"Easy rider" : born to be wild

Dennis Hopper, 1969
A l’occasion de l’anniversaire des 40 ans de mai 68, on croule sous les rétrospectives,  j’en rajoute pour le volet cinéma… j’ai réuni les critiques d’une douzaine de  films qui, marquent bien l’esprit libertaire 68 qui n’existe malheureusement plus…, surtout pas depuis le 6 mai dernier.. ou/et  reflètent la production de la fin des années 60… Voir la liste et les critiques dans la nouvelle rubrique événementielle créée pour la saison : Ciné68…

C’est la référence du road movie, le film rock, le film cultissime par excellence, un ovni qui s’abat sur le cinéma américain des studios en crise tourné en 1969 par Dennis Hopper, alors acteur un peu sur la touche, sur une idée de lui-même et Peter Fonda, acteur débutant difficilement à Hollywood, aussi défoncés pendant le tournage que leurs personnages d’après la légende (et qui passeront ensuite des années à se disputer la paternité de l’histoire)… Quel départ en moto sur « Born to be wild  » de Steppenwolf (à écouter sur le trailer en bas de l’article)! Pendant une grande partie du film, on a l’impression que le scénario se construit au fil de la ballade de LA à la Nouvelle Orléans car il y a bien une idée de départ et un message mais dans l’intervalle, des haltes, des rencontres, des trips… Après un deal de drogue, Wyatt (Peter Fonda) et Billy (Dennis Hopper) vont traverser les USA en moto pour se rendre au carnaval de la Nouvelle Orléans. Cette Amérique profonde, tout d’abord peuplée au fil du récit par des citadins jeunes comme eux devenus hippies dans des communautés, va chemin faisant laisser place à l’Amérique profonde intolérante qui ne supporte pas les cheveux longs…
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Un repas chez des cathos, une halte dans une communauté qui sème inlassablement sur du sable où rien ne pousse, flanquée d’une troupe de mimes totalement barge, un bain collectif avec deux filles hippies dans une source… Une rencontre en prison avec Hanson, un fils à papa avocat et alcoolique (Nicholson), trop bavard (sa partition, très écrite, tranche avec l’ensemble, les deux autres s’adressent à peine quelques mots, ponctués de « man ») dont ils se débarrasseront. Le second départ de non pas deux mais trois personnages sur deux motos, Nicholson avec un casque doré offert par sa mère, Fonda trop beau, lunettes fumées et casque avec drapeau US, Hopper (incroyable) vêtu de sa veste à franges, collier en os autour du cou, bandana… Hopper faisant l’oiseau sur sa moto en moulinant les bras, un coucou à un troupeau de moutons…


photo Columbia tristar

Au passage, seul Nicholson, dont c’est la première apparition à l’écran (remplaçant au pied levé un autre acteur démisionnaire), a déjà des tics d’acteur d’instinct, on voit qu’il joue, les deux autres, Fonda et Hopper, sont en sous-jeu tout le temps, on a l’impression qu’on les filme dans un documentaire, d’un naturel ébourriffant. Nicholson/Hanson leur a donné l’adresse d’un bordel à la Nouvelle Orléans dont ils feront bon usage… Scène d’orgie avec deux prostituées qu’ils ont emmené au carnaval sur fond religieux, jusqu’entre les tombes d’un cimetière, et un kaléidoscope d’images virant souvent au n’importe quoi pour mettre le spectateur dans le même état que les protagonistes en plein trip de LSD…
Auparavant, un stop dans un coffe-shop marque le tournant des utopies libertaires : les autochtones, les hommes du sud, veulent leur peau, leurs filles veulent faire un tour sur leur moto, c’en est trop… La fin est noire et expéditive, il n’y a pas de place pour ceux qui prêchent un danger qui s’appelle liberté, pamphlet hippie peace and love plus ou moins aménagé car les deux compères sont au départ des dealers. Mais le film est une sorte de conte manichéen, d’un côté le manifeste hédoniste (le « jouir sans entraves » de mai 68), de l’autre, l’intolérance de la middle class américaine raciste qui veut qu’aucun cheveu ne dépasse d’une tête, une horreur de la différence qui ira jusqu’au crime…

Film incontournable, jamais, à l’aube du Nouvel Hollywood on avait vu une telle liberté de filmer, des images de la route comme tournées à moto (souvent belles, des paysages désertiques, quelques habitations, l’Amérique profonde), des images quelquefois psychédéliques visant à montrer au spectateur les paradis artificiels ressentis, vus par les protagonistes défoncés (à moins que cette façon de filmer ne leur soit venue naturellement mais qu’importe…), des images à l’image du message… Quant à la BO, Steppenwolf, The Byrds, Jimmy Hendrix expérience, etc…, devenus depuis des classiques du rock…  Un moment de cinéma jubilatoire…

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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