« The Limits of control » et « Ivul » : exercices de style

Jim Jarmusch, sortie 2 décembre 2009, Andrew Kötting, sortie 20 janvier 2010
Qu’auraient en commun le dernier Jim Jarmusch « The Limits of control » et le film « Ivul » d’Andrew Kötting, un réalisateur anglais à peu près inconnu? Hormis qu’ils vont sortir bientôt en salles (2 décembre 2009 et 20 janvier 2010), ce sont deux exercices de style avec une mise en scène inventive ne parvenant cependant pas à remplacer un scénario lacunaire, une histoire plate qui peine à intéresser le spectateur même le plus concentré.  A ce détail près que dans « Ivul », la tardive dédicace (générique de fin) à la mère du réalisateur fait rétro-activement penser que le sujet lui était sans doute trop proche (comme dirait l’autre, il a pris tellement de distance qu’il est sorti de la pièce…) Pour « The Limits of control », c’est d »une linéarité confondante, Jarmusch ne se lasse pas de filmer son acteur favori dans des costumes trop brillants, trop moulants, et, soit dit en passant, comme il ne se passe absolument rien d’autre, on a le temps d’observer qu’il n’est pas donné à tout le monde de savoir marcher de façon naturelle… Au final, c’est beau sur l’écran mais qu’est-ce qu’on s’ennuie…

     avant-première d' »Ivul » en présence de l’équipe du film le 19 janvier 2010 à 20h30 au MK2 Beaubourg (Paris 3°)

« The Limits of control » de Jim Jarmusch


Encore « Le Samouraï » de Melville hantant un film de Jarmusch (qui, lui, dit s’être inspiré de « Point blank » de Boorman), thème de la solitude du tueur à gages sous hypercontrôle qui va exécuter un contrat au fin fond de l’Espagne et dont on laisse entendre qu’il se « trouvera » lui-même en même temps qu »il voyage pour traquer sa cible… Quête identitaire d’un tueur à gages, donc, un élégant méticuleux obsessionnel, que les rencontres sur la route vont transformer, un peu… mais qui troquera  minutieusement ses costumes satinés contre un jogging bien plié dans son sac de voyage dans les toilettes de l’aéroport au retour…
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photo Le Pacte

Outre ce défilé de mode mono-model, une galerie de stars vient en appoint jouer les mini seconds rôles avec lunettes noires de préférence… (Bill Murray un peu mieux loti que les autres, si l’on peut dire… ). Pour définir son tueur, Jarmusch l’affuble de quelques tics voyants qui semblent l’enchanter, il commande toujours deux cafés (dès les premiers cafés, on comprend qu’on va le supporter pendant tout le film), ses interlocuteurs lui diront systématiquement qu’il ne parle pas espagnol, il fait ses exercices de yoga où qu’il soit, etc… Un  film qui semble un projet années 80 qu’on aurait décongelé en 2009 à puissant effet soporifique (durant la projection, je me disais que la baguette du moine tibétain de garde réveillant ses collègues d’un petit coup sec pendant les séances de méditations ne serait pas de trop pour réanimer l’audience).
 

PS. on comprendra sans doute mieux le film en regardant le documentaire de Lea Rinaldi « Behind Jim Jarmusch », portrait intime du réalisateur pendant le tournage de « The Limits of control ». Projection en continu (10h/20h) les 25 et 26 novembre à la Fondation pour l’art contemporain (261, bd Raspail, Paris, 14°). Projection aussi à Marne la vallée/Ferme du Buisson (allée de la Ferme, Noisiel, 77) le 5 décembre 2009  lors de la journée spéciale Jim Jarmusch (à p. de 15h).

« Ivul »
d’Andrew Kötting


Une famille à moitié russe dans un manoir isolé, une famille un peu trop enjouée, agitée, dissipée. Puis, le drame, Alex,  le fils unique, surpris dans une posture équivoque avec sa soeur aînée, viré manu militari de la maison par son père qui le crédite à tort d’avoir abusé d’elle. Alex s’isole alors sur le toit de la maison, puis disparait dans la forêt pour déplacer son camp retranché sur le sommet d’un arbre. C’est vrai que la BO est vraiment bien, que la mise en scène est celle d’un réalisateur doué, peut-être un peu compliquée…  Il y a deux partis pris dans le film : les effets de mise en scène  et les scènes très physiques de temps en temps pour immerger le spectateur dans l’intimité glauque familiale, ça fonctionne à peu près mais c’est bien isolé, on ose, on n’ose plus… Quant au récit,  apparemment on fait impasse dessus au profit du style, le père maltraite son fils qui fait toutes les corvées, comme satisfait de le punir cruellement. Alex disparu, le père s’écroule, la mère se met à boire… La vie d’Alex dans les arbres apprivoisant la nature sonne faux, on n’y croit pas une minute. La fin du film réunissant le frère et la soeur dans une étreinte passionnée qui sera châtiée par le feu de l’enfer, à demi… (double fin sortie du chapeau) semble aller en sens inverse de la marche, hormis que personne ne tourne rond dans cette famille, où veut-on en venir… Un beau film (
franco-suisse, avec Jean-Luc Bideau) question image et mise en scène mais une histoire tarabiscotée et traficotée pas crédible du tout… 

 

Notre note

(2 / 5) (3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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