« Cracks » : pas de réalité pour Miss G

Jordan Scott, sortie 30 décembre 2009

Pitch

Dans un pensionnat anglais en 1934, un groupe de jeunes filles insolentes est fasciné par leur professeur principal, la romanesque Miss G. Mais l'arrivée d'une nouvelle élève en cours d'année va changer la donne et provoquer un drame.

Dès les premières images, on pense à « Picnic at Hanging rock » version anglaise, un pensionnat de jeunes filles qui vont se perdre… Mais la comparaison s’avère bien lointaine, un peu l’ambiance au début… Ici, le film est centré sur le personnage de Miss G, le professeur principal d’une équipe (team) de pensionnaires et ses rapports tordus avec ce groupe de jeunes filles. Et là, le parti pris d’isoler Miss G et son groupe en supprimant rapidement les personnages secondaires, l’environnement, les activités annexes, va enliser le récit qui devient répétitif et rétrécit.
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Au début, on montre un pensionnat avec ses lieux clés : la chapelle du château, le réfectoire, le dortoir. Ensuite, on ne verra plus que Miss G et ses élèves, Miss G et la nouvelle élève, les élèves et la nouvelle élève… Car l’arrivée de Fiamma, aristocrate espagnole visiblement punie par son père et enfermée quelques temps en pension, va enflammer le coeur de Miss G et provoquer la jalousie de Di, l’autoritaire chef de groupe jusqu’alors la préférée de Miss G.

 


photo Studio Canal

Miss G est un rôle en or pour une comédienne, omniprésente à l’écran, passant de la joie au désespoir, aussi cruelle que fragile et Eva Green dont le physique rétro colle parfaitement à l’emploi va faire des étincelles en conservant le mystère du personnage… Miss G, une vamp exaltée et romanesque, ayant tout pouvoir sur un groupe de jeunes filles en extase et qui va soudain perdre le contrôle pour une élève venue d’ailleurs qui la regarde pas. Les récits de voyages et d’amours passionnés de Miss G  à ses élèves captivées tombent à plat devant l’indépendante Fiamma qui y reconnaît un jour un passage d’un roman qu’elle a lu aussi… Miss G, dont l’indifférence de Fiamma remet en question la toute puissance, se met alors en tête de la séduire se persuadant qu’elle a trouvé une égale quand la réalité est que Fiamma représente la femme libre idéalisée qu’elle aurait aimé être. On se rend compte par petites touches que Miss G est une fabulatrice, ancienne élève de l’école qui n’a sans doute jamais quitté la région, fascinée par les voyages qu’a déjà fait Fiamma avec son père et par son passé d’amoureuse qui l’aurait conduite en pension… Bien vu la scène où Miss G va à la boulangerie du village voisin, complètement paniquée d’être sortie du pensionnat et de son monde illusoire.
 


photo Studio Canal

Malheureusement, le film ne tire parti ni de son sujet ni de sa sombre bâtisse (quelques rares couloirs sombres…) ni de ses interprètes… Pourtant Eva Green/Miss G ou Di/Juno Temple sont très intéressantes au delà de leur beauté, que la réalisatrice aime filmer leurs regards, leurs corps, leurs costumes raffinés (avec Eva Green, corps de rêve et regard marine, égérie de Dior ayant participé aux costumes, elle est servie) ne suffit pas à créer une atmosphère même dans un château isolé au bord de l’eau en pleine campagne! On n’en finit pas de montrer le groupe allant plonger par tous les temps exhorté par Miss G à se dépasser alternant avec les scènes d’intimité dans la partie chamarée du dortoir qu’occupe le groupe (peu plausible en pension…), exit le reste du pensionnat… Quand on finit par traiter le sujet de l’homosexualité féminine, c’est tardivement et au pas de course et sans oser vraiment, on mélange un peu tout, la colère du groupe refusant la réalité, le dépit de Miss G que la peur d’être démasquée fait basculer dans la folie, la chute de l’icône en même temps que la fin de l’innocence pour les élèves… Reste une très belle interprétation d’Eva Green qui ose en solo et aurait pu aller beaucoup plus loin dans la folie et la noirceur du personnage de Miss G… si on le lui avait demandé… 


photo Studio Canal


Premier long-métrage d’une réalisatrice anglaise, Jordan Scott, le film, tiré d’un roman « Cracks » qui se passait en Afrique du sud dans les années 60, a été tourné en Irlande et transposé dans l’Angleterre des années 30. Il semble que le personnage de Miss G soit nettement plus noir et borderline dans le roman et ce n’aurait sans doute pas été plus mal de l’adapter tel quel…
 


photo Studio Canal

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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