« Última Parada – 174 » (« Rio ligne 174 ») en clôture de la semaine de fiction du festival cinéma du cinéma brésilien

Bruno Barreto, 2008, 11° Festival du cinéma brésilien à Paris, mardi 5 mai 2009, sortie 22 juillet 2009
En clôture de la semaine du film de fiction du 11° festival du cinéma brésilien à Paris, on passait hier soir à Paris au cinéma Nouveau Latina, après le palmarès, un film choc, « Última Parada – 174 » (« Rio ligne 174 », « Last Stop 174 »), qui a fait l’ouverture du dernier festival de cinéma de Rio de Janeiro. 

       
Tiré d’un fait divers tragique, une prise d’otages dans un autobus de Rio de Janeiro au début de l’an 2000, drame qui a traumatisé les brésiliens qui l’ont vécu en direct à la télévision, ce film est déjà sur la liste des films étrangers nominés pour le prochain Oscar. Retour en arrière, en 1983, dans une favela, Marisa, jeune femme toxicomane se fait virer par son mac qui lui confisque son bébé, Alessandro. Des années plus tard, cette femme, devenue l’épouse modèle d’un pasteur évangéliste, rêvera encore de retrouver son enfant devenu adulte. A la même époque, le jeune Sandro est alerté par un copain que sa mère, qui tient un café, vient d’être braquée, il la retrouve morte sur les lieux.En 1993, des gosses des favelas forment une bande des rues place

Candelária dans le centre de Rio et vivotent de petits deals et larcins en sniffant de la colle. Mais un soir qu’ils dorment sur le sol, un escadron de la mort  (milice privée?) liquide presque tous les SDF sauf Sandro qui fait semblant d’être mort (scène incroyablement choquante). Peu de temps après, Alessandro, arrêté sur la place après la tuerie et Sandro, coincé pour avoir acheté de la drogue, se retrouvent prisonniers dans un centre de détention dont ils s’évadent. Réfugiés chez Alessandro dans son antre au coeur d’une favela, ils se considèrent  désormais comme des frères, les deux Alé. Un business de vol à la tire en moto les réunit quelques temps mais Alessandro trouve Sandro trop mou et le renvoie. Dans l’intervalle, Sandro a retrouvé Sonia, son amour d’adolescence, devenue prostituée. Sandro a également trouvé une mère, celle d’Alessandro, par une erreur d’appel à la prison mais il ne dément pas.
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7 ans plus tard, viré du business lucratif de la favela, coupable d’avoir pris la place de son ami auprès de sa mère, mal accueilli par son beau-père pasteur, rejeté par Sonia qu’il trouve au  lit avec Alessandro, la coupe est pleine… Défoncé, Sandro prend l’autobus 174, un voyageur remarque une arme dépassant de sa poche, il descend du bus et le dénonce à une voiture de police qui cerne l’autobus dans un déploiement de forces disproportionné avec la situation. Affolé par la police, Sandro, qui n’avait aucune intention d’aucune sorte, prend les passagers en otage et réclame à tout hasard 1000 reais (environ 350 Euros), une otage lui fait remarquer qu’il devrait en demander au moins 10 000 ou 100 000… La police, qui a déjà provoqué la prise d’otages en voulant l’éviter, la transforme en carnage, un policier abat d’abord une femme otage en visant mal et la confusion qui en découle engendre la colère de la rue la foule se bousculant pour lyncher Sandro, toutes les télévisions du pays passent l’événement en boucle… 


En empathie avec Sandro, triste héros de cette histoire triste à mourir, le réalisateur donne pourtant, au delà de la logique de la misère extrême conduisant inéluctablement à la violence pour survivre, de l’escalade des humiliations, privations et abandons  aboutissant à la formation de bandes organisées de gamins livrés à eux-même dans la rue, quelques pistes de la société du spectacle qui peuvent expliquer aussi le geste final de panique d’avoir l’idée de prendre des otages dans un autobus. Plusieurs fois, Sandro s’est entendu dire qu’il lui fallait se faire remarquer par les médias, par la responsable de l’ONG, par Sonia, il pense un temps à enregistrer du rap mais il ne sait ni lire ni écrire.
 


Les deux ados ont presque le même prénom Alé, le second s’appelant à l’origine Sandro, un faux détail qui a son importance quand on verra que Sandro (demi-Alessandro), plus fragile, moins cynique, non seulement sera toujours à la traîne d’Alessandro,  mais n’assumera pas non plus de prendre malgré lui sa place auprès de sa mère.

On s’attendait à un film choc, c’est le cas sur le fond et le contraire sur la forme, le film est étonnamment anti-spectaculaire dans le traitement de l’histoire focalisé sur la vie, l’enfance, l’adolescence de ces deux jeunes cariocas pauvres des favelas, la prise d’otages occupant à peine un cinquième du film (c’est un peu expédié tout de même)… Pas de montage zapping, pas de musique  enjolivant les choses,  pas rythme syncopé mais lent, suivant de près la vie quotidienne, ce qui déroute un peu au début car on attendait un film coup de poing cash d’entrée dans le genre de « La Cité de Dieu » (le scénariste est le même : Bráulio Mantovani) ou de « Tropa de elite ». Un film sobre et dur avec un  véritable accent de vérité documentaire, on en sort triste et démuni moralement, comment peut-on juger ces gosses jetés dans la rue sans logement, sans un sou, et qui n’arrivent à survivre qu’en intégrant les gangs des favelas participant par là au narcotrafic qui gangrène la cité? Mais y-a-t-il dans ces conditions de précarité et d’exploitation de la misère une autre alternative que d’être tué ou tueur, victime ou délinquant?
 

Palmarès des films de fiction :« Se nada mais der certo » / « Quand rien ne va plus » de José Edouardo Belmonte : prix du jury et meilleur acteur, meilleure actrice.
« Chega de saudade » / « Tourbillons » de Laís Bodanzky : prix du public


Seconde semaine : films documentaires du 6 au 12 mai 2009
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Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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