"La Source thermale d'Akitsu" : l'amour à mort

Kijû Yoshida, 1962, reprise le 2 avril 2008
C’est sûrement une des plus belles histoires d’amour du cinéma, un film sublime qu’on regarde le coeur plein de larmes malgré la sobriété du mélodrame. Ce soir sur CinéCinéma Classic, on a enchaîné ensuite avec le documentaire sur Yoshida, puis « Eros+massacre » dont j’avais déjà vu une partie du film (avec ses sous-titres invisibles…) au cinéma l’autre jour, bizarrement, le film annoncé en version longue la nuit a été coupé au bout de 2h40…  La diffusion de ce film semble aussi compliquée que le film lui-même… 

Mais revenons à Akitsu, cette station thermale où en 1945, à quelques temps de la réddition du Japon, un jeune homme agonisant, Shûsaku, est recueilli dans une auberge et sauvé par Shinko, la fille de la propriétaire. Il vivra puisqu’elle veut tellement le sauver. Le Japon perd la guerre, le pays est à terre, elle sanglote tant qu’il se met à l’aimer pour la consoler. Mais Shûsaku est dépressif comme son pays vaincu, il répète que la vie n’est qu’un adieu. Remis sur pied, il propose à Shinko de se suicider avec lui, elle accepte à condition que ce soit par amour. Mais Shinko, jeune fille vive et bavarde, aime trop la vie et se défile au dernier moment… Pourtant, durant presque 20 ans, Shûsaku va la tuer à petit feu sans le savoir, chaque visite qu’il fera à Akitsu à des années d’intervalle, quatre visites en tout, la démoliront un peu davantage et lui aussi sans doute dans une certaine mesure car il est déjà détruit par la guerre.—–



photo éditions Carlotta

Shûsaku retourne à Okayama, pendant ce temps, Shinko reprend la direction de l’auberge à la mort de sa mère. Quatre ans plus tard, Shûsaku revient à Akitsu, Il débarque ivre avec une geisha. Shinko apprend qu’il s’est marié, qu’il va être père. Des années plus tard, il revient pour la troisième fois, cela fait à présent dix ans qu’ils se connaissent. Enfin, ils deviennent amants, le lendemain, Shinko, prend un taxi pour rejoindre Shûsaku qui est déjà parti en douce pour la gare. Elle le ramène à Akitsu pour une journée volée, il va désormais déménager pour habiter Tokyo, elle sait qu’ils ne se verront plus. Pourtant Shûsaku reviendra des années plus tard, 17 ans ont passé, Shinko, ruinée, a vendu l’auberge qu’on va démolir, en repartant, encore et toujours, Shûsaku, inquiet, promettra de revenir…

Dans le documentaire sur Yoshida, le réalisateur parle au début d’un élément fondateur de son existence, enfant, il a échappé par miracle à l’incendie de son village, sauvé, comme il le dit par « un autre lui-même », un peu comme le soldat Shûsaku par Shinko? Ce film est l’adaptation d’un roman, Yoshida qui ne voulait tourner que ses propres scénarios a accepté la proposition de l’actrice Mariko Okada qui deviendra plus tard son épouse et l’actrice principale de la plupart de ses films. Mais il a accepté à une condition : de faire l’adaptation à sa manière : une manière abstraite où il va supprimer la famille de ses héros et quasiment zapper leur rencontre.


photo éditions Carlotta

 

En se focalisant sur les mouvements des quatres visistes à Akitsu et l’évolution de la relation entre Shûsaku et Shinko, on est happé par la lente démolition de la jeune femme qui aura passé presque 20 ans à voir partir l’homme qu’elle aime et à l’attendre un peu plus douloureusement à chaque départ, perdant proportionnellement au fil des ans tout ce qui lui restait familialement et matériellement. L’auberge et les thermes vendus, hébergée par la famille du bonze, il ne lui reste qu’une solution pour vivre : devenir l’employée du nouveau propriétaire de l’auberge. De la semi-pénombre de l’auberge aux magnifiques paysages extérieurs où la silhouette de Shinko n’est plus qu’un minuscule personnage courant à la recherche de Shûsaku qui est reparti sans la prévenir, en passant par la parenthèse des bains dans les thermes, l’histoire des deux amants maudits ne dépassera pas ces frontières étroites, recentrée sur l’absence, le manque, l’échec, les regrets, car, comme dira Shûsaku à Shinko, la vie et la mort, c’est quand on est jeune… De tous les événènements extérieurs qui leur arrivent au cours de ces années, on ne verra rien non plus, on l’apprendra par une phrase, un mot. Pendant deux heures, on assistera à une histoire d’amour fou vécue solitairement par Shinko, niée par Shûsaku qui gâchera leur vie parce que la sienne est déjà brisée. Mais la jeune femme, refusant d’être vaincue,  finira par trouver une solution, si tragique soit-elle, pour qu’il accepte enfin de l’aimer et d’une certaine façon, elle aura gagné…

Qui aura le coeur assez sec pour ne pas être bouleversé par ce film? La musique omniprésente est gênante au début, on n’a plus l’habitude mais en y repensant, c’est un tout, en revoyant mentalement les images du film, on les imagine en musique, c’est a posteriori qu’on se rend compte qu’il n’y a rien en trop ni en moins…
 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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