« Une Vie toute neuve » : une enfance de secours

Ounie Lecomte, sortie 6 janvier 2010

Pitch

Séoul, 1975, Jinhee est conduite par son père dans un orphelinat catholique. Entre l'acceptation de l'abandon paternel et la perspective d'un départ prochain pour une famille adoptive, c'est un double déracinement que va supporter la petite fille avec la promesse d'une vie de remplacement "toute neuve".

Une histoire triste. Dramatiquement simple. Un père emmène sa fille de 9 ans se promener en vélo et faire du shopping, il lui achète de beaux vêtements, l’invite au restaurant, la petite fille est heureuse, parfois dubitative, ce n’est pas usuel ces achats, ces cadeaux. D’autant qu’un plan sur le logement des deux est éloquent, un local sombre et vide, un matelas sur le sol où le père et la fille dorment chacun à un bout du lit. L’homme est cadré sans tête ou de dos, on le verra très tard abandonner la petite fille à l’orphelinat. Auparavant, ils sont allés acheter un gros gâteau comme quand on est invité à un goûter…
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photo Diaphana

 

Jinhee refuse la réalité de l’abandon de son père, longtemps, elle ne mange pas, elle attend, tente de s’échapper jusqu’à ce que les responsables lui ouvrent la porte afin de lui démontrer qu’on ne la garde pas de force. Dans l’orphelinat, les pensionnaires ont droit à une drôle de coupe de cheveux au bol qui leur donne un air androgyne, à Jinhee aussi, les religieuses coupent les cheveux, elle devient un numéro, un clone, elle ressemble alors à toutes les autres petites orphelines mais elle lie des amitiés avec ses compagnes d’infortune, tente de se recréer un univers affectif.

De temps en temps, des riches occidentaux viennent choisir une orpheline, il faut faire bonne figure et sourire, c’est une sorte de marché où tout le monde y gagne, si l’on veut, Jinghee une nouvelle famille toute neuve, les parents adoptifs un projet de vie parentale, un arrangement avec les lâchetés des uns, démunis, sans futur, et les besoins des autres, opulents, généreux, aux motivations complexes. Mais une fois de plus, Jinhee va devoir laisser ceux qu’elle a appris à aimer, ses amies à l’orphelinat, l’encadrement bienveillant de l’école. Second déracinement pour une vie qu’on lui promet matériellement de rêve où elle aura encore moins de racines que chez elle en Corée, où elle devra parler anglais, être acceptée, se faire aimer.

 


photo Diaphana


Le film montre bien le double travail de deuil, l’inconsolabilité de l’abandon du père, puis, le départ irréversible de l’orphelinat rassurant avec ses pairs vers une famille adoptive à l’étranger, l’inconnu qu’on peut imaginer terrifiant. Il y a une scène bouleversante où soudain Jinhee craque devant un médecin et raconte pourquoi, à son avis, on père l’a abandonnée « pour une histoire d’épingle » et on comprend que son père s’est remarié, que sa belle-mère a eu un enfant qu’on l’a accusé de maltraiter pour se débarrasser d’elle. Comme souvent dans les films coréens, cette histoire émouvante et infiniment triste est traitée sans le moindre pathos, d’une manière sensible et grave, aussi factuelle que possible, les faits étant assez accablants pour parler d’eux-même. Le film est aussi léger et limpide que le propos est lourd et sombre, belle leçon de simplicité au cinéma où ne tombe pas dans le panneau d’en rajouter, au contraire, on gomme et il reste l’essentiel.

 

Premier film de Ounie Lecomte, le récit est d’inspiration autobiographique, la réalisatrice fut adoptée à 9 ans par une famille protestante et quitta la Corée pour la France. « Une Vie toute neuve » a été présenté à Cannes l’année dernière hors compétition.

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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