« Twelve » : zombies de luxe

Joel Schumacher, sortie 8 septembre 2010

Pitch

White Mike vend aux autres la drogue qu'il ne prend pas, dealer qui ne boit pas, ne se défonce pas, n'a pas de petite amie. La mort de son cousin Charlie, junkie tué par balles, va le faire sortir de son impassibilité défensive.

Un an après la mort de sa mère d’un cancer, son père ruiné, White Mike est devenu un dealer chic qui vend de la drogue à des collégiens ultra-riches de l’Upper east side de Manhattan. Une drogue qu’il achète à Lionel, caïd de Harlem, nettement plus cruel que lui, White Mike, qui refuse de dealer de la « Twelve », une nouvelle drogue liquide aussi addictive que du crack conditionnée en petit flacon compte-gouttes. White Mike a laissé un peu tomber ses deux meilleurs amis, son cousin Charlie devenu junkie accro à la Twelve, et Hunter, le fils d’un homme d’affaires inacessible, qui s’entraîne dans un gymnase d’immigrés par culpabilité d’être riche. Soudain, Charlie est assassiné. Pendant ce temps, White Mike poursuit ses aller et retours entre Harlem et les quartiers chics de Manhattan pour des « livraisons ». Solitaire, White Mike ne se drogue pas, ne boit pas, tient à distance sa seule amie, Molly, qui l’aime depuis toujours.
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photo Gaumont
 

Sous les artifices plus ou moins heureux de mise en scène, on voit le drame se construire pas à pas, la tension monter entre le couple phare que sont les deux frères habitant l’appartement où l’on donne les soirées, Chris, le petit brun maigre, chouchou des parents, Claude, le grand blond musclé, de retour de rehab, la mère en vidéoconférence depuis le bout du monde croquant des anxiolytiques. La brune Jessica, devenue addict par hasard à la Twelve, les grappes de copines blasées, cyniques, ayant pour centres d’intêret le sexe, le blanchiement des dents, la rhinoplastie, la playlist de son Ipod, la blonde Lisa, la plus belle fille du collège, rêvant de célébrité universelle, valeur absolue, dont les derniers mots avant de mourir seront qu’elle passera à la télé…Le réalisateur Joël Schumacher avait déjà fait en 1987 un « Génération perdue ». Ici, c’est d’une autre génération qu’il s’agit, celle d’aujourd’hui qui « vit sur internet » et regarde « Gossip girl » dont est issu Chace Crawford qui joue le rôle principal de « Twelve ». Adapté du roman éponyme d’un jeune auteur New-Yorkais, qui y faisait le procès de l’arrogance de son milieu social d’origine, l’univers des gosses de riches paumés, l’ambiance fait immédiatement penser à celui de Bret Easton Ellis en moins radical, ce qui est un des grands défauts du film (s’agissant du fond) qui n’ose pas aller jusqu’au bout de sa démonstration d’un monde deshumanisé : d’abord, le dealer, White Mike a des excuses, s’il deale, c’est à cause de la mort de sa mère, ensuite, le rajout d’un fin bis consolatrice ne colle pas.


photo Gaumont
 

Le choix de la voix off racontant une bio résumée de chaque nouveau personnage, comme on lirait des fiches, n’est pas un très bonne idée mais on comprend que le réalisateur a choisi ce procédé pour styliser son film tout comme il a choisi de representer les flash-backs sur la mort de la mère de White Mike par des scènes épurées à l’extrême sur un fond blanc, sans parler de cette idée saugrenue de mettre en gros plan une carte de crédit, un objet, etc… comme Wharhol en faisait des oeuvres d’art, une idée isolée au milieu du film… Idem sur les ralentis flous je me la joue Gus Van Sant, pas terrible pour un réalisateur qui a déjà son style, en principe…Malgré toutes ces réserves, le film, on ne sait pourquoi, a un ton, de ce patchwork, de ces emprunts aux uns et aux autres, de ce désir de rajeunir son cinéma à tout prix, Joel Schmacher a tiré quelque chose car son sujet est fort, son casting nickel, les scènes centrales de soirées et les relations (ou absence de relations) parents/enfants font mouche.


photo Gaumont
 

C’est un film qui risque bien d’être autant détesté que porté aux nues, les acteurs fétiches de Joël Schumacher à la fin des années 80 sont présents en filigrane : Kiefer Sutherland fait la voix off, la nièce de Julia Roberts, Emma Roberts, a le rôle de Molly… « L’Expérience interdite » (1991) réunissait le couple rebelle que formait à l’époque les deux acteurs à la ville et à l’écran, dans le hall de l’hôtel Royal à Deauville, il y a une photo magnifique de Julia Roberts et Kiefer Sutherland lors de leur venue au festival américain dans les années 80, elle, cheveux courts, lui teint en blond platine… Aujourd’hui, le festival de du cinéma américain de Deauville décline lentement et les stars de ciné ne s’y bouculent plus mais Chace Crawford a créé l’évènement hier en venant présenter « Twelve » sur les Planches.

Lire mon article sur la venue de Chace Crawford à Deauville…
 

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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