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«Joueurs» (Treat me like fire) / QR #Cannes2018

focus film/festival Marie Monge, sortie 4 juillet 2018

Pitch

Le jour où un frimeur charmeur débarque dans un restaurant managé par une jeune femme énergique, sa vie va basculer... Jusqu’où?

Notes

Un film qui sur le papier a tout pour séduire et d’abord le casting : Tahar Rahim et la talentueuse actrice Stacy Martin (interprétait Anne Wiazemsky , la première épouse de Godard, dans le savoureux film de Michel Hazanavicius, « Le Redoutable », en SO à Cannes en 2017). Ensuite, le sujet : l’addiction au jeu où jouer est une sorte de shoot aphrodisiaque non chimique entraînant une dépendance immédiate, une variante pernicieuse d’une roulette russe moins radicale dont on sait bien qu’on en sortira perdant. Mais, au delà de la violente décharge d’adrénaline de miser toute sa fortune sur un chiffre et une couleur, et d’attendre le verdict, riche ou ruiné ce soir, le joueur veut-il vraiment gagner? La sortie (parfois) du numéro gagnant, qui fait raffler, voire, exceptionnellement sauter la banque du casino (fantasme absolu du joueur), est un sursis orgamisque donnant un sentiment de toute puissance.

Ici, ce qui est habile, c’est la correspondance entre l’addiction au jeu et l’addiction amoureuse qui obéissent au même mécanisme de mise en danger de soi, la somme des deux étant explosive, les moments de lucidité douloureux. Quand Ella, qui s’épuise à faire marcher un restaurant qu’elle partage avec son père, rencontre Abel qui vient se présenter pour y travailler, ne croyant pas un mot de ses références bidon dans la restaurantion, elle sent instinctivement qu’il est dangereux (une de ses premières questions est : «où est la caisse?»), pourtant, attirée par cet homme, elle l’engage, pour ne pas dire que c’est justement la face sombre que dégage ce bad boy trop souriant qui la séduit…

Photo Bac Films

Photo Bac Films

Le récit va nous conduire dans les cercles de jeux illégaux de la capitale réunissant une population hétérogène que fédère la passion délétère du jeu, gommant ainsi toutes les différences sociales. C’est la partie la plus intéressante du film. Ensuite, le récit se resserre sur un tête à tête plus banal et un peu long entre deux personnages qui s’aiment et se déchirent, incapables de se quitter : mise en scène de la translation des addictions, des allers et retours du jeu à la passion, entre l’homme fatal malgré lui et sa victime auto-désignée consentante qui, sans jeux de mots, s’est prise au piège du jeu du jeu indissociable de son couple avec Abel (sans doute l’a-t-elle choisi d’instinct pour devenir ce qu’elle est, plus qu’il ne l’a choisie, lui, par hasard… Dans ce mécanisme d’autodestruction partagée, il y aura une inversion lente des rôles car, in fine, qui sera fatal à l’autre, qui des deux s’en sortira?). Du point de vue du spectateur, on regrette la disparition des personnages dits secondaires qui se font bien rares dans la seconde partie du récit jusqu’à leur disparition (sans doute pour illustrer que l’étau se resserre sur ce couple «piégé»)…

Un premier long-métrage ambitieux où la direction d’acteurs n’est pas le point fort de la réalisatrice. Heureusement, le couple d’acteurs fonctionne instinctivement et elle ne s’est pas trompé dans le casting. Comme disait Francois Truffaut «la seule erreur, c’est l’erreur de casting».

 

Et aussi

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Ce premier long-métrage a été sélectionné cette année à la Quinzaine des réalisateurs (QR) au 71º Festival de Cannes.

Photo Bac Films

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Notre note

3.5 Stars (3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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