« Chair de poule » : film noir français, modèle US

Julien Duvivier, 1963

 

Adapté d’un roman de James Hadley Chase, c’est une variante sur le thème du « Facteur sonne toujours deux fois » de James Mac Cain, la passion en moins remplacée par l’amitié virile. Duvivier en fait un film français années 60 se passant dans le midi de la France tout en conservant le décor et le sujet du roman américain : un homme est marié à une garce trop jeune et belle pour lui quand l’arrivée d’un étranger va la faire passer à l’acte : allumer le nouveau venu afin de l’aider à tuer son mari pour empocher le magot. Le tout dans un lieu isolé avec la fameuse station d’essence minable mais rentable qui entraîne des allers et venues incessantes.Après un cambriolage raté sous la pluie avec homicide, Daniel (Robert Hossein), blessé par balle, est arrêté et écope de 20 ans de prison, Paul, son complice et ami d’enfance, lui, en réchappe. Les deux hommes travaillaient dans un atelier de serrurerie. Sans avoir l’air d’y toucher, on montre l’ami rescapé du cambriolage, Paul, au physique angélique (le beau Jean Sorel), disant à sa femme qu’il ne compte pas passer ses jours dans leur HLM.


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La plus grande partie du film concerne l’après-évasion de Daniel et son installation comme commis au très isolé Relais du col appartenant à Thomas, un garagiste qu’il a rencontré sur la route. Les deux hommes se lient d’amitié tandis que Maria, l’épouse femme fatale, tente de chasser l’intrus de la maison quand une information lui fait changer d’attitude : elle apprend que Daniel est recherché par la police et serrurier de métier… Vampant alors Daniel, la pulpeuse Maria n’a qu’une idée en tête, qu’il ouvre le coffre-fort de son mari pour s’emparer du butin. Mais Daniel ne veut pas trahir Thomas…
Arrivé en renfort au Relais du col, Paul va se comporter comme Daniel a refusé de se comporter, formant avec Maria un couple de salauds sans scrupules qui se valent, prêts à tout pour sortir de leur condition sociale, en cela aussi, c’est bien d’un film noir qu’il s’agit, des individus ordinaires que leur statut social dans la société insupporte et conduit à tout pour en sortir y compris au crime crapuleux. La femme fatale sortie de la fange dont elle donne plusieurs versions, jamais la même, l’esprit étant qu’elle ne veut y retourner sous aucun prétexte.

Qui n’a pas vu le Robert Hossein des années 60, celui du « Repos du guerrier », « Toi, le venin » ou « Les Yeux cernés » (et même « Angélique »), ne peut pas comprendre pourquoi toutes les femmes craquaient pour cet acteur virilissime à la voix rauque et sensuelle, irrésistible… Face à lui, le superbe Jean Sorel (« Belle de jour »), trop beau, trop lisse, très bien casté à contre-emploi, et dans le rôle du vieux mari trompé Georges Wilson. On note une furtive apparition de Jean Lefèvre dans le rôle d’un curé client du Relais du col. Maria, la garce, c’est Catherine Rouvel, une des actrices bombes de l’époque toute en formes et sensualité explosive.Le récit souffre d’un trop plein de cadavres et de revirements, ça finit par lasser vers la moité du film, si on ajoute le beau-frère de Thomas et son fils, ça fait beaucoup trop de crapules et ça banalise les crimes… Mais ça se regarde très volontiers, l’ambiance film noir, la nuit, la pluie, l’établissement lugubre au sommet de nulle part, la musique très sixties avec ce petit air latino pendant une tuerie (assez moderne), la volupté de regarder ce face à face Robert Hossein/Jean Sorel, on ne va pas se gêner…


Michèle Mercier et Robert Hossein dans la série des « Angélique »

 

Vu sur Ciné-Polar, rediff le  Jeudi 30 juillet à 19h15 et le mardi 04 aout à 17h20.

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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