« The River (« Le Fleuve ») : Renoir puissance 3 avec les récentes reprises de « La Règle du jeu » et « La Grande illusion »

Jean Renoir, 1951, sortie DVD 21 mars 2012

Pitch

Une maison au bord du Gange. Une famille britannique dont le père dirige une usine de jute. Arrive un jeune homme blessé à la guerre qui fait tourner la tête de trois jeunes filles du voisinage.

 


Renoir revient dans l’actualité depuis quelques temps : d’abord, le DVD de « La Règle du jeu », ensuite, la sortie en salle de la version restaurée de « La Grande illusion » (15 février 2012), à présent, le DVD du film « Le Fleuve » que le réalisateur tourna après sa période Hollywoodienne, un échec en six films (le dernier étant « La Femme sur la plage » pour la RKO). Si Renoir finira sa vie à LA, il ne tournera plus ensuite à Hollywood (où il était allé s’exiler après l’échec de « La Règle du jeu » en 1941) car il avait besoin d’être (co)scénariste de ses films et participer au montage pour les réussir. En 1949, il se dirige vers Calcutta pour réaliser « The River » (adapté d’un roman de Rumer Godden, écrivaine britannique vivant en Inde), son premier film en couleur, en Technicolor, et en son réel, six mois de tournage imputables aux contraintes techniques, le poids des caméras, les bruits en arrière-fond sonore, la lumière.
Un an de montage. Un film financé par un fleuriste, un aventurier, un film sans le budget pour engager des stars mais qui obtiendra un grand succès commercial à sa sortie en 1951.

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photo Carlotta

Même si on n’est pas féru de peinture, ce qui vient à l’esprit quand on regarde « Le Fleuve », c’est la filiation : les compositions picturales, voir les poses des jeunes filles, « ressemblent à du Renoir », le père… Le film est un peu déroutant pour le spectateur contemporain : bien qu’il s’agisse d’une étude de l’Inde par un occidental, on est a mi-chemin entre le film occidental et oriental tant on sent le réalisateur subjugué par le pays dont il ne se lasse pas de filmer les rituels, les paysages, les habitants. Contemplatif, ultra-pictural, raffiné, accompagné d’une voix off et d’une bande son de musique indienne, la vie d’une famille anglaise installée à Calcutta dans une maison au bord du Gange s’écoule lentement à l’écran comme le fleuve et les gestes des autochtones, les pagayeurs au corps sculpté, les ouvriers transportants des ballots de jute, les fêtes ritualisées des saisons.


photo Carlotta

La fille ainée, Harriett, écrit des poèmes en cachette, Bogey, l’unique fils est fasciné par les serpents qu’il charme, en compagnie d’un copain indien de son âge, en jouant inlassablement de la flute. On sent venir l’accident qui va couper le film en deux, le réveiller de sa torpeur. Mais, auparavant, une tornade vient faire chavirer les coeurs : le capitaine John, ancien soldat claudicant après une blessure de guerre, arrive d’Amérique loger chez son oncle qui a une fille métissée, Melanie, dont la mère était indienne. Sa voisine, Harriett, son amie, Valerie, et Melanie vont toutes les trois tomber amoureuses du beau capitaine John et se le disputer. La mère d’Harriett, enceinte, reste à la maison, le père, directeur d’une usine de jute, est passionné par son métier. Seul John ne s’intéresse pas à grand chose qu’en surface, obnibulé par son handicap, profitant à peine de l’émoi qu’il suscite avec les incidents humiliants que cela peut entraîner : lors d’une scène cruelle, Harriett et Valerie se disputent John qui, bousculé, finira par tomber à terre, sa jambe de bois l’empêchant de se relever.



photo Carlotta

Lors d’un des bonus du DVD, « Autour du fleuve » (un doc qu’il faut voir absolument), un intervenant donne notamment quelques clés intéressantes sur la sortie du film : après les previews d’usage, les spectateurs testés trouvent que les acteurs (la plupart amateurs) jouent faux, surtout celui qui interprète le capitaine John (des acteurs prévus comme Marlon Brando, James Mason n’ont pas pu être engagés, Mel Ferrer, mari d’Audrey Hepburn, s’est désisté au dernier moment), ce qui entraîne des modif : on privilégie les passages documentaires de la vie en Inde aux scènes de fiction avec dialogues qu’on raccourcit.

A noter que l’actrice qui joue Melanie, Radha Burnier, avait été choisie par Renoir après qu’il l’ait vu danser (pour la scène très moderne du rêve, insérée au film, où elle effectue une danse indienne traditionnelle). Comme des points restent obscurs pour les spectateurs, on ajoute ensuite une voix off censée être celle de Harriett qui lit son journal intime. Le tout donne un film qui aura un grand succès commercial à sa sortie en salles. Il faut dire que la beauté des images et des compositions de couleurs est exceptionnelle, saisissante. 

« Le Fleuve »
DVD double et Blu-ray, éditions Carlotta, sortie 21 mars 2012
Bonus :
Entretien  avec Martin Scorsese (qui vit le film pour la première fois quand il était enfant), 13′
« Autour du fleuve » (doc inédit, 2008), 60′
DVD-ROM

« La Règle du jeu »
DVD collector et Blu-ray, éditions Montparnasse, sortie été 2011

« La Grande illusion », éditions Carlotta, reprise en salle le 15 février 2012

 


Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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