photo Warner Bros

« Au coeur de l’océan » (« In the heart of the sea ») : la vérité sur « Moby dick »

focus film Ron Howard, sortie le 9 décembre 2015

Pitch

30 ans après le naufrage de l'Essex en 1820, Herman Melville arrive à Nantucket afin d'acheter les confidences du dernier des rescapés, le récit du drame sera la trame du futur "Moby dick"...

Notes

Herman Melville (Ben Whishaw) arrive à Nantucket dans l’état du Massachusetts, célèbre port du commerce de l’huile de baleine, à la recherche du dernier rescapé du naufrage du baleinier « Essex » dont il veut acheter le récit du drame, hors, l’homme, encore traumatisé 30 ans plus tard, ne veut pas parler, puis, accepte sous l’injonction de son épouse. Sur L’Essex, il avait 14 ans, moussaillon affecté aux corvées…

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En hiver 1820, le baleinier Essex, basé à Nantucket, s’apprête à prendre la mer en direction du pacifique. Hors, dans les bureaux de la compagnie maritime, un marin aguerri, Owen Chase (Chris Hemsworth), se voit refuser la promotion promise de capitaine au profit d’un proche des actionnaires de la compagnie, l’inexpérimenté George Pollard (Benjamin Walker). D’entrée, on présente les deux hommes sur leurs lieux de vie, l’un est de condition modeste, l’autre de la grande bourgeoisie ayant pris la place du premier. Au facteur social, va se substituer le facteur humain mais au moment du basculement de ce film d’aventures dans la tragédie la plus cruelle. Auparavant, George Pollard ne tarde pas à prendre de l’assurance et à donner des ordres irresponsables en contradiction avec ce qu’en pense son second, Owen Chase, qui, lui, malgré sa hardiesse, connait bien la mer. La mésentente entre les deux hommes dépasse leur différence de statut, l’un, qu’on a propulsé en mer malgré lui, veut être digne de son rang, l’autre est un baroudeur pragmatique sans peur. Cette guerre d’autorité va cesser avec le déchaînement des éléments. En premier lieu, l’Essex est attaqué par une baleine énorme se comportant en justicier… Ce qui va redistribuer les cartes, ce n’est plus la baleine qui est chassée mais l’homme, la proie devient l’agresseur.

A l’époque, il paraissait normal d’aller dépecer des baleines afin d’en extraire de l’huile, les compagnies maritimes faisaient fortune et l’équipage payé, souvent grassement, au rendement, accélérait la cadence, parfois avec imprudence, ne voyant rien de mal à exercer leur difficile métier ; aujourd’hui, on regarde naturellement les choses autrement. Pour gagner du temps, à l’époque, on dépeçait les animaux à même le bateau et on extrayait l’huile de la graisse animale dans la cale. Une méthode qui va se retourner contre le bateau baleinier qui, à cause des matières inflammables à bord, prendra feu en plein mer, scène insensée filmée magnifiquement par Ron Howard.

On peut voir le film de deux façons : la première, classique, qui est celle du réalisateur, du combat perdu d’avance de l’homme face à la nature, les éléments, les animaux avec le symbole du cachalot monstrueux, etc… Un constat qui aujourd’hui trouve un écho dans la tardive prise de conscience écologique de la destruction de la planète par l’homme pour cause de profit. On peut y voir aussi la vengeance d’un animal sur l’homme qui le menace lui et sa race, une baleine au comportement quasiment humain face à un capitaine de baleinier, son ennemi, et, là, on rejoint l’angle du roman « Moby dick ».

Mais est-ce tellement différent? L’approche scientifique et factuelle du film « Au coeur de l’océan » va rationaliser la fiction imaginée par Herman Melville à partir de faits réels. En agissant par flash-back, on assiste aussi à la genèse de la création littéraire quand l’écrivain écoute le récit du dernier rescapé qui tremble que soient divulguées ses confidences sur la survie ce l’équipage après le naufrage dont il ne gardera que l’essence romanesque des évènements. Inutile de dire que j’ai beaucoup aimé cette approche.

Je craignais le traitement de la survie de l’équipage reparti, pour ceux qui restent , dans trois canots, bientôt seulement deux, quatre marins choisissant de rester sur une île minuscule, affamés, les autres repartant en mer, tous décharnés, squelettiques, malades. Mais Ron Howard va privilégier, comme tout au long du film, l’humain : après le vain combat de l’homme face à la nature, celui dérisoire des hommes entre eux, les hommes vont affronter un combat ultime, beaucoup plus féroce : celui avec leur conscience et leur notion de bien et de mal quand il s’agira de valider des méthodes de survie impensables hors contexte que les rescapés, une fois de retour, n’oublieront jamais car revient-on jamais mentalement de l’horreur…

 

 

 

 

 

Et aussi

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Ron Howard réussit le difficile pari de montrer sans montrer l’innommable, d’être à la fois réaliste et pudique, et c’est là un tour de force que cette volonté de zéro complaisance sur des événements insoutenables et surtout cette absence de jugement sur les hommes réduits à leur condition de mortels au seuil d’une mort probable. On peut intellectualiser les choses, les viscéraliser, ou les deux, le récit ouvre bien des portes de réflexion et de remise en cause étrangement en phase avec l’actualité.

Outre les images superbes, l’atmosphère parfaitement restituée du film d’aventures de genre avec ses codes mais modernisé subtilement par les techniques d’aujourd’hui, la perpétuelle mise en perspective des évènements en fonction du contexte est toujours au rendez-vous pour expliquer l’inexplicable, démontrer la descente aux enfers de l’équipage de l’Essex, palier par palier. Longtemps maintenu « en immersion » avec l’équipage, le spectateur redescend sur terre avec les rescapés pour une fin plus compactée traitée en épilogue. Les seuls bémols, il faut bien en trouver un ou deux pour sortir de l’ébahissement du spectateur captivé et revenir au « regard du blogger », est l’utilisation de la musique souvent en sur-régime, et un problème de crédibilité avec l’amaigrissement spectaculaire des acteurs mort-vivants en mer qu’on retrouve ayant repris du poids un peu rapidement après leur sauvetage.

En conclusion, ce film devrait mettre tout le monde d’accord du grand public au cinéphile tatillon, chronique d’un succès annoncé? Je le souhaite…

Notre note

4.5 Stars (4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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