« A bigger splash »: au fonds de la piscine

focus film Lucas Guadagnino, sortie 6 avril 2016

Pitch

Une rock star en convalescence sur une île italienne avec son compagnon quand survient son ex-amant...

Notes

Etait-il bien raisonnable d’avoir ne serait-ce que l’idée de faire un remake de « La Piscine »? Ici, on change tout mais sur cette nouvelle piscine flottent bien des fantômes…

Tilda Swinton, qui a remplacé Romy Schneider, a eu une idée validée par le réalisateur : son personnage ne parle pas. Elle interprète Mariane Lane, une rock star, qu’on découvre au sortir d’une opération des cordes vocales qui l’a laissé quasiment aphone. Partie se reposer avec son compagnon Paul (Matthias Schoenaerts, seul acteur et personnage agréable à regarder) sur l’île de Pantelleria, l’incursion d’un emmerdeur, Harry (Ralph Fiennes), producteur dépravé et extraverti et, au passage, ancien amant de la chanteuse, accompagné de sa fille, Penelope (Dakota Johnson remplace la merveilleuse Jane Birkin), va semer le désordre et la nuit*… Et quand je dis Harry, un emmerdeur, je pointe en un mot un des problèmes majeurs du film : Harry ne séduit personne sauf le personnage de Mariane dans le scénario, il est lourd, logorrhéique et vulgaire, ce qui enlève toute ambiguité aux relations entre les uns et les autres telles que les perçoit le spectateur puisque d’emblée on a qu’une hâte : qu’il se taise et finisse au fonds de la piscine au plus vite, bon débarras! De Ronet ou Delon, lequel? Deux bad boys magnifiques, l’un plus pervers que l’autre. N’y pensons plus, on se fait du mal…

Afin de moderniser un film, par ailleurs intemporel, aux peaux semi-nues, dévoilées, hâlées, voilées d’huile solaire, à l’érotisme du caché, deviné, on a substitué des corps très blancs complètements nus, genre statues ou naturistes (premières images du film), en deux mots, rien qui fasse fantasmer.

Ce n’est pas la peine que je m’attarde sur l’erreur de tout montrer qui désérotise les films contemporains, privant le spectateur, en position de voyeur forcé/forçat, du moindre fantasme d’apercevoir par effraction, par exemple… Sans retourner au code Hays (voir mon post sur le code Hays, ultra-puritain, appliqué en 1934 au cinéma US car imposé par les ligues catholiques), que sont devenues le nuances, les objets de fantasmes?

Donc, pour ceux qui n’ont pas vu « La Piscine » de Jacques Deray, pourquoi pas plonger? Une île méditerranéenne, belle et (in)soumise aux éléments (le vent), un univers clos (en cela, le remake, à peu près, respecte l’original, l’unité de lieu ou quasiment), des personnages oisifs trainant des passés lourds (Paul est un ancien alcoolique, Harry dit avoir sauvée Mariane à une époque délicate, etc…), les non dits, la jalousie, trois dans une piscine, c’est donc un de trop, et l’engrenage jusqu’au drame. Le cerveau vierge de toute référence cinéphile, cela se regarde, comme on dit.

* »Le désordre et la nuit », film noir majeur avec J. Gabin et D. Darrieux.

A noter que le réalisateur Luca Guadagnino avait déjà fait « Amore », un film brillant avec ses défauts mais qui avait  marqué les esprits.

 

Jacques Deray, 1969

Jacques Deray, 1969

Écrit le 22 février 2016

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Photo Studio Canal

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photo Studio Canal

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Notre note

(2,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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