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« Une vie violente »/SDC #Cannes2017/SPECIAL FESTIVAL DE LAMA

focus film/festival Thierry de Peretti, sortie 9 août 2017

Pitch

Stéphane, étudiant cultivé d'origine bourgeoise, de retour en Corse, va passer de la délinquance au nationalisme puis à la clandestinité...

Notes

UNE VIE VIOLENTE / CANNES/ SEMAINE DE LA CRITIQUE EN SÉANCE SPÉCIALE

"Une vie violente" : présentation à la SDC

« Une vie violente » : présentation à la SDC, 22 mai 2017

Le film est inspiré de l’affaire Nicolas Montigny, jeune nationaliste Corse qui fut assassiné à Bastia en 2001. Dans le film, on l’appelle Stéphane. De Paris où il s’est réfugié, il tient à assister sur l’île aux funérailles de Christophe, son meilleur ami et compagnon de lutte, tombé la veille dans un guet-apens qu’il pressentait. Bien qu’on lui dissuade, Stéphane, qui sait pourtant qu’il est le prochain « sur la liste » et que lui-même va se faire abattre. Mais il rentre en Corse (être enfin ce héros qu’il aurait tant voulu être?) pour se rendre à l’enterrement de Christophe. Dans la scène de départ du film, réaliste, forte et sobre, trois voitures débarquent sur une zone isolée (près de Moriani, à quelques pas d’une plage, à une cinquantaine de km de Bastia), un double meurtre de sang froid, un règlement de comptes, les tueurs mettent le feu au véhicule du mort et s’en vont.

Au début du film, quelques dates clé défilent sur l’écran : la lutte armée pour l’indépendance de la Corse datée dans le film de 1976 (en fait elle démarre avec l’occupation de la cave d’Aleria, propriété d’un riche viticulteur, rapatrié d’Algérie, en août 1975), la création du FLNC, puis, les scissions en différentes factions qui luttent entre elles, la passivité des gouvernements français successifs qui laissent faire en escomptant que les règlements de compte entre mouvements rivaux feront le travail à leur place en s’entretuant… Mais dans les années 80, l’emergence d’une mafia insulaire un situ, ce que la Corse n’avait jamais connu sur sa terre (jusqu’alors épargnée, sanctuarisée),  des trafics en tout genre et des rackets, vont peu à peu dévoyer la lutte armée.

Le film opère un retour en arrière, dans les années 90, Stéphane, d’origine bourgeoise, ex-délinquant mineur, est désormais un étudiant cultivé sur le continent ». Soudain, ses lectures aidant, il décide de rentrer en Corse et de s’investir dans un mouvement nationaliste radical (Armata Corsa) dont il s’illusionne qu’il pourra rendre ses « lettres de noblesse » au combat pour l’indépendance et revenir à la lutte armée politique pure, en deux mots, débarrasser l’île des exactions mafieuses qui la gangrènent et retrouver l’esprit des origines des fondateurs du Front de libération de la Corse. Ainsi, le film est dédié aux aînés, à son père.

La génération de Stéphane (à laquelle appartient le réalisateur) est celle des années 90 ayant hérité de tout ce contentieux, de cette dérive mafieuse omniprésente et omnipotente. Affiliés à François (Santoni), un homme plus âgé, personnage ambigu qui les utilise, Stéphane et ses amis veulent, utopistes, en finir avec l’infiltration de la mafia dans les mouvements nationalistes ; malheureusement, Stéphane et ses amis tolèrent les trafics personnels, auxquels la plupart de veulent pas renoncer, en s’illusionnant qu’ils n’empièteront pas sur leur lutte armée pour l’indépendance de l’île. C’est sous-estimer la force de frappe de la mafia insulaire qui a pris le pouvoir et va les éliminer sans état d’âme les uns après les autres, estimant qu’ils empiètent sur leur terrain. Quand François, leur mentor,  est abattu à un mariage, Stéphane comprend que tous sont condamnés.

"Une vie violente"

« Une vie violente » (photo Pyramide distribution)

 

Et aussi

Nicolas de Peretti, le réalisateur, originaire d’Ajaccio, qui a débuté au théâtre, est un surdoué de l’image et de la mise en scène qui filme tout avec un sens du détail et une esthétique rare. Son casting est intelligent, tous les acteurs (une vingtaine) sont naturels et crédibles. L’émotion est sous-jacente malgré son souci de demeurer factuel et objectif. Auteur de deux court-métrages, Nicolas de Peretti avait déjà frappé fort avec son premier long-métrage, « Les Apaches », film choc, présenté également à Cannes, tiré d’une histoire vraie, qui, sous le fait divers horrible de l’engrenage d’adolescents débordés par leur peur des représailles, montrait l’envers du décor de la ville de Porto-Vecchio que d’aucuns voient comme une carte postale, pavée de luxueuses résidences secondaires et envahie l’été par les VIP de tout poil, hommes politiques français voyants, animateurs TV, show-bizz. Dans « Une vie violente », le réal filme l’action à Bastia et ses environs immédiats.

Etant originaire de Bastia où j’ai passé ma jeunesse, j’ai connu très jeune les événements d’aout 1975, la naissance du FLNC et des « Journées de Corté » pleines d’espoir, idéalistes, d’une île délivrée d’une colonisation dont la Corse fut victime tout le long de son histoire. Car la Corse, après 400 ans de domination gênoise, fut vendue par l’Italie à la France, il y a un peu plus de 200 ans (dans l’intervalle, durant quinze ans, entre Gênes et la France, la Corse fut une république indépendante moderne, sous la houlette de Pascal Paoli, considéré encore aujourd’hui comme « Le père de la patrie »). Quand j’ai quitté l’île au milieu des années 80 pour travailler à Paris, je m’étais, bien entendu, rendu compte sur place, de l’inflation de la violence quotidienne (dirigée surtout contre des biens matériels) mais elle s’est vite banalisée, nous faisions « avec », la jeunesse était insouciante, à l’époque… En revanche, je n’ai pas pris conscience de l’infiltration naissante des groupes mafieux (née, au départ, d’une bande de voyous se réunissant dans un bar de Bastia, devenu tristement célèbre depuis) qui, peu à peu, contrôleront tout.

Je suis incapable d’être un spectateur neutre tant le film m’a bouleversée. La ville de Bastia est filmée d’une manière exceptionnelle et le réal a su restituer la violence du quotidien d’aujourd’hui où la vie continue malgré tout… Les règlements de compte entre voyous, que la population locale, impuissante, réprouve en majorité mais subit, bien qu’elle ne soit pas immédiatement concernée, qu’elle n’en soit pas la cible immédiate, ont modifié le paysage et signé la fin de l’insouciance. La Corse que j’ai connue, enfant, adolescente, est un devenue le souvenir d’un paradis perdu.

POST RÉDIGÉ À CANNES fin MAI 2017

"Une vie violente" (photo Pyramide distribution)

« Une vie violente » (photo Pyramide distribution)

PS.

Après sa présentation en mai 2017 au 70° Festival de Cannes en séance spéciale de la Semaine de la Critique, le film vient d’être présenté le mercredi 2 août 2017 en AP au festival de Lama en Balagne.

« UNE VIE VIOLENTE » sortira sur les écrans le mercredi 9 août 2017.

Annexe

« Les Apaches » : l’envers de la carte postale

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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