« La Prochaine fois je viserai le coeur » / sortie DVD : anatomie d’un tueur

focus film Cédric Anger, sortie 12 novembre 2014, sortie DVD 18 mars 2015

Pitch

Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, un maniaque sévit dans l'Oise en prenant pour cibles des jeunes femmes. Un Un gendarme modèle est alors chargé d’enquêter sur ses propres crimes...

Notes

C’est un film dur, le portrait d’un tueur psychopathe dans la tête duquel le réalisateur nous immerge grandement, en complément de ses actes apparemment incompréhensibles. Franck est un gendarme exemplaire, habitant à la caserne avec ses collègues, mais un mini-évènement détonne, on apprend dès le départ qu’il a demandé sa mutation à l’étranger, refusée comme s’en réjouit son chef qui pense que Franck est son meilleur élément.

D’entrée, celui qu’on a appelé « le tueur de l’Oise » est montré comme un homme qui a une double vie, gendarme modèle le jour, tueur la nuit mais choisit-il vraiment ses victimes? Au départ, c’est ce que l’on croit, il roule la nuit, percute une jeune fille en mobylette et tire sans vraiment viser, d’où cette lettre anonyme qu’il enverra « la prochaine fois je viserai le coeur ». La jeune fille n’est pas morte, il la retrouvera à l’hôpital, elle, sidérée.

Petit à petit, on se rend compte que Franck ne choisit pas exactement ses victimes au hasard, il supporte pas le désordre et le chaos, aussi vertueux qu’un prêtre de l’inquisition, une jeune fille traînant la nuit lui est insupportable. Insupportable comme le parfum ou le maquillage de la seule femme qu’il ose aimer dont il lui dit « ça fait pute » après son unique nuit d’amour avec elle qu’il n’assume pas. Sophie, lingère de la caserne, qu’il considère comme pure et bonne, sauf que cette nuit consentie avec elle en aurait souillé l’image, fragilisé son esprit malade (il ne supporte pas qu’elle lui dise « tu en avais envie ») D’ailleurs, le réalisateur joue l’ambigüité en le faisant roder seul dans le quartier de drague gay après sa nuit avec Sophie….

Mais ce Franck supporte le moins c’est qu’on le trouve gentil, il traduit qu’on le dévirilise, qu’il est un faible, pas « un vrai homme » ; une scène avec ses parents qui se moquent de lui cruellement en le considérant comme un « innocent » incapable de s’approcher d’une femme est très importante pour expliquer l’auto-dévalorisation de Franck qui se voudrait un homme fort et intègre qui aime l’ordre et la nature. Franck, lucide dans sa folie, expliquera plus tard que la société a transformé un être hypersensible en monstre. Franck hait les hommes et ça commence par lui, il se déteste. Voir les scènes d’auto-flagellation et de châtiments corporels, tels les religieux autrefois, qu’il s’inflige après ses meurtres.

Et aussi

photos Mars distribution

photos Mars distribution

 

Thriller intimiste, portrait de la solitude incurable d’un psychopathe qui se torture et torture les autres : le film laisse le spectateur quasiment tout le temps en tête à tête avec le tueur, ce qui donne ce sentiment de malaise car il en résulte une certaine empathie « coupable » avec ce monstre en construction dont on comprend (sans les valider, évidemment), certains mécanismes mentaux, l’escalade de la folie ; Le spectateur laissé donc seul, la plupart du temps, avec le tueur, excepté quelques scènes bien dosées avec les collègues gendarmes, la caserne, les planques en voiture avec deux collègues, son affection pour son petit frère à qui il voudrait transmettre « des valeurs » comme la protection de la forêt, les quelques rares moments de respiration avec Sophie. Dans la brume humide de l’Oise, le film gris, livide, dépressif, aussi sombre de jour que de nuit, se meut cet homme désespéré et sociopathe qui sait qu’on va l’arrêter, que c’est juste une question de temps (« Je veux détruire et tuer au hasard jusqu’à ce je sois tué », écrit-il). Ce sont d’ailleurs ses courriers anonymes avec ses descriptions « gendarmes » des plaques d’immatriculation, qui font soupçonner à la police que le tueur pourrait bien être un gendarme, par ailleurs homosexuel (un point de vue peu simpliste, puisqu’il déteste les femmes…) Petit à petit, Franck ne supporte plus rien, attendre qu’une cabine téléphonique se libère, que sa bière soit servie avec de la mousse, sa folie va croissant et les meurtres des jeunes femmes ne suffisent plus à le calmer.

Guillaume Canet est extraordinaire dans ce rôle où tout passe par son expression contenant, tour à tour, sa folie, sa détresse, son dégoût, sa violence contenue, au point qu’il devient impossible de le détester tant il fait passer de l’humain sous le monstre, comme cette manière poignante qu’il a jusqu’au dernier moment (même après son arrestation) d’appeler son supérieur « Chef » comme ce gendarme modèle qu’il a aimé être qui s’adresse à son père qui fait respecter le la loi…

Le film est tiré d’une histoire vraie du « tueur de l’Oise » qui a sévit en 1978 dans la région de Senlis et Chantilly, une région sinistre et humide, sans beaucoup de distractions, déprimante à souhait et idéale à filmer.

 

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Diffusion

TF1 VIDEO

sortie DVD, Blu-ray et VOD le 18 mars 2015

Notre note

(4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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