive en ville, sa grand-mère qui l’a élevé à la campagne est morte, ayant vendu sa maison pour payer ses obsèques, sa mère qui habite dans un bidonville à Kingston n’a pas de place pour le loger, pas d’argent pour le nourrir. Mais Ivan croit qu’il va faire fortune en enregistrant un disque, cette foi insensée dans la musique va le sauver pendant longtemps. Chez le pasteur, il rencontre sa future compagne, auparavant, en allant chez sa mère, il a fait connaissance d’un voyou qu’il reverra plus tard pour sa perte, ne reste que le studio d’enregistrement à trouver. A Kingston, le producteur Hilton, truand cynique, a le monopole de la musique, il tient toute la ville avec poigne. Ecoeuré par le salaire de misère qu’il lui propose, Ivan veut distribuer lui-même son disque mais toutes les portes ses ferment par crainte des représailles de Hilton. A contre-coeur, Ivan est obligé d’accepter la somme dérisoire de 20 dollars que lui octroie Hilton afin qu’on écoute sa musique dans les bars, les clubs. Le chômage  sévissant, Ivan, peu enclin de toute façon à travailler, posant comme une star en chemise panthère et casquette en cuir blanc, accepte de faire du traffic de drogue mais, là aussi, il est révolté, comme avec le producteur, il se rebiffe, trouve qu’on l’exploite, veut « sa part’.
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photo Potemkine

Le propos du réalisateur est avant tout de faire un portrait de son pays, de la pauvreté, de la corruption partout (la police), de la musique seule fédératrice. Les paroles de « The harder they come » sont violentes, c’est un texte de révolte, politique, qui dit « Plutôt mourir libre que vivre esclave »… A la fois document unique sur la naissance du reggae (Bob Marley, ancien soudeur, enregistrera son premier disque grâce à Jimmy Cliff) et témoignage sur la condition sociale et économique de la Jamaïque dans les années 70. Ivan représente un personnage double, un symbole à deux étages :
le premier chanteur de reggae (la révolte en musique) en miroir du bandit révolté contre la société, inspiré de la vie d’un hors la loi (Ivahoe « Rhyging » Martin) des années 40 qu’on appelait le « Dillinger jamaïcain » abattu par la police en 1948. Scène touchante au précaire cinéma Le Rialto en ville où l’on bavarde, l’on commente que le héros ne meurt jamais avant le fin du film…On a un peu de mal à entrer dans ce film qu’on voit au premier abord comme un documentaire sur un pays aux paysages magnifiques, aux couleurs satinées de soleil mais gangréné par les conflits sociaux et la pauvreté extrême dont le héros Ivan  a du mal à s’extraire pour exister comme personnage de fiction.

Le tournage du film, sans cesse interrompu, faute de moyens, y est sans doute pour beaucoup dans cette impression d’un film inégal, artisanal, mais authentique, fait avec le coeur par un Jamaïcain sur la Jamaïque. Que Jimmy Cliff (Ivan) enregistre « The harder they come » dans les studios de cette crapule de Hilton et on a envie de danser, la musique trop géniale, on se demande comment on n’a pas pensé plus tôt à l’écouter  en boucle au lieu de subir des clips débiles sur certaines chaînes TV… D’ailleurs, après le film, on se régale du clip de la chanson présent dans les bonus DVD compilant toutes les images clés du film en plus du plaisir de réécouter le titre.

DVD collector éditions Potemkine/Agnès B avec pas mal de bonus dont des entretiens avec Jimmy Cliff, avec le réalisateur Perry Henzell,  le producteur Arthur Gorson, etc… Sortie le 6 octobre 2009.

 

Notre note

3 Stars (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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