« Carlos » (première/seconde parties) : terrorisme et star-sytem

Cannes sélection officielle, hors compétition, Olivier Assayas 2010, diffusé sur Canal+/sortie DVD, sortie film 7 juillet 2010

Pitch

L'énigme d'Illich Ramirez Sanchez qui fut pendant 20 ans, de ses débuts en 1974 à son arrestation en 1994 à Khartoum, le terroriste le plus recherché de la planète : ses hérénonymes, ses engagements politiques du départ, le guerrier et sa lutte sans fin.

En classant mon article dans la rubrique adéquate du blog, je ne sais plus s’il faut que ce soit dans TV ou Cinéma… compte tenu de la polémique sur le film d’Olivier Assayas, exclu de la compétition au 63° festival de Cannes, catalogué « Téléfim » à cause de son financement par une télévision (en l’occurrence Canal+ et Arte également).  A cause de sa diffusion sur Canal+ où ce film de 5h30 est redécoupé en trois tranches et rebaptisé « mini-série ». Comble : la France sera le seul pays où le film ne sortira pas en salles! Je viens de suivre la conférence de presse de l’équipe du film de « Carlos » sur TV Festival et Olivier Assayas a réagi violemment aux questions de la presse sur son exclusion de la compétition, raillant que si un film est financé par le trafic de drogue, ça ne dérange personne… A l’évidence, il s’agit de corporatisme et la presse étrangère de s’étonner que la France se prive d’un tel film en compétition.

CARLOS PARTIE 1 / 1973/1975
La lutte armée : »Derrière chaque balle, il y aura une idée » (Carlos)

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La première partie se termine quasiment sur la tuerie de la rue Toullier pour laquelle Carlos fut inculpé plus tard. L’appartement d’une petite amie de Carlos, occupé par une bande de jeunes militants faisant la fête en jouant de la guitare, la police surgit. Donné par André, son supérieur hiérarchique en France, lui-même arrêté par la DST, Carlos bluffe en niant qu’il ne le connaît pas. Mieux, c’est à la demande de Carlos, tablant que son chef jouera le jeu de se taire, que le commissaire de police va chercher cet André pour l’amener dans l’appartement pour une confrontation. Aussitôt, Carlos, méfiant, véritable guerrier parant à toute éventualité, va chercher une arme. Dès qu’André le balance, il tire sur tout le monde et s’enfuit, avant de retourner sur ses pas pour tirer une balle sup dans la tête du donneur. Après la tuerie de la rue Toullier, lourd bilan, deux policiers de la DST tués, un blessé, André/Michel Moukharbal abattu à bout portant. Carlos quitte la France pour se cacher à Aden, se laisse aller, gros, barbu. Il est alors recruté pour s’entraîner à devenir un vrai mercenaire… La première partie de cette « Mini-série » sur Canal+ stoppe en fait avant la conférence de l’OPEP à Vienne en décembre 1975…


photo Canal Plus

Dans cette première partie, il est surtout question de de l’engagement politique de Carlos, du terrorisme au service d’une « cause », avec les fractions allemandes, japonaises, palestiniennes, etc.. Ce qui brosse en même temps, et c’est sans doute le plus intéressant, au delà de la fascination d’Assayas pour la star Carlos, le portrait d’une époque.
Carlos et la politique : relié au FPLP (Front pour la libération de la Palestine) qui s’oppose notamment aux positions d’Arrafat, considéré comme un traître, Carlos est d’abord sous les ordres du chef du FPLP qu’il rencontre à Beyrouth et à qui il propose ses services en 1973 ; leur envoyé en France, Mohamed Boudia, venant d’être tué par le Mossad dans un attentat, Carlos le remplace sous les ordres d’André. A Londres en hiver 1974, Carlos abbat froidement le propriétaire de Mark and Spencers, vice-président de la fédération sioniste, dans sa maison (l’homme, nu, sort de sa salles de bain). C’est après ce premier acte terroriste qu’Illich Ramirez Sanchez, originaire du Vénézuela,  décide de se faire appeler Carlos. En septembre 1974, Carlos soutient un commando de l’armée rouge japonaise qui prend en otage  l’ambassade de France à La Haye afin de faire libérer un collègue terroriste de la prison de la Santé. Evocation de Chirac, premier ministre, de Pompidou qui vient de mourir, de Michel Poniatowski, ministre de l’intérieur, du commissaire Broussard, attentat manqué au lance-roquettes du FPLP à Orly contre un avion de la compagnie El-Al (janvier 1975), attentat du drugstore Saint Germain à Paris, plongée dans la violence des années 70. Le film inserre d’ailleurs un certains nombre d’images d’archives de l’époque sans en abuser.

photo Canal Plus

« Les armes sont une extension de mon corps » (Carlos)Carlos et les femmes : séducteur macho aux multiples maîtresses, Carlos s’attache à une compatriote Vénézuelienne, Anselma Lopez. Dans une des premières scènes avec une femme, on associe sexe et mort par des jeux érotiques avec une arme. Mais sous le déluge de testostérone surligné par le scénario, la mise en scène, les femmes, les armes, la violence à froid, l’absence de peur, le corps épaissi du personnage, la vitesse pour tuer, le réalisateur ne peut s’empêcher de faire de Carlos un dandy du terrorisme, surdoué et stratège, sous ses allures ostentatoires de macho. Comme l’a dit Assayas lors de la conférence de presse, ce désir paradoxal d’être à la fois un terroriste agissant dans la clandestinité et une star dont le monde entier va connaître le visage va finalement perdre Carlos et le faire arrêter, d’autres terroristes comme lui sont en liberté encore aujourd’hui. C’est sans doute cette vocation pour le star-système qui fascine aujourd’hui, un homme de l’ombre qui veut être dans la lumière… (le film sur Mesrine montrait le même type de personnage).

Un début de film un peu lent à s’installer, troué de belles séquences d’action, violence, dans le mouvement, la vitesse, un film qui semble prendre son élan au fur et à mesure, allant crescendo, malheureusement, il faut attendre une semaine avant chaque partie du film. Partie 2 : le 25 mai et Partie 3 le 2 Juin 2010.

 


photo Canal Plus


CARLOS PARTIE 2 / 1975

Du militant anti-impérialiste au mercenaire :

« Je suis un soldat, je n’ai rien d’un martyr » (Carlos)

La seconde partie traite essentiellement de la prise d’otages des ministres de l’OPEP réunis à Vienne en décembre 1975. Une attaque spectaculaire suivie d’un exode en avion, le commando de Carlos emmenant avec eux tous les ministres otages. Carlos veut aller à Bagdad, on le convainc de passer par Alger, mais c’est le piège, le président algérien Boumedienne et son ministre des affaires étrangères de l’époque Abdelaziz Bouteflika ont négocié avec les Saoudiens la libération de leur ministre. Carlos libère les otages qu’il a catalogué « neutres » et « amis » et part en avion pour la Libye avec les otages « ennemis » (parmi eux, l’Arabie saoudite et l’Iran). Malheureusement pour lui, un responsable Lybien ayant été tué par ses soins à Vienne, on lui refuse l’asile, ne pouvant plus atterrir nulle part, Carlos et l’équipage reviennent à Alger. C’est là le tournant de la « carrière » de Carlos, du terroriste au service d’une cause, du militant anti-impérialiste. Contre l’avis de ses camarades fanatiques, qui préfèrent mourir que trahir la cause, Carlos accepte 20 millions de dollars des Saoudiens en échange de la libération de tous les otages sous le prétexte que la révolution a besoin de cet argent. De retour au Yemen, Carlos, qui a agi contre les ordres de Waddie Haddad, le chef du FPLP, est viré! Il décide de monter sa propre organisation. Pour cela, il recrute parmi les rescapés des cellules révolutionnaires allemandes. Au passage, il séduit sans vergogne Maddalena Kopp, la compagne du chef allemand… La seconde partie stoppe à Berlin Est où on lui propose de prendre la place de Waddie Haddad qui vient de mourir d’une leucémie, une place qu’il compte aménager à son avantage.

 


photo Canal Plus


Carlos et le Che : Coiffé du béret du Che, Carlos devient un personnage mégalo, se présentant par son nom, signant son premier autographe, une star qui veut parler aux ministres d’égal à égal, être respecté par eux et leur serrer la main… Il confie au ministre Vénézuélien, son compatriote, qu’il a choisi de s’appeler Carlos en hommage à un président humaniste du Venezuela. Cette paradoxale quête de respectabilité est son point faible, sans doute le seul.

Le réalisateur poursuit d’appréhender le personnage Carlos de manière factuelle sans psychologie. On imagine en filigrane que le terroriste, se sachant plus intelligent, plus stratège et déterminé que les autres, ne supportant pas en conséquence de ne pas être le chef, a accumulé les déceptions de ne pas être considéré comme il se considère : un chef de la lutte armée au service du tiers-monde, une sorte de héros défendant les plus démunis en utilisant sans états d’âme le terrorisme comme arme. Carlos n’est seulement un guerrier, il a l’âme d’un chef. Sans cause politique à défendre compatible avec le culte du moi, cette célébrité dont il a besoin pour exister, il deviendra un mercenaire à la solde de différents pays.

La tension monte dans cette seconde partie, la prise d’otages à Vienne est saisissante, les scènes d’actions bluffantes… La troisième et dernière partie le 2 juin 2010 à 20h45…

CARLOS PARTIE 3 /

Le déclin jusqu’à l’arrestation à Khartoum en 1994 par des agents français de la DST.

PS. La version de « Carlos » qui sort au cinéma le 7 juillet 2010 est d’environ 2h45 au lieu de 5h30 la version TV/DVD.


Site officiel…

21/05/2010

 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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