« Bellissima » : Nouvelle star avant l’heure

Luchino Visconti, 1951

Pitch

A Rome, un concours a lieu a Cinecitta pour trouver la fillette qui sera le vedette du prochain film d'un grand réalisateur. Les mères en quête de gloire s'y bousculent, parmi elles, Maddalena Cecconi qui va se ruiner pour pousser Maria, sa fille de 7 ans.

Un des premiers films de Visconti qu’on peut clairement rattacher au néoréalisme italien, filmant en noir et blanc l’effervescence des classes populaires habitant dans des cités de la périphérie de Rome. Un sujet moderne tout à fait plausible aujourd’hui quand on suit les reportages sur l’entourage des candidats de « La Nouvelle star », par exemple… Maddelena, qui aurait voulu être une artiste, a tout misé sur sa petite fille de 7 ans, Maria, pour essayer d’en faire une star à sa place. Quand un casting géant est organisé à Cinecitta par le réalisateur Biasettti afin de choisir la jeune actrice de son prochain film, une foule de mères romaines se précipite avec des fillettes déguisées en poupées sages. Maddalena apprête Maria qui décroche de passer en seconde audition.
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Là, les événements s’accélèrent, des parasites surgissent sous la forme d’une vieille actrice qui fait intrusion chez Maddalena pour vendre quasiment de force des cours de diction à Maria, ayant eu les adresses des finalistes par la production, ou d’un play-boy qui demande 50 000 lires pour feindre de pistonner Maria auprès du metteur en scène, somme avec laquelle il s’offre un scooter. A la fois dupe et pas dupe, Maddalena se laisse charmer par l’assistant du réalisateur.
Univers matriarcal, les hommes sont anecdotiques, dans l’immeuble qu’habite la famille Cecconi, un groupe de voisines harpies débarque dans l’escalier, sur le seuil, pour se mêler de tout, le mari de Maddalena est négligé, considéré comme un gêneur à la transformation de de la petite Maria en ayant mis quelques économies de côté pour construire une maison, argent dilapidé dans son dos par Maddelena. Le film est féroce, la fillette, n’a rien d’une star en herbe, petite et émotive, elle zozotte, un coiffeur hors de prix lui ayant saccagé les cheveux, Maria, privée de nattes, a l’air d’un garçonnet, on lui taille une frange. Lors de l’audition finale, elle s’y  reprend à dix fois pour souffler les bougies d’un gâteau d’anniversaire, puis, sanglote bruyamment de désespoir (long plan sur le visage de la fillette hurlant).Pourtant, Visconti, cette fois-ci, va donner une note positive en concédant une fin morale. Il faut à Maddalena regarder en cachette le film de l’audition de Maria et entendre les moqueries des gens de cinéma pour se rendre compte de ce qu’elle était en train de faire subir à sa fille. Mieux vaut être fan de « la » Magnani pour apprécier le film tel qu’il est car c’est un véritable show auquel se livre l’actrice, extravertie au delà du possible, houspillant, vitupérant, charmant, un grand numéro d’actrice qui date un peu aujourd »hui. Filmé

en décors naturels, cette confrontation du « petit peuple romain » plein d’illusions avec le milieu  sophistiqué et chimérique du cinéma donne un film  naturellement fort qu’on oublie pas : qu’on oublie d’autant moins que le même spectacle nous est servi depuis quelques années avec l’irruption de la téléréalité genre « Star ac » où on est toujours frappé de lire ou d’écouter les interviews des familles des candidats, pour la grand majorité, des mères qui chantaient aussi, des pères musiciens, etc… Un grand classique.

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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