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« Made in France » : la force de l’inéluctable/sortie DVD

focus DVD Nicolas Boukhrief, sortie e. Cinéma le 29 janvier 2016 : en DVD/BR le 5 avril 2016

Pitch

Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane, pour infiltrer un groupe de quatre jeunes ayant mission de créer une cellule djihadistes afin de préparer des attentats dans Paris.

Notes


Paradoxalement, ce film dont la sortie fut annulée à cause des les attentats des 13 novembre parce qu’il était en quelque sorte prémonitoire (ce que réfute le réalisateur qui pense que tous les éléments étaient en place depuis des années), qu’il dérangeait, la réalité plus forte que la fiction, quand d’autres l’avaient fait avant lui avec « La Désintégration », oui, ce film comporte une dimension humaine non négligeable.

Si « La Désintégration » était un remarquable constat clinique sur les mécanismes d’endoctrinement, dans « Made in France », on est immergé au cœur d’un groupe de jeunes convertis au Djihad, plus théoriquement qu’en pratique. Car, avant le retour d’Hassan (Dimitri Storage) du Pakistan, les trois autres, Christophe (François Civil), Driss (Nassim Si Ahmed), Sidi (Ahmed Dramé), tournaient en rond, cherchant un sens à leur vie spirituellement vide, en quête d’un moteur existentiel et d’action ; on peut reprocher au film d’avoir choisi des personnages archétypes : Christophe, le converti d’origine bretonne, que personne ne veut appeler Youssef, Driss, le jeune de banlieue « sensible », plutôt agressif, enthousiaste, aimant les armes, les « guns », Sidi, le jeune black influençable, plus porté par l’affection du groupe que par le projet. Quel projet d’ailleurs?

Le début du film montre le discours halluciné d’un imam extrémiste dans une mosquée prêchant qu’il faut renoncer à tout plaisir charnel sur cette terre, dénonçant une société occidentale devenue pornographique. De la curiosité à la conviction, la conversion, il n’y a qu’un pas sur le terreau psychologique et socialement propice que représente la concentration des jeunes des banlieues dites « sensibles », ghettoïsées, de fait.

Sur internet, quelques clics suffisent à trouver le mode d’emploi de la fabrication d’une bombe, « le dark internet » qui ne laisse pas de traces, des copains glauques de copains pour acheter des armes, le premier pas vers l’ivresse des armes, « faire un carton », entre réel et virtuel, la première bévue, et, déjà, un copain perdu par la maladresse ou la traitrise d’un autre. Cet autre, c’est Sam (Malik Zidi), journaliste infiltré pour les besoins de la préparation d’un livre sur le Djihad, musulman pratiquant, de père algérien et mère française (comme le réalisateur), l’intello du groupe, qui apprend à Hassan, méfiant, des rudiments d’arabe et les sourates du Coran.

 

 

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La force du film, c’est l’inéluctable et l’aspect dérisoire des choses, la préparation artisanale et maladroite d’attentats multiples dans Paris dont Hassan garde le secret, excitant les imaginations, l’aspect tragédie grecque, comment tout s’enchaîne par des hasards, l’exaltation d’agir pour une cause considérée, toute échelle des valeurs annihilée, comme noble, les hésitations, la peur du regard de l’autre, la crainte d’être considéré comme un lâche. Sur le fonds, tout est écrit entre les lignes, l’oisiveté, l’amertume, le vide identitaire, le désir d’agir, d’être un héros fut-il négatif (réussir sa mort à défaut de réussir sa vie, en deux mots), pour une cause plus connue par l’intoxication des médias en ligne que par la lecture du Coran que la plupart n’ont jamais lu. Sauf Sam qu’Hassan trouve trop parfait pour être honnête… Un pressentiment qui va faire des dégâts… Au sein du groupe… La folie de Hassan, revenu fanatisé du Pakistan, va se transformer en violence mortifère boomerang contre son propre groupe.

C’est un film profondément triste, Sam est manipulé par la police, le groupe est manipulé par Hassan, et ce dernier, manipulé par la propagande, est la proie consentante, issue d’une société en déliquescence morale et sociétale, pour jouer les soldats de la mort chez les terroristes d’Al Qaïda (ici on ne parle pas de Daech, le film, en préparation depuis plusieurs années, a été monté en janvier 2015). Les acteurs sont poignants, Malik Zidi (Sam), parfait, comme toujours, son personnage dépassé par ce qu’il a initié, comprenant trop tard le fossé entre son projet intellectualisé de livre et la réalité sidérante et galopante du terrain miné où il est devenu indic pour la police et traître pour le groupe, sa famille en danger.

Oui, on sort très triste de la projection du film qui est un constat plus qu’une prise de position ; ainsi (c’est mon commentaire perso) que l’homme est en train de détruire la planète, la faune, la flore, la société de profit, spiritualité zéro, génère ses maux, il faut l’admettre à défaut de le comprendre. Sous les soldats de Daech, individus conditionnés au sacrifice type Kamikaze, transformés en machine à tuer pour des idées, afin de décimer des populations de civils innocents, combien d’intérêts pétroliers sous-jacents dans les interventions militaires de pays « au dessus de tout soupçon »?

Il faut voir ce film. Finalement, programmé direct en VOD à partir du 29 janvier, les distributeurs ayant renoncé à le sortir en salles devant la frilosité des exploitants.

 

 

« J’étais l’homme le plus riche du monde, l’or m’a ruiné »

(Blaise Cendrars)

 

Diffusion

Diffusé sur toutes les plateformes de VOD dont TF1VOD

A partir du 29 janvier 2016

Sortie DVD et BR le 5 avril 2016

 

 

 

Post publié le 28 janvier 2016

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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