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« Tyrannosaur » : le choix d’un misérabilisme apoplectique où trop n’est jamais assez

Paddy Considine, sortie 25 avril 2012

Pitch

Un veuf, brute alcoolisée, en proie aux tourments intérieurs consécutifs à la manière dont il maltraitait son épouse, rencontre une femme généreuse qui essaye de l'aider. Mais, malgré son aspect bourgeois, serein, elle en bave plus que lui une fois rentrée chez elle.

C’est un des films les plus pénibles et désagréables et à regarder (supporter, devrais-je dire) que j’ai vu depuis longtemps. J’ai lu le dossier de presse, ce que je ne fais que très rarement avant d’écrire mon avis sur un film et il paraît que le réalisateur voulait faire le pari qu’un type qui tue son chien en ouverture du film en le tabassant pouvait devenir sympathique au spectateur à la fin du film. Ca, c’était pour son court-métrage dont le film est la version longue qui développe le personnage féminin. Eh bien, pour moi, c’est loupé, cette ordure qui roue de coups son chien ne me sera jamais sympathique, c’est le moins qu’on puisse dire, d’ailleurs le film pousse la complaisance à ce qu’il tue un second chien pendant le cours du récit.

 

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Autre élément du dossier presse, le réalisateur voulait faire une histoire d’amour et ne pas trop insister sur la violence pourtant insoutenable « c’est une histoire d’amour et la brutalité doit passer au second plan » qu’il dit… Mais qui donc échappe aux coups et plus si affinités dans ce film? Le type qui tabasse son chien à mort (Joseph) en ouverture du film laisse entendre qu’il battait feu sa femme, surnommée Tyrannosaur parce qu’obèse, lourde et bruyante en se déplaçant, une épouse diabétique qui finira sa vie amputée… Quand il rencontre par hasard Hannah, Joseph, alcoolique taré et agressif, la prend pour une bourgeoise des beaux quartiers. Mais Hannah, qui tient dans une banlieue populaire de Glasgow un magasin de vêtements d’occasion pour déséhérités, a une vie encore plus difficile que la sienne, une fois chez elle : on découvre son mari qui rentre dans leur maison en urinant sur sa femme ivre, somnolant sur une banquette. Le mari d’Hannah, genre impuissant psychotique, la frappe d’autant plus volontiers qu’il a un mot d’excuse comme la jalousie délirante quand il l’aperçoit avec Joseph dans sa boutique. Comme il n’y a pas encore assez de misérabilisme dans ce film, Joseph demande à Hannah d’aller assister un ami agonisant dans les pires conditions, le père d’une voisine qui a visiblement abusé de sa fille à l’occasion. Quant au fils de la voisine, seul élement positif, le réalisateur n’aura pas pitié non plus, il finira défiguré…

photo Distrib films

 

Donc, sur ce fumier, ce terreau de brutalité extrême et sordide, la rencontre entre Joseph et Hannah, qui se disputent à qui en bave le plus (et c’est clair que ce n’est pas lui mais elle qui trinque un maximum), éclorerait la délicate fleur de l’espérance sous les traits d’un amour pur… Le personnage d’Hannah est néanmoins touchant, seul personnage digne du film, une femme généreuse que tout le monde traite comme un paillasson, qui finira par avoir le courage (que n’ont en rien les deux types, son mari et Joseph) d’un acte définitif disant « stop ». Un film misérabilistement provocateur qui exploite sans vergogne tout ce qu’il y a de plus lâche et d’ignoble dans la nature humaine pour tenter de démontrer que son réalisateur saura filmer une histoire d’amour « malgré tout » (le challenge est d’un goût douteux), que justement ce partage de l’immonde, point commun s’il en faut, va rapprocher un homme et une femme au bout du rouleau.Malgré tout, il y a des amateurs pour le genre qui ne sont pas rassasiés avec les horreurs du JT. Le film a eu des prix : au festival de Sundance, de Dinard où il a obtenu le Grand prix du jury. Il est bien mis en scène et bien interprété mais au service de quoi? Un pari scénaristique exploitant le misérabilisme à n’en plus finir en espérant être suffisamment malin, retors, pour susciter l’empathie au final du spectateur?


photo Distrib films

 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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