« Janis (little blue girl) » : de la paria à la star…

focus film Amy J. Berg, sortie le 6 janvier 2016

Pitch

La vie courte vie de Janis Joplin, icône du rock, reine du blues, de son adolescence au Texas au Summer of love de San Francisco...

Notes

Durant le générique de fin, John Lennon (Yoko Ono à ses côtés), qui était le destinataire posthume d’un message d’anniversaire de Janis Joplin, dit en réponse à la question d’un journaliste sur les overdoses dans le milieu de la musique « il faudrait surtout savoir pourquoi les gens se droguent. »

Car Janis Joplin, rock star unique et flamboyante, est morte d’une OD a 27 ans. Comme Jimmi Hendrix (15 jours après) ou Jim Morrison (1971) ou Brian Jones (1969) à la même époque (« le club des 27 », rock stars mortes d’OD à 27 ans).

Ici il faut revenir à l’histoire individuelle d’un vilain petit canard, adolescente harcelée et moquée, des années durant, dans son lycée de Port-Arthur au Texas. Ce que fait très bien le doc en retournant sur les lieux du crime. Sont interviewés la sœur et le frère de Janis Joplin et certains de ses proches comme ce journaliste qui confie à demi-mot avoir eu une relation intime avec elle mais surtout amicale.

Adolescente Janis, née en 1943, n’a pas un look de poupée, elle a plutôt le physique de la meilleure copine, les traits épais, elle cumule problèmes de surpoids et d’acné. Rien que de très banal sauf que Janis rêve de pouvoir de séduction. Pour se faire remarquer, elle gêne ses amis en buvant, hurlant dans les bars, provoquant parfois des bagarres, témoigne un ancien copain, on la fuit. Au lycée, elle est devenue une paria, un exutoire, blessure jamais refermée (quelques mois avant sa mort, retour à Port-Arthur, célèbre, les gens ont oublié, pas elle, mais elle sourit.. )

Ayant découverte l’incroyable puissance de sa voix, Janis Joplin part pour Austin, elle s’y sent mieux, bluegrass et folk, concerts live, elle crée un petit groupe mais elle est quand même élue « L’homme le plus laid de l’année ».

photos Happiness distribution

photos Happiness distribution

JJ va alors à la rencontre de son destin à San Francisco vers 1963 où elle va naître véritablement, soustraite aux quolibets, aux agressions des autres, la ville où elle va, par son succès, enfin devenir objet du désir…. Longtemps, elle est le centre du groupe « Big brother » , avec ses musiciens, elle a une attitude maternelle, un brin possessive. Puis, séparée de son groupe, le solo, la gloire mais beaucoup de solitude.

Paradoxalement, JJ n’est aucunement fâchée avec sa famille, notamment avec sa mère à qui elle écrit jusqu’à la fin des lettres sincères et touchantes. Elle est revenue au Texas vers 1965/1966 comme suite à une aventure avec un junkie excentrique, vivant tous les deux dans un loft vide. Lui passant ses journées à taper une belle contre un mur, junkie, JJ l’est devenue aussi. Un type qui va finir par la plaquer, le comble… Sa mère la mettre en garde  » si tu y retournes (à SF). Tu vas mourir… »

Elle noue une relation forte avec un artiste qui finira par partir ne supportant plus son addiction à la drogue. Quand elle meurt d’une OD (en octobre 1970) dans sa chambre d’hôtel (son dernier disque, « Pearl », sortira après sa mort) on trouvera une lettre de lui arrivée trop tard lui proposant de le rejoindre à Katmandou. Une overdose après des mois d’abstinence…

 

Et aussi

photos Happiness distribution

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Le film est un modèle de documentaire expliquant l’humain, les causes et les conséquences d’un parcours de vie, démontrant l’intrication vie privée et vie publique, donnant la part belle aussi aux extraits des concerts immenses de JJ comme celui de Monterey en tunique et pantalon blanc crème et pailletée, ses mules tapant le rythme, l’assistance médusée par la puissance de sa voix et la viscéralisation de ses chansons dont un critique a dit « un chant d’accouplement désespéré ». Les chansons de Janis Joplin sont le reflet de sa vie personnelle à la différence que sur scène elle reçoit de l’amour et se livre sans filets, bouleversé, le public le ressent. On voit aussi combien la mode hippie (Flower power) de l’époque a rendu Janis, par ailleurs, très amincie, belle à défaut d’être mièvrement jolie, parée de ces merveilleux vêtements de l’époque, elle, souvent des plumes dans les cheveux, longs, cuivrés, naturels. Prémices de la fin du Summer of love gangréné par les drogues dures mais ayant créé des météores de génie y puisant leurs forces et leur créativité (l’utopie du peace and love est encore présente, le nihilisme punk viendra plus tard).

Janis, surnommée « The Queen of The Blues » ou « La Reine de la saoul psychédélique », extravertie et bruyante, désirant la célébrité pour consoler l’ado maltraitée, espérant l’amour comme tout le monde en n’étant comme personne, se brûlant à sa rage de vivre intensément. Janis Joplin, c’est le feu, un météore incandescent ayant cessé sa vie terrestre à 27 ans mais vivant dans la légende du rock pour toujours.

La réalisatrice Amy J. Berg a mis sept ans pour rassembler tout le matériau de ce documentaire assez exceptionnel, sa correspondance intime, les photos depuis l’enfance, les extraits de concerts, la somme d’informations sur JJ est étonnante comme son approche de la chanteuse en fonction justement des recherches sur sa jeunesse à Port-Arthur expliquant la suite.

Après ce film, on ne voit plus Janis Joplin de la même manière : à la fois libérée et complexée, mais également à la recherche d’un modèle plutôt traditionnel de couple, et surtout, pas du tout en rébellion avec sa famille (comme c’était le cas de nombreux hippies de l’époque à San Francisco).

POST DU 6 DECEMBRE 2015.

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Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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