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« A Tale of Love and darkness », rencontre avec Natalie Portman/C+Cinéma

focus TV Diffusion CanalPlusCinéma le 19 mai 2016

Pitch

Adapté du roman éponyme d'Amos Oz, la vie d'un adolescent à Jérusalem avant et pendant la création de l'état d'Israël.

Notes

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Le sous-titre du film « A tale of Love and darkness » est « To dream is to Live », il faut réaliser ses rêves…  Pourtant, à la fin du film, l’auteur conclut qu’il ne faut pas réaliser ses rêves…

Mais cela n’a rien à voir avec ce que j’en pense, de manière abstraite, voire littéraire. Qu’il ne faut pas réaliser ses rêves parce qu’ensuite à quoi peut-on rêver?

Ici, c’est la somme de souffrances et de deuils et bien davantage… que regrette l’adolescent, l’adulte, devenu l’écrivain, Amos Oz, qu’il ne voulait pas devenir…

Natalie Portman, qui vit aujourd’hui en France, ayant fait carrière aux USA après avoir été découverte à 11 ans par Luc Besson dans « Léon », est une actrice americano-israélienne née à Jerusalem. Diplômée d’Havard, intellectuelle engagée, elle a choisi pour son premier film, en tant que réalisatrice (dont elle est également productrice et scénariste) d’adapter l’inadaptable et célèbre roman auto-biographique d’Amos Oz : « Une histoire d’amour et de ténèbres » (« A Tale of Love and Darkness »). Le premier film de Natalie Portman est une œuvre personnelle qui fait référence à la mémoire collective d’un peuple qui est le sien.

Quand les parents d’Amos Oz décident de tout quitter pour aller habiter Jérusalem avec leur fils, Amos, ils réalisent un rêve. Jérusalem, 1945, est alors sous mandat britannique. Les juifs et les arabes y cohabitent difficilement mais avec l’élégance de l’époque. Une visite raconte bien cette cohabitation. Avant la visite chez les arabes qui les ont invité, les recommandations à l’adolescent. Sur place, tout est calme et volupté, un jardin, des dames qui prennent le thé. Un couple d’amis des parents (ceux stigmatisés car ils n’ont pas d’enfants) ont emmené l’adolescent avec eux. Ce couple est bienvenu car il semble que le mari ait rendu un service à la communauté arabe. On envoie alors jouer Amos « avec les enfants », il manque de tomber amoureux d’Aïcha, une gamine de son âge, jolie et brillante, dont il s’étonne qu’elle parle aussi l’hébreu… Finalement, à cause de ce rapprochement naïf et inconscient entre deux adolescents, on a frôlé le drame…

Natalie Portman, l’actrice, interprète Fania, la mère d’un adolescent dont le père, Arieh, pharmacien, est aussi écrivain mais ses livres se vendent peu… Là-bas, on dit qu’un écrivain est « celui qui se projete vers son passé »… Les 5 livres d’Arieh, vendus dans une librairie de Jérusalem, ont été achetés par un ami écrivain à succès mais seul l’adolescent, à qui ses parents l’ont confié pour la journée, s’en est rendu compte…

En février 1947, le gouvernement britannique remet le mandat, qu’il détenait depuis 1920, sur la Palestine aux Nations Unies qui propose la création de deux états ; la résolution de partager la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe est adoptée par l’ONU en novembre 1947. L’antagonisme entre les juifs et les arabes se radicalise et la guerre civile éclate au lendemain du vote. Pourtant, en 1947, l’ONU ayant nommé une commission d’enquête, l’UNSCOP (11 pays), les choses se compliquent tandis que se profile la création de l’état d’Israël.

Fania mourra à 38 ans, la voix off du narrateur le raconte dès les premières minutes du film. Et aussi « Jérusalem est une veuve noire qui dévore ses amants ». On retrouve cette voix off, qu’on devine celle d’Amos Oz, de temps en temps, la réalisatrice n’en abuse pas.

Utilisant tous les procédés avec mesure, comme l’a dit un intervenant après la projection du film, ce lundi matin chez CanalPlus, lors des questions et réponses, on dirait que Natalie Portman a trouvé son style d’instinct dès sa première réalisation d’un film.

De ces procédés cinématographiques dont elle use naturellement, j’ai été particulièrement sensible aux flash-backs sur la jeunesse de Fania, vraie romantique, comprenant mal la montée de l’anti-sémitisme. Fania et ses amies  le temps de l’insouciance et, soudain, des milliers juifs assassinés, des amies qu’on ne reverra plus… Ces retours dans un passé appartenant très vite à une autre vie, comme rêvée, et c’est ainsi que le montre la réalisatrice, sont magnifiques : cet homme jeune et beau, c’est Arieh ou un autre… Cette jeune fille, tellement différente de Fania à Jérusalem (une autre actrice joue le rôle de Fania très jeune) n’est pas encore l’épouse d’Arieh, puis, c’est la Fania de Jérusalem hantant, tel un fantôme, son passé, sa jeunesse,

La mère d’Amos, adolescent, restera jusqu’à sa mort une grande romantique, au sens du mot, capable de se gifler après un conflit, puis de se remaquiller, donner le change, ne rien montrer, le moins possible. Elle a la grippe, des migraines, elle ne dort plus, son mari fréquente une autre femme, elle n’en sait rien mais Amos a vu son père avec une autre femme que sa mère. Et le père pense que son épouse lui en veut au point de… L’adolescent pensera ensuite que sa mère a rencontré la mort comme un amant… C’est la fin du film, pas encore…

Un film bouleversant.

Une phrase du film :

« On ignore tout des autre, même de la personne qu’on épouse… »

 

  • Natalie Portman photos CNM

    Natalie Portman
    photos CNM

Q/A

J’hésite à me mettre en scène s’agissant d’une simple question à la réalisatrice du film (dont j’ai complètement oublié à cet instant que c’est une star internationale) après sa projection ; mais souvenons-nous des débuts des blogs quand les blogs étaient encore des sortes de journaux intimes, ou perçus comme tels, maladroits et excessifs, parfois, dix années ont passé… Et c’est d’ailleurs aujourd’hui ma démarche de revenir à l’esprit des blogs de 2006, de choisir les films qui me paraissent essentiels et de dire mon avis, comme lorsque j’ai ouvert mon blog.

Tout cela pour dire que quand on m’a passé un micro pour les questions d’après le film, j’ai dit à la réalisatrice mon ressenti après avoir vu son film jusqu’au générique de fin : qu’à mi-film, je n’aurais pas posé les mêmes questions, oscillant entre l’égérie de Dior qui exige néanmoins des chaussures et sacs en cuir végétal (La Défense des animaux, ce renard dans son film…), et, qu’à la fin, son  film m’ayant bluffée, une telle leçon de cinéma et de vie,  il ne me restait plus grand chose à lui demander, excepté lui parler de littérature dont elle venait d’avouer qu’elle la préférait au cinéma… La littérature, ce premier amour, indélébile… Non, elle n’avait pas le projet d’écrire un livre, avait-elle répondu à un intervenant. Une adaptation littéraire peut-être? Elle m’a alors répondu, émue, que son projet, c’était de « continuer à lire », un inaudible « keep reading »… Une belle rencontre…

Natalie Portman : lundi 2 mai en de matinée, elle arrive d’Angleterre pour présenter son film, nous sommes en train de le regarder… Quand la lumière s’allume , c’est une jolie femme, mince comme toutes actrices, mais surtout une surdouée ultra-pro et sympa mais complexe, avec, paradoxalement, le luxe de la simplicité et du raffinement en tout. Elle accepte de poser pour une photo pour mon blog avec une gentillesse touchante. Aux quelques proches qui l’accompagnent, elle manifeste sa joie, elle est heureuse pour son film…

Natalie Portman photo CNM

Natalie Portman
photo CNM

 

Buffet CanalPlus, extrait photo CNM

Buffet CanalPlus, extrait
photo CNM

(lundi 2 mai 2016)

Et aussi

« A Tale of Love ans darkness » a été présenté en sélection officielle en séance spéciale au 68° festival de Cannes en 2015.

Ce film dont la sortie en salles en France n’est pas prévue, est programmé, sous le titre anglais et/ou français :  « Une histoire d’amour et de ténèbres », en exclusivité sur CanalPlus Cinéma à l’occasion de leur programmation spéciale #Cannes2016.

Non seulement il est étonnant que ce film n’ait pas été distribué en France depuis sa présentation à Cannes l’année dernière… Quoique les sorties en salles soient en pleine mutation (c’est le moins que l’on puisse dire) : beaucoup de films sortent en VOD, e-cinéma ou directement en DVD, voire en Blu-ray ; quels sont les critères des distributeurs pour faire le choix d’une sortie en salles ou pas?

Sans parler de la trajectoire tout à fait particulière du film « Made in France » (critic du film) qui devait sortir au lendemain des attentats du Bataclan du 13 novembre 2015, un film pourtant tourné deux ans auparavant, mais racontant la préparation d’un attentat sur les Champs Elysées dans quasiment les mêmes conditions. L’affiche modifiée au lendemain des attentats du 13 novembre, la Tour Eiffel ayant remplacé sur les affiches du métro une sinistre Kalashnikov, la sortie du film en salles est repoussée en janvier par le distributeur. Finalement, ce film sort en e-cinéma le 29 janvier 2016, puis, dans l’indifférence quasi-générale, en DVD le 5 avril 2016.

Mais encore, on peut se demander pourquoi « A Tale or Love and darkness », présenté en séance spéciale, n’a pas été sélectionné en compétition de la sélection officielle du 68° festival de Cannes où il avait sa place à bien des égards, il y a d’ailleurs obtenu la Caméra d’or, prix créé pour primer un premier film, toutes catégories confondues.

 

Diffusion

En exclusivité sur CanalPlus CINEMA

programme spécial   69° Festival de Cannes

10 Jours / 10 Nuits du vendredi 13 au dimanche 22 mai 2016

Diffusé le 19 mai 2016 à 20h50

+ rediffusions

Bande annonce

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La BA en VO, soit en hébreu non sous-titré, telle qu’elle a été présentée à Cannes en 2015, est visible sur mon article précédent annonçant le film ci-dessous :

 

« A tale of love and darkness » #Cannes2015 sur Canal+Cinéma

Notre note

5.0 Stars (5,0 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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