« La Crème de la crème » : de Houellebecq à la comédie sentimentale

focus film Kim Shapiron, sortie 2 avril 2014

Pitch

Trois étudiants d'une des meilleures écoles de commerce vont passer de la théorie à la pratique en matière de régulation de marché (sexuel)

Notes

Le réalisateur Kim Shapiron deviendrait-il sentimental? Avec un sujet épineux, la gestion d’un réseau de prostitution par des élèves d’une grande école, il démarre sur un ton franchement Houellebecquien et termine en comédie sentimentale. Un peu comme dans « Extension du domaine de la lutte » (et, en filigrane, de toute l’oeuvre de MH), il y a cette inégalité congénitale et sociétale devant le succès, la séduction : ici, deux copains peu fortunés, et matériellement et physiquement, se rendent compte que pour attirer des belles filles, il faut d’abord parader avec une bombe… Et tout comme l’argent va à l’argent, les autres filles suivront…

Procès du monde des grandes écoles, « La crème de la crème », les élèves, élite de demain, ne sont pas là pour suivre les cours mais « networker » (se faire des relations, un réseau), il y a ceux qui ont « fait prépa » et ceux qui ont été admis sur dossier comme Kelly. Il y a ceux qui galèrent et ceux des clubs fermés, le plus fameux étant le BDE (bureau des élèves). Tandis que Jaffar lance l’idée de sortir avec une super-bombe pour devenir un séducteur, son meilleur ami, Dan, complexé, ni beau ni  sexy ni riche, se lie avec Kelly, jolie blonde effrontée, qui se dit gay, et un type du BDE, Louis, habitant le Versailles chic… Le premier sort du jeu et les trois autres, Dan, Kelly et Louis vont prendre à la lettre les conseils de leur prof principal sur la (dé)régulation du marché (sexuel), donc fignolent un business plan appliqué à la prostitution… devenant proxénètes au sein de l’école avant d’étendre leurs activités aux écoles voisines… La tête pensante, c’est Kelly qui recrute d’abord elle-même les futures prostituées d’un soir, jeunes femmes employées dans un bar ou le rayon parfumerie d’un grand magasin. Perverse, Kelly leur raconte une vie à déchoir, un no future où, plus vieilles, elles ne seront même plus jolies car leur valeur à elles est uniquement leur beauté (« T’es belle, c’est ça ton vrai CV! »). En deux mots, les belles filles vont voir leur capital beauté décroître et les élèves masculins de l’école leur capital bancaire augmenter avec l’âge, inégalités à tous les niveaux…

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Et aussi

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photos Wild Bunch distribution

photos Wild Bunch distribution


 

Ce film déborde d’hormones de tout poil, bruyants, dégoulinants, les élèves évacuent un excédent de libido à toute occasion, soirées déguisées, concours de glissades, chansons ringardes hurlées en coeur, débraillés, ivres ou défoncés, (Michel Sardou, Carla Bruni -tout ça très Sarko-compatible-, Michel Fugain, Claude François). On est dans la satire sociale et sociétale de la génération, connectée à Youn Porn dès l’adolescence, qui cherche en vain des sensations fortes (mais contrôlées) avant de gagner ses galons de notables et ses actions en banque. Il n’y a pas beaucoup de finesse dans la mise en scène mais le tableau très physique, corps en sueur, survoltés, fausses révoltes des néo-bourgeois des grandes écoles, tout cela est crédible. D’autant qu’il y a un humour bien dosé, souvent en référence à l’actualité.

Puis, à mi-film, on quitte le cynisme et l’école (les autres élèves) pour se focaliser sur les trois principaux personnages. D’abord, le film perd à devenir intimiste, il « rétrécit », ensuite, il s’enlise dans une comédie romantique où tout le monde est amoureux sans se l’avouer, exit la satire sociale, on tourne un autre film, une comédie gentillette hyperconsensuelle, sans aucun rapport avec l’état d’esprit

subversifdu point de départ… Le final, SOS! (au niveau des films avec Sophie Marceau hors période Zulawski, évidemment…)Malgré tout, le film est assez ostensiblement jubilatoire et suffisamment distrayant pour se changer les idées, d’autant que le casting, des jeunes acteurs peu connus (exceptée un peu Alice Isaaz

/Kellymais, personnellement, je ne l’avais encore jamais vue) est vraiment très bien.

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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