"La Fabrique des sentiments" : Elsa dans tous ses états

Jean-Marc Moutout, sortie le 6 février 2008
Si, par principe, il vaut mieux rédiger ses critiques avant de lire les dossiers de presse (charte critique du blog Matière Focale), j’ai cédé à la tentation de lire celui-là et c’est étonnant à quel point le film m’a paru plus intéressant à la lecture des interviews qu’à le voir… Car si le sujet du speed-dating, traité de manière brillante dans un film allemand « Shoppen », vu au festival du cinéma allemand cet automne, m’avait accrochée, ici, ce n’est pas le sujet… Le sujet, c’est Elsa au superlatif, Elsa Zylberstein, le genre de rôle qu’une actrice doit avoir du mal à refuser quand elle est de tous les plans dont 70% sont des gros plans. Le pitch correspond à ce qu’on lit ici et là dans la presse féminine, une réalité de notre société contemporaine, pourquoi une jeune femme, encore jeune (37 ans), intelligente, jolie, gagnant bien sa vie, est seule? Parce qu’elle fait peur aux hommes, serait-on tenté de répondre bêtement, parce qu »ils » n’ont pas supporté l’égalité des sexes, etc… Pas si simple.—–Eloïse, clerc de notaire dans une étude où elle a de l’avenir, s’en va chercher l’âme soeur dans un club de speed dating ; pour ceux qui l’ignorent, ce sont des clubs de rencontres pour gens pressés avec, par exemple, dix femmes et dix hommes qui vont jouer les chaises musicales et se parler par couple (7 mn chacun), un coup de gong leur signifiant de changer de chaise, un peu comme dans un tournoi… Si dans le film allemand cité plus haut, on montrait tous les couples, tous les protagonistes, toutes les relations nouées pour un film choral un peu cacophonique mais plein d’humour, dans « La Fabrique des sentiments », il n’y a guère que deux séances de speed-dating avec la caméra posée sur Eloïse et trois hommes et basta, un peu frustrant dès le départ. Quant à l’humour, c’est le grand absent. Le scénario consistant à suivre Eloïse dans son quotidien, à filmer encore et encore son visage dans tous ses états, ses rencontres avec deux des hommes, on rajoute à mi-film une maladie qui va incurablement plomber le film (on pourra objecter qu’elle somatise ses échecs sentimentaux ou qu’il lui est interdit de tomber malade dans notre société de compétition, c’est justement le moment que va choisir le notaire pour lui proposer de prendre sa succession, etc… mais c’est vraiment lourd…).

Les rencontres avec les deux hommes sont pourtant intéressantes, dommage qu’elles ne soient pas développées davantage : il y a celui qui plait d’entrée, l’avocat beau et sympa (Jean-Luc, Bruno Putzulu) mais disparaît après une  histoire d’amour artificielle où on essaye de reproduire les schémas du bonheur, et celui qui assomme (André, Jacques Bonnaffé) avec le récit de ses échecs sentimentaux et n’attire en rien, pas beau, pas sexy, mais qui va rester… André le dit d’entrée : la tyrannie des apparences lui est fatale et le film démontre mollement qu’Eloïse et André vont développer une complicité, un peu comme la grand-mère avec son mari, elle ne l’aimait pas mais 60 ans de mariage, ça soude…

Pour dire les choses franchement, je n’en pouvais plus de voir Elsa Zylberstein de tous les plans, en gros plans, la plupart du temps, et l’irruption de la maladie a été le point de non retour pour décrocher définitivement de ce film. Maintenant, je comprends que pour les inconditionnels des yeux d’Elsa, ça donne une motivation pour  à aller voir ce film… Points positifs : le sujet du film, le titre du film et sa fin ouverte. Le réalisateur Jean-Marc Moutout est connu pour avoir fait « Violence des échanges en milieu tempéré », il a le sens du titre! Un film qui avait eu une bonne critique mais que je n’ai pas vu, je le confesse, peut-être vaut-il mieux avoir vu les deux films pour que « ça fasse sens », comme on dit…

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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