« White lightnin' » : exorcismes

Dominic Murphy, sortie 17 février 2010

Pitch

La vie tumultueuse de Jesco White, danseur de claquettes, de son enfance en maison de redressement à sa plongée dans la folie. Le chemin de croix d'un homme luttant contre ses démons depuis toujours.

C’est certainement le film le plus dur que j’ai vu depuis « Antichrist » l’année dernière, la comparaison s’arrête là. L’histoire vraie de Jesco White, danseur de claquettes sur de la musique country, est un incroyable et effroyable chemin de croix qu’on n’aurait pas pu inventer. A six ans, Jesco White vit

avec sa famille au find fond de la Virginie occidentale, au coeur des Appalaches. Habité par le mal, le petit Jessie sniffe de l’essence qu’il vole dans le village. On l’envoie en maison de redressement à  Meldwood, il y devient carrément mauvais en apprenant à se défendre, dressé à torturer les autres, il en ressort foutu. De retour chez lui, son père l’attache au lit avec des chaînes à la cheville pour l’empêcher de se droguer. Puis, le père, danseur de claquettes quasi-pro sur une musique country primitive genre Bluegrass, oblige Jessie à apprendre à danser pour lui donner une porte de sortie dans la vie. Ca marche un temps. Mais le mal revient régulièrement dans la tête de Jessie. Ado, un groupe de motards lui donne une dose d’amphétamines à réveiller un mort… Et ainsi de suite…
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photo Haut et Court

Jessie connaîtra les hôpitaux psychiatriques, la prison, tous les lieux carcéraux et les formes d’enfermement… En parallèle, l’existence de Jessie sera une lutte permanente contre le mal intérieur qui le ronge et sape toutes ses tentatives de vivre normalement. Notamment grâce à la danse. Pendant quelques années, Jessie parcourt les routes pour des tournées de claquettes accompagné au banjo par un copain, on l’appelle « les pieds trépidants », il y rencontre la femme de sa vie en faisant du stop avec un couple de défoncés : une quinquagénaire mère de famille qui quitte tout pour le suivre. C’est le seul passage du récit un peu apaisé bien que le film est si bien fait que le spectateur, conditionné par ce qui précède, devient aussi parano que Jessie, craignant à tout moment l’incident… Jessie va perdre les deux personnes qu’il aimait le plus, d’abord son père, massacré par une bande de voyous, ensuite, Cilla, sa compagne… Il est alors mûr pour sombrer dans la folie… L’histoire d’amour avec Cilla, ce coup de foudre pour cette femme plus âgée que lui, un peu empâtée, pas vraiment sexy mais rassurante, qu’il aime au premier regard, se révélant d’ailleurs une vraie amoureuse, est extrêmement touchante. Car dans cette histoire de fou! l’amour que se portent Jessie et Cilla est plein de tolérance, se fichant des apparences et des codes de séduction, chacun aime l’autre comme il est…
 

Les commentaires de Jessie sont un mélange de naïveté, de férocité et de lucidité, une voix d’homme-enfant buté devenu une sorte de demeuré sanginaire laissant échapper de temps en temps une réflexion lucide comme cette chance qu’ont certains dans son cas d’avoir l’issue de la folie. La voix off d’un prédicateur intervient de temps en temps qu’on verra de manière symbolique à la fin du film quand Jessie ira le retrouver pour se confesser dans une maison isolée dans la forêt. La fin du film est un peu too much. Après une scène de défonce insensée au sens du mot de folie vengeresse sur une musique de rock satanique (impressionnant), c’est le tour d’une scène de mortifications afin d’achever physiquement ce parcours christique (images insoutenables comme les précédentes, bien que le réalisateur ait le tact de les passer de plus en plus diluées, fragmentées, comme un courant alternatif, etc…) 


photo Haut et Court

Le seul reproche qu’on peut faire au film, c’est de poser comme un axiome que Jessie à six ans est possédé par le mal sans montrer autre chose de son environnement familial que deux parents débordés par la situation qui punissent. L’enfant Jessie repète qu’il est faible, comme il l’a entendu dire… Si, plus tard, Jessie idéalise son père d’autant plus qu’il va être tué de manière ignoble, la mère disparaît du décor sans qu’on sache ce qu’elle est devenue, les frères aussi. Corollaire de cet enfant qu’on admet possédé par le mal, dont on décrit le parcours à la fois christique et satanique, la rédemption finale. Le scénario ayant été écrit à partir de l’histoire de Jesco White, puis étayé par des rencontres avec lui (il est toujours vivant, ce qui semble incroyable), on peut en conclure qu’il a gommé beaucoup d’éléments de sa mémoire pour raconter sa vie, qu’il ne peut pas se souvenir davantage…
 


photo Haut et Court

Le film est magnifiquement filmé et mis en scène, d’abord un procédé simple et habile d’enchaîner les scènes comme des petites tranches de film séparés d’un écran noir, un peu comme on passerait des diapos de vacances, pour représenter les flashes de la mémoire. Ensuite, le désordre et le chaos de la mémoire avec des retours sur des époques qui obsèdent, des double flash-backs sur un sujet qu’on avait occulté en partie au premier retour en arrière (les sévices dans la maison de redressement, par exemple), jusqu’à ce que tout s’accélére, se chevauche, se vide, qu’il ne reste plus qu’un seul souvenir : la mort du père sauvagement tué par des types ignobles, cette mort qu’il faut venger. La BO est spécialement soignée, outre  des classiques de la musique western  et de la musique country des Appalaches, certains titres sont signés par Hadsil Adkins, homme-orchestre fou surnommé le parrain du « Psychobilly » (variante du Rockabilly) qui a composé des morceaux pouvant aller jusqu’au délire, comme celui avec hurlements sataniques quand Jessie perd la raison. Les images en elles-mêmes sont de toute beauté, sans ces images magnifiques allant du noir et blanc à la couleur si désataturée qu’elle frise le noir et blanc, le film ne serait pas supportable tant l’histoire est impitoyable et le film dur à soutenir comportant des scènes de violence sadique, sévice, auto-mutilation que j’ai été personnellement incapable de regarder dans leur totalité. Le héros est interprété par un acteur de théâtre pas connu pour pas longtemps… non seulement surdoué dans un rôle à modifier si souvent ses expressions au fil du récit mais également superbe qui risque bien de devenir fissa le séducteur de demain…
Tout est exceptionnel dans ce film, j’y suis allée en me trompant de jour avec une autre projection et j’ignorai ce que j’allais voir, ne connaissant ni le sujet ni les acteurs ni le réalisateur, un cas idéal d’ailleurs pour appréhender un film. Quelle claque! On en sort complètement hagard, essoré, choqué, bouleversé avec la certitude d’avoir vu un film unique mais aussi un seule idée plus  pragmatique : se précipiter dans un bar boire un verre pour se remonter!

PS. Ce film a obtenu le grand prix du festival du dernier film britannique de Dinard. 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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