"Waltz with Bachir" ("Valse avec Bachir") : le vrai choc du festival de Cannes

Cannes 2008, compétition, Ari Folman, sortie 25 juin 2008
La Palme d’or de Cannes a récompensé un film de fiction qui a l’air d’un documentaire (« Entre les murs ») alors que la plupart des critiques et spectateurs auraient davantage misé sur un film documentaire (d’animation, grande première) qui ressemble à une fiction « Valse avec Bachir » du réalisateur israëlien Ari Folman. Projeté en début de festival, il est incompréhensible que ce film n’ait obtenu aucun prix … Petit détail qui a son importance, le dimanche du palmarès, on avait demandé à l’équipe du film d’être présente qui aurait donc monté les marches comme tous les lauréats… Quoiqu’il en soit, c’est une chance que ce film sorte rapidement en salles pour réparer cette injustice : à l’affiche le 25 juin et actuellement de nombreuses avant-premières dans toute la France***. 

Tant de beauté pour tant d’horreur… C’est ainsi qu’on pourrait résumer l’impression que laisse ce film énergique et sensuel, parfois poétique, avec un habile crescendo de l’horreur jusqu’au souvenir final du massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban en 1992 par les milices chrétiennes phalangistes, alliées d’Israël, après l’assassinat du président Bachir Gemayel, d’où le titre du film.Le réalisateur de films Ari Folman se souvient qu’il a tout oublié de la guerre à l’occasion d’une conversation avec un ami qui fait un cauchemar récurrent depuis deux ans : une meute de 26 chiens le poursuit pour le dévorer, quand il se souvient que 20 ans auparavant, il était chargé de tuer les chiens de garde pendant la première guerre du Liban. A la recherche des compagnons d’arme du passé qui pourraient témoigner qu’il se trouvait avec eux pendant la guerre du Liban, Ari retrouve un seul souvenir, des soldats sortant nus de la mer la nuit, des hommes jeunes et beaux sous la lune qui enfilent leurs uniformes sur la plage, quand le jour se lève, l’image pâlit, ils sont devenus des soldats, scène récidivante dans le film où figure un autre ami installé aujourd’hui en Hollande. Ce dernier qu’Ari va voir à Amsterdam se souvient des combats mais nie appartenir à la scène…

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photo Les Films d’ici
Film sur la mémoire, l’amnésie partielle ou totale, les petits et les grands arrangements avec la mémoire individuelle et collective. Film sur la culpabilité du vivant qui enterre ses compagnons morts, du soldat israëlien, coupable de s’imaginer prendre la place du nazi, le massacre des palestiniens occultant le génocide de sa famille déportée à Auschwitz. Le film d’animation permet de montrer l’immontrable, de démontrer la mécanisation des tueries, il faut tirer, les soldats sont envoyés sur place pour ça, les départs sont comme des vacances, on danse, on fait la fête sur le bateau… Une scène empreinte d’une poésie tragique montre le soldat Ari rêvant à une femme, petit personnage bleu sur le ventre d’une femme géante bleue, puis, l’image devient orangée tandis qu’on fait sauter le bateau en flammes, ses compagnons tués.La grande force du film, c’est d’avoir obtenu l’impossible équilibre entre la beauté des images et l’horreur du sujet traité, une sorte de sensualité indécente des soldats, voire de l’idée du combat, se confrontant à la réalité : les atrocités allant jusqu’au massacre final. Sur une BO force éclectique avec l’insertion de morceaux de musique classique pendant les fusillades, dont une valse (de Chopin, je crois), en référence aux nazis qui aimaient la musique?  La scène finale est d’une féroce sobriété, une douche glacée. Dix mille pieds au dessus de « Persepolis » pour ceux qui prédisaient que ce film serait une version bis 2008.


photo Les Films d’ici

*** Le cinéma du Panthéon, 13, rue Victor Cousin à Paris 5°, organise avec les Cahiers du cinéma une avant-première du film suivie d’un débat le mardi 17 juin à 20h30. 

Ecrit par Vierasouto sur www.cinemaniacannes.fr le jeudi 15/05/08 


Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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