« Un Château en Italie », les similitudes avec le cinéma actuel au féminin : « Camille redouble » + « Du vent dans mes mollets »

Valeria Bruni-Tedeschi, sortie 30 octobre 2013

Pitch

Quand Louise rencontre Nathan, ses rêves de maternité reprennent le dessus. Mais son frère est condamné, leur château de famille est en vente. L'amour peut-il consoler de la désagrégation du passé, la vie réparer la mort?

sélection officielle /CANNES2013

 

« Un Château en Italie » (2013), photo Ad Vitam

 

      

 

Je regarde assez peu de films français après 1980, j’ai tort, après un grand vide, il y a beaucoup désormais de films intéressants surtout ceux des réalisatrices qui ont pris le pouvoir en douceur. Ainsi, l’autre jour, je regarde sur Canal+ une soirée avec d’abord « Du vent dans mes mollets »***, ensuite « Camille redouble ». Hors, je viens de voir en avant-projection « Un Château en Italie »… Que de similitudes! Que d’expertise aussi à extraire l’émotion de son histoire familiale! Tous les trois sont des films intimistes, familiaux, qu’on dirait autofiction en littérature (l’autofiction surtout masculine, genre délaissé récemment en littérature, reviendrait-elle, feminine, au cinéma?) avec un très large point de départ autobiographique et un seul sujet : la famille (disparue, la plupart du temps).
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L’originalité de « Du vent dans mes mollets » de Carine Tardieu, c’est cette histoire d’amitié entre deux petites filles mais en large toile de fond, les parents, la mère (Agnès Jaoui, vraiment bien) se laissant aller, le père ayant la tentation avortée d’aller voir ailleurs avec la mère de l’autre fillette (Isabelle Carré, toujours magnifique…) En revanche, mine de rien « Un Château en Italie » et « Camille redouble » sont des films jumeaux, même mix d’une histoire de la mort d’un proche et d’une histoire d’amour qui a mal fini (pas trop mal quand même), perte de la jeunesse, drame et humour, nostalgie et lucidité, omniprésence des actrices/réalisatrices/scénaristes qui, cela m’a vraiment étonnée (je ne l’avais jamais remarqué) jouent pareil!!! Eh oui! L’école Chéreau pour Valeria Tedeschi-Bruni et Noémie Lvovsky est une marque de fabrique, j’ai été stupéfaite d’entendre NL s’exprimer exactement comme VTB dans certaines scènes de « Camille redouble », cette émotion contenue à 99% naturelle et derrière une super-technique d’acteur. Grande différence avec Yolande Moreau (la mère dans « Camille redouble ») qui, elle, est 100% naturelle.
Revenons à « Un Château en Italie », qui sort la semaine prochaine en salles, seul film d’une réalisatrice en sélection officielle à Cannes… Après deux films, l’un sur sa famille et le départ d’Italie, l’autre sur son métier, « Actrices », Valeria Bruni-Tedeschi revient sur l’histoire familiale en se focalisant sur deux choses : la vente du château en Italie où elle a passé son enfance, la mort tragique de son frère. Mais, comme elle l’a dit en conférence de presse, Louis Garrel trouvant son rôle étriqué, elle a tout recommencé et tricoté une vraie histoire d’amour en contrepoint, ce qui d’ailleurs déséquilibre le film, le premier scénario était sans doute meilleur.Mais, cette histoire d’amour est l’occasion de parler d’un thème récurrent (déjà abordé dans « Actrices ») : le désir obsessif d’enfant pour une femme qui a « passé l’âge ». Comme la réalisatrice a beaucoup d’humour et le sens de la tragi-comédie, l’histoire de ce fauteuil à Naples censé rendre fertile, où l’héroïne s’installera de force, est très drôle ; beaucoup moins drôle ce couple allant dans le conflit à l’hôpital pour une PMA malgré les tentatives artificielles d’humour. Un humour plus souvent présent dans des petites scènes finement observées comme les relations de Louise avec Gérard, gardien de la maison parisienne, que l’héroïne appelle en vain en hurlant pour lui ouvrir la porte. L’hôpital est très présent dans ce « Château en Italie » qu’il s’agisse de donner la vie (la PMA) ou de conjurer la mort (le frère dont on célèbre le mariage dans la chambre d’hôpital).

Dans « Camille redouble », c’est la mort de la mère que l’héroïne attend (puisqu’elle revit sa jeunesse une seconde fois en sachant ce qui va se produire tout en essayant de l’empêcher, très émouvant quand Camille veut faire passer un scanner à sa mère, guette sa chute fatale dans la cuisine au jour J… ) et l’échec d’un mariage d’amour, de jeunesse. Dans « Un Château en Italie », c’est la mort du frère, élément central de la famille, séducteur de toutes « ces dames », sa soeur, sa mère (avec qui il entretient des relations « limites »), l’histoire d’amour étant condamnée d’avance : l’homme-enfant qui ne veut pas d’enfant, la femme mature qui ne peut pas en avoir, de toute façon.
Le grand problème avec Valeria Bruni-Tedeschi, c’est qu’on connaît déjà son histoire par médias interposés, la vente du château familial, la vente aux enchères des meubles, la mort du frère du SIDA, la relation fusionnelle mère-filles, son histoire d’amour avec Louis Garrel, tous les magazines en ont parlé parce qu’elle fait partie des happy few, comme on dit… Il faut donc essayer d’oublier ces histoires classées à la rubrique people pour aborder le film et sa version à elle de son histoire… Sans doute le sait-elle quand elle montre son frère, sa mère, à qui on demande sans vergogne de l’argent (le personnage joué par Xavier Beauvois, sorte de JM Bannier), son frère, très malade, qu’on ne plaindrait pas ou quasiment pas puisqu’il est trop riche… Ces films seraient-ils l’occasion de réclamer un droit à la souffrance et au chagrin aussi, quelle que soit son origine sociale? De démontrer que l’égalité s’impose naturellement dans la maladie, la mort, l’amour enfui?

Donc! J’avais nettement préféré « Actrices » de Valeria Bruni-Tedeschi que ce « Château en Italie » qui ressemble davantage à une variation de « Il est plus facile pour un chameau… » sans bénéficier de l’indulgence du premier film. D’autant que, de la part de Valeria TB, tenter de créer de la fiction en faisant jouer le rôle de sa mère à sa mère (Marisa Borini), du compagnon plus jeune à son ex (Louis Garrel), filmer, de surcroît, sur les vrais lieux de son enfance (le château de Castagneto), ça devient lourd pour le spectateur qui n’est pas loin parfois de se sentir de trop à mater cette psychothérapie filmée…


« Camille redouble » (2011), photo Gaumont

Des trois films cités plus haut, « Du Vent dans mes mollets » est le plus fin et équilibré, si le drame n’est pas absent, la réalisatrice laisse du temps pour le bonheur à ses deux héroïnes de 9 ans, pour le couple de parents de se retrouver, alors que dans les deux autres films on ne cesse d’hypothéquer les bons moments par

l’angoisse qu’ils ne cessent, en fait, chez VTB et NL, le drame est omniprésent, réel ou appréhendé, en menace dans l’air, avec de l’humour en antidote mais ce sont des films tristes et autocentrés (même si le tableau des névroses semble l’emporter chez Valeria TB et que Noémie Lvovsky a plus d’imagination pour se mettre en valeur) ; en revanche, « Du vent dans mes mollets » est une histoire très quotidienne, construite clairement, qui comporte un drame en amont (la déportation de la famille du père), un drame en aval (la mort de l’amie de la fillette) mais aussi quelques effets poétiques sympa (la mère, séductrice, dans le placard de la cuisine rose, toute neuve, refaite par son mari).


« Du vent dans mes mollets » (2012), photo Gaumont

*** « Du vent dans mes mollets », assorti d’un documentaire sur les enfants acteurs

(assez instructif sur leur regard sur l’entourage et leur conscience d’acteur) : « Quand je serai petit, je serai acteur », est actuellement diffusé sur Canal+ « A LA DEMANDE »

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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