« Top of the lake » : thriller en portrait de femmes

focus series Diffusion Arte, 7 et 14 novembre 2013, sortie DVD 20 novembre 2013

Pitch

Tui Mitcham, 12 ans, enceinte, tente de se suicider dans le lac, on la sauve, elle disparaît. Robin Griffin, officier de police spécialisée dans les crimes sur mineurs, alors en visite dans sa famille en Nouvelle Zélande, prend l'affaire en main. Johnno Mitcham, fils de Matt Mitcham, baron local de la drogue, et frère de Thui, aide Robin. En parallèle, un groupe de femmes, mené par leur excentrique gourou GJ, achète le terrain Paradise (jouxtant celui des Mitcham) pour y monter un campement, refuge des femmes malmenées par la vie.

Notes

Réalisée par Jane Campion, la série en 6 épisodes « Top of the lake » fut présentée en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs du dernier festival de Cannes mais aussi en séance spéciale à la Berlinale 2013 et au dernier festival de Sundance. On croit à un thriller, c’est d’un portrait de femme, d’un parcours de femme qu’il s’agit. Pourtant, le thriller est là, surtout dans la première partie. Ensuite, le récit se recentre autour de l’héroïne, Robin Griffin, officier de police, que la disparition et le viol d’une jeune fille de 12 ans va renvoyer à ses propres démons.

épisode 1. « Paradis vendu »

Tui Mitcham, 12 ans, tente de se suicider en se noyant dans le grand lac. Sauvée, examinée par la police, on découvre qu’elle est enceinte de 5 mois. L’inspecteur Robin Griffin, en vacances chez sa mère, Jude, malade, son père mort, noyé dans ce même lac autrefois, est appelée à la rescousse pour interroger Tui. Quand Robin demande à Tui de lui écrire sur un papier le nom du violeur, elle écrit « no one ».

Parallèlement, on découvre la famille Mitcham, le père, Matt, odieux, les fils pas moins désagréables. Le père se rendant compte que le terrain nommé Paradise, jouxtant le sien, est occupé, il souçonne le propriétaire, Bob Platt, d’avoir vendu le terrain dans son dos alors qu’ils avaient un accord verbal. Le père demande alors à ses fils d’inviter l’homme en question à la pêche et le jette à l’eau, on retrouvera Bob Platt déclaré mort par accident. Le père est divorcé de son épouse Thaï qui vit avec Johnno, le troisième fils.

Sur le terrain Paradise est installé un drôle de campement : six femmes en rehab un peu spéciale, des femmes ayant subi un traumatisme qui tentent de ses reconstruire sous l’égide d’une femme gourou, GJ, mince, menue, cheveux très longs gris, se définissant elle-même comme un zombie. Un soir, Tui Mitcham dort avec les femmes du campement Paradise, le lendemain, elle a disparu.

épisode 2. « Recherches »

Robin ayant été adoubée par Al Parker, le chef de la Southern Lakes police, afin de suivre l’affaire Tui Mitcham, on organise une immense recherche dans le pays. Wolgang Zanic, emprisonné autrefois pour pédophilie, est soupçonné, il finira par se suicider. Le domicile de Matt Mitcham est perquisitionné mais on ne trouve rien. Des petites phrases interpellent comme une nuit dont ne veut plus entendre parler Robin (« cette nuit-là »), la déclaration de Matt « personne (no one) n’aime autant Tui que moi »

épisode 3. « Aux confins de l’univers »

épisode 4 « Sous l’arc en ciel »

épisode 5 « Le Masque du créateur »

épisode 6 « Pas d’adieux, merci »

 

Et aussi

Cette série aborde en fait un peu tous les thèmes majeurs : démarrant comme un thriller, elle tient le cap pendant la première partie. Chemin faisant, les drames familiaux émergent et s’entremêlent, puis, le récit se resserre étroitement sur Robin Griffin (Elisabeth Moss) et le film fait place au cheminement intérieur d’une femme qui va s’effondrer avant de renaître… La dimension thriller, sous une forme inchangée de bafouement de l’innocence, reviendra brusquement à la fin de la série car le genre le veut… (mais on sent bien que ce n’est pas cela qui intéresse la réalisatrice). Le viol et la disparation de Thui renvoient Robin à plusieurs choses parce qu’en Nouvelle Zélande, elle a laissé beaucoup au delà de son pays : son innocence, sa mère, son petit ami. Bien que personne n’en parle, Robin fut elle aussi victime d’un viol collectif autrefois, ce pourquoi elle est partie vivre en Australie ; la mère de Robin, personnage plus opaque qu’il n’y paraît, aujourd’hui en fin de vie, cela explique son retour en Nouvelle Zélande le temps d’un congé, au départ, mais, l’enquête sur Thui l’obsédant, Robin demandera à Al Parker, le séduisant chef de la police, d’être chargée du dossier. Son ancien fiancé, Johnno Mitcham, le seul fils de Matt Mitcham (Peter Mullan) qui n’habite pas chez son père, porte la culpabilité de n’avoir pas aidée Robin dans leur jeunesse, la protège, et bien qu’elle soit elle-même fiancée en Australie, le couple se reforme.L’idée de créer ce groupe de femmes paumées, revenues de tout, menées par GJ (Holly Hunter, fantôme aux longs cheveux blancs), gourou revêche, doté de prescience, disant leurs quatre vérités à tout un chacun, est originale mais n’apporte rien au récit, apporterait plutôt à la dimension féministe dont Jane Campion veut imprégner son film. Dans ce groupe, Robin y échouera, comme les autres, vers la fin pour se reposer, « trouver la solution ».

Elisabeth Moss, découverte dans la série « Mad men » (la saison 6 débarque en novembre sur Canal+, je la visionne bientôt) est extraordinaire, démontrant qu’elle peut tout jouer, avec sa séduction naturelle et sa sensibilité, son allure masculin-féminin un peu gauche et sensuelle à la fois, et pas seulement l’ambitieuse Peggy des années 60… Les paysages grandioses, l’image limpide, les personnages nimbés de noirceur, tout est brillant sauf que ce n’est pas un vrai thriller pour les amateurs du genre strict.

photos 1 et 2 Arte

Diffusion

Arte

Jeudi 7 (épisodes 1/2/3)  et jeudi 14 novembre 2013 (épisodes 4/5/6)

Sortie DVD : 20 novembre 2013
bonus DVD : « From the bottom of the lake » (52′) : de l’écriture du scénario à la réalisation, « Behind the scene » (6′), « Holly Hunter’s story » (2′), « Elisabeth Moss’ story » (2′)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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